À la fin, ma mort-résurrection

En cette Semaine sainte, à la lumière de la mort et de la résurrection du Christ, je vous partage un poème sur ma Pâques, passage de la mort à la vie. Il constitue la dernière partie du recueil Un souffle de fin silence. Il faut une certaine folie ou inconscience pour évoquer ainsi sa mort et ses funérailles. Ma foi au Grand Vivant m’en donne l’audace.

Mort Nuages

À la fin

Et je prierai l’amour de toi, chaîne de feu,
De me bien attacher au bord de ton calvaire
Et de garder toujours mon regard sur ta face
Pendant que reluira par-dessus ta douleur
Ta résurrection et le jour éternel.
(Saint-Denys Garneau, Et je prierai ta grâce)

 
Un jour
la mort m’enlacera
dans son linceul
 
Je serai assis sous l’arbre
tranquille
à côté de mon ombre
à regarder le ciel
ou alité dans la chambre
espérant une présence
le visage tourné vers le jardin
croix de réconfort à la main
 
Je ne la défierai pas
lui tournerai le dos
tendrai les bras au Vivant
et mon âme me quittera
pour fleurir
dans l’éternel aujourd’hui
*****
Je me prépare à sa venue
la chanson lente du générique
avec la force vitale
du désir d’aimer
 
Elle pourra s’étendre
près de moi
me tenir la main
pour la dernière agonie
me libérer de la souffrance
une fraction de seconde
par l’ultime baiser
qui me fera tomber en Dieu
l’extase définitive
 
Je ne la crains pas
elle tient ma maison en ordre
pétrie d’argile et d’eucharistie
 
J’assiste à son action en moi
travail de sarclage
grain de blé
jeté en terre
fruit en abondance
*****
Tout es prêt
sans regret
pardon donné
et reçu
 
Au point d’arrivée
un comité d’accueil
communion des saints
l’assurance de ma foi
obscurément
 
J’ignore l’heure
mais je ne serai pas seul
pour cet aller simple
ma sœur la mort
créera du neuf
sur le chemin du retour
sans billet
au matin du huitième jour
*****
Un nom de braise m’accompagne
au plus bas du passage
il est ma carte de visite
le sésame caché
sous ma signature
le trait d’union
sur ma pierre tombale
le trésor de Marie
pour mieux lui appartenir
le baiser sur mon front
pour l’enciellement
*****
Je veux danser à mon trépas
sur une hymne de La Tour du Pin
franchir la barrière
en courant vers l’autre rive
confiant et joyeux
attraper la main trouée
l’étreindre à perdre pied
 
À ce point de séparation
des jointures et des moelles
où tout m’échappera
je m’en irai en disant
adieu la terre
vallée de larmes et de rires
je vous laisse tout
ce qui a formé
rides et cheveux blancs
 
Vous me fermerez les yeux
pour que les vôtres s’ouvrent
sur ma naissance
mon baptême
*****
À Dieu
je retourne
chez moi
avec cette part secrète
qu’il renouvelle
dans sa miséricorde infinie
transformant le tombeau
en berceau
 
Je ne pars pas
j’arrive au Royaume
je ne disparais pas
j’apparais autrement
je n’expire pas
j’aspire la pure lumière
je ne perds pas le souffle
je le retrouve dans l’Esprit
je ne suis pas éteint
je m’ensoleille au feu du Ressuscité
 
J’entre dans la vie
un chapelet de grains noirs
entre les doigts
*****
Autour de mon cercueil
ouvert comme un évangéliaire
je vois femme et descendance
confidents de toutes les saisons
et à proximité
une bibliothèque garnie
de mes livres
enfants de papier et de beauté
 
Que mon dernier repos
soit une œuvre d’art reliée
*****
Qu’il y ait de la poésie
à mes funérailles
qu’elle respire dans les prières
rites et symboles revivifiés
témoignages silencieux
chants émerveillés
l’amen final
 
À la margelle de l’église
que le puits de l’aspersion
rafraîchisse l’assemblée
à l’ombre du cierge pascal
que les grains d’encens
crépitent sur le charbon brûlant
des cœurs  greffés  
au grand corps
*****
Je suis l’enfant
rendu à maturité
habillé de lumière
qui s’amuse au cimetière
mime le sommeil
s’évapore en louange
dans la béatitude suprême
 
J’éprouve la folle espérance
de vous aider sur la terre
avec ma petite Thérèse
et sa pluie de roses
*****
Au dernier adieu
versant de l’enfouissement
où tout commence
l’enterrement debout
en état de résurrection
pieds nus et mains vides  
l’une ouverte sur le cœur
les jambes légèrement écartées
pour m’envoler agile au paradis
avec mon ange rieur
qui me devance
 
Je traverserai le pont
au-dessus du tourbillon
vers ces grands espaces
que mon coeur a tant rêvés
je participerai au chant du monde
en disant simplement
comme dans un miroir
après tant de saisons
me voici
Abba
*****
Ô mort
où est ta victoire
tu n’as pas le dernier mot
depuis que le Premier-né
t’a plongé dans son sang
t’a délivré du trou noir
qui te retenait captive
 
Entends-tu l’alléluia
résonner dans les rues
de la Jérusalem nouvelle
l’étonnante annonce du peuple
Christ a vaincu la mort
il a ouvert les portes du banquet
des noces éternelles
 
Extrait d'Un souffle de fin silence, Noroît, 2017, p. 69-77.
Chemin de croix avec Jésus
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