École de prière (16) Prier, c'est ennuyant

La prière est un long chemin que l'on fait en priant. On y va parfois avec entrain, mais aussi à reculons. Il arrive si souvent qu'on ne ressente rien, que l'ennui nous tenaille, mais cela ne veut pas dire qu'il ne se passe rien, comme je l'indiquais au blogue précédent.

Un religieux me disait l'autre jour: "Prier, c'est ennuyant". Qu’est-ce qui t’ennuie ? Les formules toutes faites que l’on répète et qui assèchent le cœur. Le fait que tu sois là, dans le vide, dans l’attente d’un Dieu qui ne vient pas, que tu n’aies rien à lui dire. Ou que le temps ne passe pas assez vite et que tu aies mille choses intéressantes à faire. Pourtant, il ne s’agit pas ici de quelque chose à faire, mais de Quelqu’un à aimer et à écouter. Et puis, les Écritures donnent les mots de Dieu lorsque nous trouvons les nôtres trop ennuyeux. Avant de parler à Dieu, il est bon d’écouter sa Parole. 

Pourquoi n’acceptes-tu pas de t’ennuyer devant Dieu ? Prier, c’est aussi parfois s’ennuyer devant Dieu, par amour. Ainsi tu ne t’attends à rien, mais tu attends tout de la grâce divine. N’es-tu pas un pauvre qui ne sait pas prier, comme le publicain qui se frappe la poitrine à l'arrière du temple ? Tu vis ton impuissance à prier devant Dieu parce que tout ce que tu vis lui appartient, même ton ennui à le prier. Ta prière devient alors un long acte d’adoration et de louange pour ce qu’il est.

As-tu pensé que tu peux t’ennuyer dans la prière parce que tu es fatigué, que tu n’as pas choisi le bon moment, que tu as un horaire chargé ou un travail stressant, que tu traînes une image négative de Dieu ou une conception utilitaire de la prière ? Dieu sera toujours l’Autre qui n’est pas le prolongement de ce que je voudrais qu’il soit. Et la prière sera toujours un don de son Esprit qui nous échappera sans cesse.

Lorsque l’on s’ennuie vraiment dans la prière, le plus simple est de répéter un mot, comme « Jésus », ou une phrase comme celle-ci : « Je t’aime Seigneur et je sais que tu m’aimes ». Ou ne rien dire, à l'exemple de Thérèse de Lisieux, alitée à l'infirmerie du carmel de Lisieux. Dans la nuit du 2 septembre 1897, sa soeur Céline la trouve les mains jointes et les yeux levés au ciel. Elle lui conseille de dormir. Et Thérèse de répondre : « Je ne puis pas, je souffre trop, alors je prie ». Céline lui demande ce qu’elle dit à Jésus. Elle lui répond : « Je ne lui dis rien, je l’aime ». Tout est dit.

Ne te casse donc pas la tête pour savoir quoi dire à Dieu, laisse monter ce qui vient à toi, sans trop penser à hier et à demain qui n'appartiennent qu'à lui. Un simple balbutiement ravit son cœur de Père. La prière te dépouille, te décentre de toi-même. Tu es obligé d’être nu devant Dieu, comme un tout-petit dans son berceau, comme le Christ sur la Croix. Tu acceptes d’être vulnérable, inefficace, distrait. Et pourtant tu continues à perdre ton temps pour lui, à l’adorer et le louer, dans cet aujourd'hui de son amour. C’est alors que tu entres dans son désir et que tu laisses sa volonté s’installer en toi, même si tu t’ennuies en sa présence. Tu communies à toutes les personnes qui s’ennuient et tu les portes dans ta pauvre prière.  

Pour aller plus loin, je vous suggère ces livres : Guide pratique de la prière chrétienne (Presses de la Renaissance, 323 pages); Expérience de la prière (Parole et Silence, 140 pages).

La Charte de l'exclusion
Prière d'adieu pour un défunt

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