Le blogue de Jacques Gauthier

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École de prière (12) La transfiguration

Jésus se retire souvent à l’écart pour prier. Même si son être filial est constamment uni au Père, il a besoin de prendre un temps précis pour prier son Père dans le secret et continuer la relation qu’il a avec lui. Le Père l’engendre en permanence comme il le fait pour chacun de nous. Nous pouvons ainsi dire qu’en Jésus nous prions sans cesse puisque nous sommes dans le Père comme ses fils et filles bien-aimés. Que dire à Jésus dans notre prière, sinon que nous l’aimons. « Je ne luis dis rien, je l’aime », disait la petite Thérèse un mois avant son entrée dans la vie.

"Mon Fiancé ne me dit rien et moi je ne lui dis rien non plus sinon que je l’aime plus que moi, et je sens au fond de mon cœur que c’est vrai car je suis plus à Lui qu’à moi! (Thérèse de Lisieux, OEuvres complètes, Cerf/DDB, 1996, p. 417).

Jésus transfiguré

 Si Jésus prie souvent seul, il lui arrive de prendre avec lui des apôtres comme il l’a fait sur la montagne de la transfiguration. "Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur étonnante." (Luc 9, 28-29).

Luc laisse entendre que, sous l’effet de la prière, la gloire à venir rayonne déjà sur le corps de Jésus. Quelle était la prière de Jésus pour qu’il soit ainsi transfiguré? Qu’a-t-il bien pu dire à Moïse et à Élie? Cela n’a pas d’importance. Ce qu’il faut noter dans cette scène c’est que Jésus est transfiguré pendant qu’il priait. Il expérimente la présence de Dieu en priant.

Pierre et les deux autres, accablés de sommeil, se réveillent et « ils virent la gloire de Jésus » (Luc 9, 32). Dieu se manifeste parfois à nous d’une manière sensible dans la prière. Alors, comme Pierre, nous voudrions dresser trois tentes pour jouir le plus longtemps de cette présence de Dieu. Nous sommes alors dans la joie, car nous voyons, dans la foi, cette présence de Jésus qui se manifeste à notre cœur. Nous sentons Jésus près de nous, comme si une nuée nous couvrait de son ombre : "Lui qui transformera nos pauvres corps à l'image de son corps glorieux, avec la puissance qui le rend capable aussi de tout dominer" (Philippiens 3, 21).

La nuée, présente dans le récit de la transfiguration, signifie la présence de Dieu. Elle provoque une certaine frayeur aux disciples. De la nuée, une voix se fait entendre qui va plonger les disciples dans le silence : "Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le" (Luc 9, 35).

Notre prière transfigurée

En Jésus, nous sommes aussi les fils et les filles du Père. Nous en prenons parfois conscience lorsque nous faisons silence dans la prière pour mieux entendre le Père nous dire son amour? C’est dans cette attitude filiale d’une prière confiante que nous pouvons reprendre la prière que Jésus nous a laissée et nous tourner vers le Père. Prier comme Jésus signifie alors dialoguer avec le Père, s’unir à son projet d’amour, ne pas s’évader de la réalité, assumer nos responsabilités, faire confiance à Dieu.

Benoît XVI commentait cet épisode de la transfiguration avant l’angélus du deuxième dimanche de Carême, le 4 mars 2007 : "Dans son dialogue intime avec le Père, il ne sort pas de l’histoire, il ne fuit pas sa mission pour laquelle il est venu au monde, même s’il sait que pour arriver à la gloire il devra passer par la Croix. Au contraire, le Christ entre plus profondément dans cette mission, en adhérant de tout son être à la volonté du Père, et il nous montre que la vraie prière consiste précisément dans l’union de notre volonté avec celle de Dieu. Par conséquent, pour un chrétien, prier ne signifie pas s’évader de la réalité et des responsabilités qu’elle comporte, mais les assumer à fond, en faisant confiance à l’amour fidèle et inépuisable du Seigneur. C’est pourquoi l’événement de la Transfiguration est, paradoxalement, l’agonie à Gethsémani (Cf. Luc 22,39-46). Devant l’imminence de la passion, Jésus fera l’expérience de l’angoisse mortelle et il s’abandonnera à la volonté divine : à ce moment-là, sa prière sera un gage de salut pour nous tous. Le Christ en effet suppliera le Père céleste de « le libérer de la mort », et, comme l’écrit l’auteur de la lettre aux Hébreux, « il a été exaucé en raison de sa piété » (5,7). La résurrection est la preuve de cet exaucement".

La transfiguration du Christ renvoie au mystère de la Croix. Le Thabor n'est jamais loin du Calvaire. Les deux montagnes se font face aussi en nous. Les moments de transfiguration nous aident à tenir dans la foi quand l'épreuve devient trop lourde. La transfiguration du Christ, célébrée le 6 août, arrive quarante jours avant l'Exaltation de la Sainte Croix, fêtée le 14 septembre, un peu pour préparer "le coeur de ses disciples à surmonter le scandale de la croix", lit-on dans la Préface de la fête de la transfiguration. Ce mystère nous montre également que la gloire du Christ sera aussi la nôtre, que sa divinité enflammera notre chair. C'est déjà commencé dans notre prière de pauvre, prière d'adoration et de contemplation, prière de feu devant le Saint-Sacrement ou dans le secret de notre chambre, prière de sécheresse qui transfigure notre coeur, qui attire les autres à Jésus. Et c'est alors que Dieu apparaît en nous autant que nous le laissons transparaître. "Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu", disait les Pères de l'Église. Telle est la foi chrétienne.

Jésus n’invite pas ses amis à un silence vide, mais à partager le secret du Père : son amour unique pour chacun de nous, ses fils et ses filles bien-aimés. Pour bien l’entendre, il faut se recueillir sur la montagne et se laisser cueillir tendrement par le Père en nous offrant avec Jésus. Cette prière orientée vers le Père culmine dans l’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne.

Pour aller plus loin, je vous suggère mon Guide pratique de la prière chrétienne (Presses de la Renaissance, 323 pages); Expérience de la prière (Parole et Silence, 140 pages).

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