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30 avril: sainte Marie de l'Incarnation

Le 3 avril 2014, le pape François a fait tout un cadeau à l’Église canadienne et à sa population. Il a inscrit au catalogue des saints sœur Marie de l’Incarnation (1599-1672), fondatrice du couvent des Ursulines à Québec, et François de Laval (1623-1708), premier évêque canadien et fondateur du Séminaire de Québec. Ces canonisations dites «équipollentes», c’est-à-dire sans miracle et sans qu’une célébration formelle n’ait lieu, nous montrent que la vie de ces deux modèles d’évangélisateurs est en quelque sorte un miracle.

Nouvelle France

Si François de Laval est considéré comme le père de l’Église canadienne, Marie de l’Incarnation en est la mère. La vie et les écrits de cette grande mystique continuent toujours d’attirer des gens. Certains se réunissent ici et là pour approfondir son message. Née Marie Guyart, elle est devenue madame Martin, puis sœur Marie de l’Incarnation. Femme d’action et de contemplation, elle a planté son expérience spirituelle et missionnaire dans le jardin de sa vie quotidienne. Elle a contribué à mettre au monde un peuple de croyants et de croyantes en terre d’Amérique, après avoir si bien intégré le service du prochain et l’amour de la Trinité.

Une femme d’affaires et de Dieu

Quatrième enfant de Jeanne Michelet et du boulanger Florent Guyart, Marie est née le 28 octobre 1599 à Tours. À sept ans, elle voit Jésus dans un songe qui lui demande : « Voulez-vous être à moi? » Elle lui répond spontanément : « Oui! » En 1617, ses parents la donnent en mariage à Claude Martin, un fabricant de tissus et de soieries, qui meurt deux ans plus tard. La jeune veuve a un enfant de six mois sur les bras et un commerce en faillite. Elle règle les dettes, liquide les biens et s’en va chez son père avec son jeune fils Claude. Ne voulant pas se remarier tout de suite, elle s’occupe de son fils et de son père.

Durant cette période plus calme de sa vie, elle développe un goût pour Dieu et pour la prière. La veille de l’Annonciation 1620, elle fait une expérience de la miséricorde divine qui la marquera à jamais et qu’elle nommera « le jour de ma conversion ». Dans une grande lumière, elle prend conscience de sa misère et, en même temps, elle se voit plongée dans le Sang du Christ. Plus tard, en 1654, elle écrira à son fils : « Je m’en revins à notre logis, changée en une autre créature, mais si puissamment changée que je ne me connaissais plus moi-même. »

Marie Guyart développera cette union au Christ au milieu d’occupations exigeantes. En 1621, elle travaille à l’entreprise de transport de son beau-frère, au bord de la Loire, négociant des contrats, s’occupant des employés, prenant soin des chevaux. Elle vit une grande intimité amoureuse avec la Trinité dans cette existence trépidante, intégrant les affaires et la prière. Elle vient en aide aux gens tout en leur parlant de Jésus.

Missionnaire en Nouvelle-France

À la suite d’appels répétés du Seigneur, elle entre dans la congrégation des religieuses Ursulines à Tours en 1631 et on lui donne le nom de Marie. Elle demande qu’on ajoute à son nom celui de l’Incarnation, à cause de sa certitude de savoir Dieu incarné dans les hommes. Elle souffre de la séparation de son fils de dix ans qui la relance de ses cris sous les fenêtres du couvent, mais elle sent que le Seigneur la prépare à autre chose. Quel déchirement tout de même, mais leur relation sera d’une grande profondeur, tissée de liens d’intimité hors du commun. Pendant trente-ans, elle entretiendra une correspondance régulière avec ce fils qui deviendra moine bénédictin. Grâce à lui, nous connaissons la vie mystique de sa mère, ses états d’oraison, ses souvenirs intimes, ses débuts en Nouvelle-France, son expérience trinitaire. Pour elle, le Père est son Père, le Verbe, son Époux, l’Esprit, celui qui agit en elle. Elle se voit comme un rien perdu dans ce grand Tout. Elle regarde le monde à la lumière éternelle de la Trinité.

En 1634, dans un nouveau songe, elle voit « un lieu très difficile » qu’elle reconnaîtra à son arrivée à Québec. Elle reçoit même de Dieu le don de « l’esprit apostolique » qui la fait voyager en esprit dans différents pays. Entre-temps, elle est nommée sous-maîtresse des novices et leur donne des entretiens spirituels qui seront publiés plus tard. Elle découvre que la vraie prière est davantage affaire de cœur que de tête.

La religieuse reçoit du père Poncet la Relation de 1634 dans laquelle les missionnaires demandent « une brave maîtresse » pour diriger une école de filles. Elle se sent appelée pour cette mission. Elle demande à saint Joseph de l’aider, y voyant le gardien de ce grand pays : « J’avais en l’esprit que Jésus, Marie et Joseph ne devaient point être séparés ». La dévotion à la Sainte Famille sera importante en Nouvelle-France et saint Joseph sera proclamé le patron du Canada.

 À Paris, les jésuites confient au père Poncet d’écrire à Marie de l’Incarnation pour lui annoncer qu’on la veut au Canada, même si elle est cloîtrée. L’Archevêque de Tours autorise qu’elle s’occupe d’un séminaire de jeunes filles. Elle part enfin pour Québec, à quarante ans, avec d’autres religieuses et une riche veuve d’Alençon, Madeleine de La Peltrie, qui veut consacrer sa fortune à la conversion des jeunes Amérindiennes. Six ans auparavant, elle l’avait déjà vu en songe sans la connaître. Marie ne reverra plus son fils qui allait avoir bientôt vingt ans.

La traversée sera longue et périlleuse, le vaisseau heurtera même un iceberg. Le 1er août 1639, Marie débarque enfin à Québec qui compte environ 250 personnes. Tout est à faire : construire un monastère, apprendre les langues indiennes, accueillir les jeunes filles pour leur enseigner la foi chrétienne, recevoir au parloir des visiteurs amérindiens et français, composer des dictionnaires, des catéchismes et des histoires saintes dans les langues amérindiennes. De plus, elle entretiendra une correspondance soutenue avec son fils, ses amis et bienfaiteurs de France; en tout, elle écrira environ 13 000 lettres.

La Thérèse du Nouveau Monde

La vie est loin d’être facile : rigueur de l’hiver, menace iroquoise, maladies, incompréhension des autorités, incendies, dont celui du monastère à la fin décembre 1650, qu’elle va reconstruire. En 1654, elle répond aux demandes de son fils Claude, devenu supérieur des bénédictins de Saint-Maur, en lui envoyant son autobiographie, la Relation de sa vie. Ce texte, l’un des chefs-d’œuvre de la littérature mystique, a fait dire à Bossuet que Marie de l’Incarnation était la « Thérèse du Nouveau Monde et de notre temps ».

marie incarnation tours 37De 1639 à 1672, Marie enfante cette jeune Église d’Amérique sans quitter son cloître. C’est une véritable épopée mystique que la fondation de ce Canada. Elle nourrit la jeune Église de sa foi au Dieu Père, Fils et Esprit qui rayonne au fond de son âme, constamment en attente, en prière. « Dieu ne m’a jamais conduite par un esprit de crainte, mais par celui de l’amour et de la confiance », écrit-elle en 1668. Ses multiples occupations ne l’éloignent pas de la présence de Dieu dans sa vie. 

Le mot qui peut mieux résumer la vie de cette grande mystique est l’amour. Qu’elle soit Marie Guyart, Madame Martin, la mère de Claude, sœur Marie de l’Incarnation, elle a été une grande amoureuse de Dieu et des âmes, jusqu’à son entrée dans la vie éternelle le 30 avril 1672, à l’âge de soixante-douze ans, quelques mois après le décès de madame de la Peltrie. Son fils écrira une première biographie: « Elle rendit sa belle âme entre les bras de Celui après lequel elle avait soupiré toute sa vie » (Dom Claude Martin).

Jean-Paul II la proclame bienheureuse le 22 juin 1980. Il voit en elle, une « âme profondément contemplative », « maîtresse de vie spirituelle », chez qui « la femme chrétienne s’est réalisée pleinement et avec un rare équilibre ». Le pape François la canonise avec François de Laval le 3 avril 2014.

Pour aller plus loin: Marie de l'Incarnation et François de Laval, collection "Les petits carnets" aux éditions Novalis. 

 

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