30 novembre: l'apôtre André par lui-même

Ce texte est tiré en partie du chapitre « André, fils de Jonas » de mon livre Jésus raconté par ses proches, p. 93-103.

Comme Jean et Jacques, je suis né à Bethsaïda, en Galilée, sur les bords du lac de Tibériade. J’ai été disciple du Baptiste avec eux, avant de suivre Jésus et de ne plus le quitter. Fils de Jonas, je résidais à Capharnaüm dans une maison voisine de mon frère aîné Simon, dit Pierre, mais depuis ma rencontre avec le Maître tout a changé.

saint André

De nature plus introvertie que mon frère, j’aimais converser avec moi-même sur le sens de la vie, la venue du roi messie. Je me demandais si je le verrais de mon vivant. Comment le reconnaître ? Je m’imaginais la puissance inégalée de ce messie glorieux qui nous libèrerait des Romains. Je l’attendais, je l’espérais.

Le Baptiste exacerbait mon attente en proclamant avec fougue Celui auquel il n’était pas digne de dénouer les lacets des sandales. « Parmi vous en Israël, il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas. »

Un jour, alors que les rives du Jourdain étaient pleines d'une foule qui tremblait sous ses paroles, j'avais remarqué un beau jeune homme, habillé simplement, qui venait calmement vers nous. Il dégageait beaucoup d’humilité et de douceur. Quand son œil se posa un moment sur moi, j'ai senti la brise légère qu’avait expérimentée Élie. C’était comme un fin silence qui me caressait l’âme, une aile d’ange qui m’effleura le cœur. Je vis le Précurseur courir vers lui, s’incliner, lui dire fortement : « C'est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi tu viens à moi ! ».

Le Saint d'Israël, le Prophète était là, en homme du peuple. Je n’ai pas eu peur, je n’ai pas été intimidé. Dans la jubilation de mon âme, j’ai cru que c’était lui le Messie. En revenant à la pêche, j’en ai parlé à mon frère Simon, d’abord discrètement pour ne pas l’effaroucher, puis avec zèle : « Nous avons trouvé le messie ! » Lui, si franc et exubérant, n’a pas sauté de joie. Il tenait à voir par lui-même, se méfiant de mon côté rêveur. Je lui ai donc présenté Jésus. Il a été conquis.

Contrairement aux autres maîtres, Jésus n’exigeait pas de purifications, de cours sur la Loi, mais un attachement libre à sa personne. J’ai découvert rapidement qu’il avait les paroles de la vie éternelle. Il choisissait qui il voulait à le suivre. Il avait assez confiance en nous pour nous envoyer prêcher son royaume de paix et d’amour. Nous participions ainsi à sa mission qu’il tenait de son Père.

Il m’est arrivé de lui servir d’intermédiaire, comme ce jour où des Grecs étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. C’était après la résurrection de Lazare ; beaucoup de Judéens croyaient en Jésus. On avait fait un grand souper à Béthanie en son honneur. Le lendemain, il entrait dans Jérusalem sous les acclamations de la foule. Il était donc normal de vouloir voir le grand prophète. Ainsi, quelques Grecs avaient demandé à l’apôtre Philippe, dont le nom était de consonance grecque : « Nous voudrions voir Jésus ».

Philippe était venu à moi pour que nous le disions au Maître et négocier une rencontre avec eux. On se doutait bien que ces Grecs désiraient voir Jésus pour qu’il leur montre son pouvoir. Il parla plutôt de sa véritable gloire : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié ». Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir. Nous ne savions pas qu’elle était si proche, si terrible. Il nous invitait à faire confiance au Père jusqu’au bout, nous qui cheminions avec lui depuis déjà trois ans.

Je me souviens de cette grande foule qui le suivait parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades. L'endroit était éloigné des maisons et des villages. Nous lui avions suggéré de renvoyer le peuple avant la nuit pour qu’il aille aux villages du Jourdain afin d’acheter de la nourriture et trouver un endroit pour dormir. Mais lui ne voulait pas : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

 Mais où acheter du pain? Je dis à Jésus : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! » Il nous ordonna de faire asseoir les gens. Il prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.

Au moment où on alla l’enlever pour le faire roi, il se retira seul. Le soir venu, nous étions descendus jusqu’à la mer pour gagner Capharnaüm, sur l’autre rive. C’était déjà les ténèbres, et Jésus ne nous avait pas encore rejoints. Un grand vent réveilla la mer comme si elle devait être le terme de notre vie. Nous étions à une bonne distance du bord, quand nous vîmes Jésus qui marchait sur l’eau et se rapprochait de la barque de Pierre. Nous poussâmes un cri d’effroi, le prenant pour un fantôme mais Jésus dit : « C’est moi. Je suis. N’ayez plus peur. »

Comment oublier une telle expérience ? Comment la dire avec mes pauvres mots ? Je voyais bien que si Jésus avait une nature humaine, il avait également une nature divine qu’aucun être humain ne possédait. De là émanait un pouvoir qui lui permettait d’accomplir des choses impossibles pour nous, comme marcher sur les eaux, parce qu’il était le Fils de Dieu. Il pouvait reculer les flots de la mort pour celui qui marchait vers lui avec confiance.

Il était l’Homme-Dieu, engendré par le Père et consacré à son ministère pour le révéler au monde. Il a eu de grandes consolations : l’affection de Marie, le soutien de Joseph, la fidélité de ses apôtres, la foi des païens, la pureté des enfants qui s’attroupaient autour de lui, la beauté des paysages, des arbres, des fleurs, des oiseaux. De grandes douleurs également : l’hypocrisie des pharisiens, le refus de son enseignement, la division des familles, l’oppression des femmes, l’amour de l’argent, la trahison de Judas, la foule si changeante.

Lorsque Thomas et moi avons couru vers Bethphagé pour chercher l'ânesse et l'ânon et les amener à Jésus, nous ne savions pas que son entrée à Jérusalem serait si triomphante, comme il convient au Roi messie, et que la foule crierait : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le roi d’Israël ! »

Le Fils de David sera jugé dans cette ville sainte comme un vulgaire criminel et il mourra sur une croix. Mais la mort ne retiendra pas son corps; il ressuscita le troisième jour comme il l’avait dit, nous précédant auprès du Père.

Quelques années plus tard, d’autres bourreaux m’élèveront moi aussi sur une croix, cette fois-ci en forme de X. La victoire éternelle sera la même, à la suite du Christ ressuscité.

Pour aller plus loin : Jésus raconté par ses proches. Parole et Silence / Novalis.
Les saints, ces fous admirables.

Charles de Foucauld, frère universel (1/2)
Un vent de novembre

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