Attentats de Paris: compassion et foi

On a déjà beaucoup écrit sur les attentats de Paris. Importants les mots, même s’ils sont limités et imparfaits, comme nous. Mais devant une telle barbarie, ils me restent en travers de la gorge. Car il y a aussi Bagdad, Beyrouth, Damas, et d’autres villes où le terrorisme frappe aveuglément, entraînant les pays dans une spirale guerrière. Pourquoi ? Comment s’en sortir ? Les mots sont impuissants à répondre, le silence s’impose pour laisser place à une prière de compassion.

 Attentats Paris

Et pourtant, il faut continuer à parler, écrire, aimer, comprendre, vivre. Il faut dénoncer sans relâche cette idéologie perverse qui sème le chaos et la peur, bafoue la dignité humaine, détourne l’islam de son sens profond, se sert de Dieu pour en faire une arme de destruction. Comment peut-on usurper son nom de « miséricordieux » en justifiant les meurtres ? Le pape François le rappelait dans son Angélus du 15 novembre : « Je tiens à réaffirmer avec force que le chemin de la violence et de la haine ne pourra jamais résoudre les problèmes de l’humanité ! Et utiliser le nom de Dieu pour justifier ce chemin, ces choix, c’est un blasphème ».

Le samedi 14 novembre, j’ai donné une journée de ressourcement au Sanctuaire Marie-Reine-des-coeurs à Montréal sur le thème « espérer en la miséricorde divine ». Au début, une Française a apporté une bougie devant une icône, au nom des siens. Nous avons prié pour les victimes et leurs familles, incluant les terroristes. Liturgie toute simple, si émouvante. J’ai partagé cet événement sur Facebook. On m’a reproché de ne pas avoir la même compassion pour le Liban et la Russie, qui ont vécu récemment des attentats meurtriers. Et que dire des agressions en Afrique, de la persécution des chrétiens au Proche-Orient ? Même ici, au Canada, nous avons eu en octobre 2014 deux attentats terroristes. (lire sur ce blogue Attentats au Canada et radicalisme religieux).

La compassion pour tous

La compassion ne se divise pas, elle se multiplie. Je porte également dans mon cœur et ma prière les victimes innocentes de tous les pays. Mais frapper Paris, c’est porter atteinte aux valeurs fondamentales de liberté, d’égalité et de fraternité. J’avais écrit en janvier un billet sur les attentats à Charlie Hebdo. Pour moi, comme pour beaucoup de Québécois, le lien avec la France est viscéral. Ce pays fait partie de nos gènes. Mon ancêtre Louis Gonthier, devenu Gauthier, a été baptisé à l’église Saint-Séverin de Paris au XVIè siècle avant de venir à Québec. Les Héroux, du côté de ma mère, viennent de Normandie.

Je me sens très proche de la France pour y être allé si souvent. J’ai rédigé ma thèse de doctorat sur le poète Patrice de La Tour du Pin dans les années 80. Je fais un peu partie de leur famille depuis trente ans. J'étais encore à Paris en octobre dernier pour donner des conférences sur sainte Thérèse de Lisieux, patronne de la France. Terre d’artistes et de saints, c’est là également que mes livres sont édités et que plusieurs de mes amis y habitent. D’ailleurs, la moitié des abonnés de mon blogue sont Français et Françaises. Je les salue très fort et je prie pour vous et avec vous.

Comment répondre à la barbarie qui a frappé le cœur du pays aimé ? Par l’art, la beauté, l’amour, la prière. Continuons à créer et à vivre avec encore plus d’ardeur, c’est la meilleure arme pour vaincre l’ennemi. Récitons des poèmes, composons des chansons, écrivons des livres, tournons des films, peignons des tableaux, vivons pleinement dans la foi, l'espérance et l'amour.

La loi du talion, « œil pour œil, dent pour dent », n’arrive pas à la cheville de la loi du pardon proposée par Jésus. La haine nourrit la haine, la violence engendre la violence. Nous ne pouvons pas éliminer le terrorisme qui frappe sans crier gare, hors des champs de bataille. Cette guerre est invisible et sans issue. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas se mobiliser, à commencer par les musulmans eux-mêmes, pour éradiquer le terrorisme à la Daech, ce pseudo État islamique, se défendre au nom du bien commun et de la sécurité de la communauté. On peut y arriver par des tirs ciblés, mais la réponse à long terme demeure l’éducation, la localisation des gens qui se radicalisent, le dialogue pour contrer le djihad, le refus de la haine et de la vengeance.

Les terroristes ne gagneront jamais si nous continuons à croire en l’humanité, à ce qu’il y a de plus humain en nous, donc de plus divin : la beauté, la bonté, la vérité. Il faut résister contre la bêtise et l’ignorance, désirer la paix jusqu’au bout, espérer qu’un jour les hommes vivent enfin d’amour.

Mais quand les hommes vivront d'amour,
Qu'il n'y aura plus de misère
Peut-être songeront-ils un jour
À nous qui serons morts, mon frère
 
Nous qui aurons aux mauvais jours,
Dans la haine et puis dans la guerre
Cherché la paix, cherché l'amour,
Qu'ils connaîtront alors mon frère
 
Quand les hommes vivront d'amour,
Il n'y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours,
Mais nous serons morts, mon frère. (Raymond Lévesque)
 
 
Des extraits de ce blogue sont parus dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec du 18 novembre sous le titre: "Attentats de Paris: continuer à croire en l'humanité". Le texte est également paru à Paris dans La Croix du 19 novembre,  p. 10.                                                   
Un vent de novembre
Ce n'est pas la fin du monde

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