Charles de Foucauld, frère universel (2/2)

Deuxième partie de mon article consacré au bienheureux Charles de Foucauld, assassiné le 1er décembre 1916 devant son ermitage, béatifié à Rome le 13 novembre 2005. Nous sommes dans l'année du centenaire de sa mort. Pour lire la première partie sur le blogue, cliquez ici.

Le dominicain Yves Congar a écrit qu’au début de l’ère atomique, Dieu a allumé deux phares : Thérèse de Lisieux et Charles de Foucauld. Ces témoins du Christ sont très actuels, surtout en cette Année sainte de la miséricorde qui commence le 8 décembre 2015. Ils se rejoignent par une identification humble à Jésus, un retour à l’Évangile dans les petites choses du quotidien, un souci des non-croyants et une vocation à l’amour universel.

Charles de Foucauld 2

Si le grain de blé ne meurt

De son vivant, Charles de Foucauld désirait s’entourer de compagnons partageant son idéal de vie chrétienne, d’autant plus que recevoir le prochain signifiait, pour lui, accueillir un membre du corps mystique de Jésus. Il voulait que tous le regardent comme le frère universel : athées, chrétiens, juifs, musulmans. Il écrit en 1898 : « Ayez au fond de l’âme gravé profondément ce principe d’où tout découle : que tous les hommes sont vraiment, véritablement frères en Dieu, leur Père commun, et qu’il veut qu’ils se regardent, s’aiment, se traitent, en tout comme les frères les plus tendres. »

Le frère Charles de Jésus a dû accepter de vivre comme s’il devait toujours rester seul. Il fallait qu’il passe par ce désert intérieur pour se vider de tout ce qui n’était pas Dieu en lui. Son grand désir de continuer la vie cachée de Jésus à Nazareth se vivra au Sahara, parmi les plus délaissés, pour y porter la présence de Dieu dans l’Eucharistie. Il choisit Tamanrasset, au cœur du Hoggar d’Algérie, obtenant l’autorisation d’établir des ermitages avec le tabernacle, dans l’espoir que des frères se joignent à lui dans l’adoration. Il écrit le 15 décembre 1904 : « Quand le grain de blé qui tombe à terre ne meurt pas, il reste seul; s’il meurt, il porte beaucoup de fruits… Je ne suis pas mort, aussi je suis seul… Priez pour ma conversion, afin que, mourant je porte du fruit. » (Charles de Foucauld, Un temps avec Charles de Foucauld, Cerf, 1998, p. 55).

Quelques années après sa mort, les disciples arriveront des cinq continents, grâce surtout à son ami Louis Massignon et au succès du livre de René Bazin sur sa vie. Deux figures spirituelles importantes incarneront l’esprit du petit frère Charles de Jésus : Magdeleine de Jésus, fondatrice des Petites sœurs de Jésus et René Voillaume, fondateur des Petits frères de Jésus. La famille spirituelle de Charles de Foucauld comprend actuellement une vingtaine de groupes et plus de 13000 membres. 

Ouverture et réalisme

À l’occasion d’un colloque sur Charles de Foucauld, le 1er juillet 2001, le pape Jean-Paul II avait déclaré : « Le Frère Charles qui, pour traduire les Évangiles, apprit la langue des Touaregs et en composa un lexique et une grammaire, n’appelle-t-il pas ceux qui s’inspirent de son charisme à entrer en dialogue avec les cultures des hommes d’aujourd’hui, et à poursuivre le chemin de la rencontre avec les autres traditions religieuses, en particulier avec l’Islam? »

 Lors de son expédition au Maroc en 1883-1884, l’explorateur avait été touché par les croyants de l’Islam. Il avait compris que l’être humain était fait pour des choses plus hautes, des réalités d’ordre spirituelle. Il vivra de perpétuels recommencements témoignant ainsi que la vie de foi n’est pas quelque chose de statique mais une force qui appelle sans cesse au changement, au renouvellement, au dialogue.

Frère Charles fut un homme concret qui ne négligeait pas ses engagements. Si son cloître était le désert, le prochain à accueillir et à aimer était sa clôture. D’un tempérament entier, il vivait au présent, aidant les pauvres avec qui il vivait. Il se laissera aider par eux lorsque la maladie le frappera. S’il adorait souvent Jésus présent dans l’Eucharistie, il le contemplait aussi dans les plus petits dont parle Jésus, lui qui est solidaire de l’affamé, l’assoiffé, le prisonnier, l’étranger, le malade.

Le don de soi

Dans une conférence donnée aux Petites Sœurs de Jésus en 1947, intitulée Nos amis les saints, le romancier Bernanos disait : « Un héros nous donne l’impression de dépasser l’humanité, le saint ne la dépasse pas, il l’assume, il s’efforce de la réaliser le mieux possible, comprenez-vous la différence ? Il s’efforce d’approcher le plus près possible de son modèle Jésus-Christ, c’est-à-dire de Celui qui a été parfaitement homme. » (Les prédestinés, Seuil, 1983, p. 101-102).

Si Charles de Foucauld est saint, c’est parce qu’il a d’abord été profondément humain, à la suite du Christ, le Dieu fait homme. Le christianisme est la religion de l’incarnation qui s'enracine dans notre vie. Mais comment choisir la dernière place, alors que Jésus l’a déjà prise en s’abaissant jusqu’à la mort de la croix? Par la prière contemplative et silencieuse, appelée l’oraison.

« À côté de la prière bien-aimée devant le Saint-Sacrement, à côté de la prière en commun où Notre-Seigneur est au milieu de ceux qui se réunissent pour Le prier, aimons et pratiquons chaque jour la prière solitaire et secrète, cette prière où nul ne nous voit que notre Père céleste, où nous sommes absolument seuls avec Lui, où nul ne sait que nous Le prions : tête-à-tête secret et délicieux où nous répandons notre cœur en liberté, loin de tous les yeux, aux genoux de notre Père ». (Charles de Foucauld, Contemplation, Beauchesne, 1969, p. 9).

Frère Charles désirait le martyre, par amour pour Jésus. Cette grâce lui sera donnée. Le grain de blé va être enfoui dans les sables du désert et portera du fruit en son temps. Son idéal de Jesus Caritas en séduira plus d’un et sa quête du Christ traversera les âges, même cent ans plus tard.

En voulant crier l’Évangile par l’exemple, frère Charles de Jésus sera devenu un Évangile vivant. Il avait écrit dans son Testament : « Vivre comme si je devais mourir aujourd’hui martyr… Je désire être enterré au lieu même où je mourrai, et y reposer jusqu’à la résurrection… Sans cercueil, tombe très simple, sans monument, surmonté d’une croix de bois. »

Prière à Jésus

À l’exemple du bienheureux Charles de Foucauld,Charles de Foucauld 1
que notre désir soit de t’aimer, Seigneur Jésus.
T’aimer et être aimé de toi sur la terre,
pour t’aimer éternellement dans l’autre vie.
 
T’aimer au cœur de nos occupations quotidiennes,
ou au pied du tabernacle, dans le désert du cœur,
te rencontrer dans le visage universel du frère,
qui ne croit pas et ne prie pas comme nous.
 
T’aimer sans cesse dans la nuit obscure de la foi,
même lorsque tu sembles te cacher à la prière,
aimer et vouloir aimer jusqu’au bout pour toi,
Bien-aimé qui ne cesse jamais de nous aimer.
 
T’aimer comme si nous allions mourir cette nuit,
t’aimer jusqu’à brûler d’amour à l’heure de l’épreuve,
t’aimer à perte de vue dans le silence de l’adoration,
t’aimer jusqu’à donner notre vie, ô amour infini.

(De mon livre Prières de toutes les saisons, Bellarmin / Parole et Silence, p. 117)

 

Pour plus d’informations : www.charlesdefoucauld.org 
En complément: Les maîtres spirituels chrétiens (Petit carnet, Novalis, 2014)

L'Année sainte et les oeuvres de miséricorde
Charles de Foucauld, frère universel (1/2)

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