École de prière (18) Persévérer dans la prière

Tous les alibis sont bons pour ne pas persévérer dans la prière. Qui n'a pas déjà entendu ces remarques? "J'aide les autres, c'est mieux que de perdre son temps à prier. Mon travail, c'est une prière, cela me suffit. Je suis plus de tempérament actif que contemplatif."

Aimer les autres et faire de son travail une prière, c’est bien, mais pourquoi cela nous éloignerait de la prière personnelle et silencieuse? Si on on consacre un temps quotidien à l'oraison, par exemple quelques minutes le matin, notre travail portera encore plus de fruits et notre action ne dégénérera pas en agitation. Saint Benoît avait visé juste en prenant pour devise : Ora et labora (« Prie et travaille »).  

Le temps que nous prenons pour Dieu dans la prière sera d’autant plus fécond si nous avons la volonté de vivre le reste de la journée dans une attitude de prière, c’est-à-dire d’accueil de l’autre et de Dieu. Aimer les personnes qui nous entourent ne peut que faciliter l’union à Dieu dans la prière et dans la vie quotidienne. On prie comme on vit et on vit comme on prie, l’un influence l’autre. Dans la prière comme dans la vie, nous vivons avec Dieu. Action et contemplation sont en nous comme deux sœurs.

Grâce au temps d’oraison et d’adoration que nous vivons à une heure choisie, nous avons plus de chance de travailler avec Dieu et d’aimer les autres pour eux-mêmes. C’était le secret du rayonnement de Mère Teresa et de sa congrégation :

Prière 1« Chaque soir, quand nous revenons de notre labeur, nous nous rassemblons dans la chapelle pour une heure continue d’adoration. Dans la quiétude du crépuscule, nous trouvons la paix dans la présence du Christ. Cette heure d’intimité avec Jésus est cruciale. J’ai vu une grande transformation s’opérer dans notre congrégation depuis le jour où nous avons instauré la pratique quotidienne de l’adoration. Notre amour pour Jésus en est devenu plus familier. Notre amour les uns pour les autres, plus affectueux. Notre amour pour le pauvre, plus compatissant. » (Cité dans J’ai soif. De la petite Thérèse à Mère Teresa, Parole et Silence, 2003, p. 86).

Saint Ignace de Loyola disait qu’il fallait trouver Dieu en toutes choses. Or, ce que Dieu veut, c’est que l’on choisisse la vie en abondance dans le Christ. Choisir la vie, c’est prier avec le Fils, s’offrir à lui, surtout dans l’Eucharistie, l’adorer dans le Saint-Sacrement lorsqu’on le peut. C’est également communier à la vie de l’Esprit qui est en travail d’enfantement au cœur du monde.

Ne pas se décourager

La prière, comme l’amour, passe par l’épreuve du temps. Le pire ennemi, c’est le découragement. Acceptons que la prière ne se déroule pas comme on voudrait. Le temps de Dieu n’est pas le nôtre. Ses voies ne sont pas nos voies. En communiant à son amour dans la prière, il nous fait entrer dans son désir de salut sans nous faire quitter notre aujourd’hui.

Une seconde suffit pour tourner le cœur vers Dieu et apaiser les doutes. Les méthodes n’y peuvent pas grand-chose. On ne progresse pas dans la prière à coup de techniques, mais par des actes de foi, d’espérance et d’amour. Nous nous présentons gratuitement devant lui, pas seulement pour lui demander quelque chose, mais pour le laisser exister en nous, ainsi l’aile du désespoir ne nous frôlera pas très longtemps.

A celui qui réserve chaque jour, toutes occupations cessantes, une demi-heure pour Dieu seul ne manquera jamais d’un vaste espace. Les fruits de la prière sont là. Paix intérieure, confiance, réconfort, espérance, calme, joie de vivre, disponibilité à autrui, intuition de la vie éternelle commencée maintenant.

Prière 2« Celui qui court vers Toi devient toujours plus grand et plus haut que lui-même, augmentant toujours par l'accroissement des grâces […]; mais comme ce qui est recherché ne comporte pas en soi de limite, le terme de ce qui est trouvé devient pour ceux qui montent le point de départ de la découverte de biens plus élevés. Et celui qui monte ne s'arrête jamais d'aller de commencement en commencement par des commencements qui n'ont jamais de fin. (Grégoire de Nysse, « Homélie sur le Cantique des Cantiques », dans La Colombe et la Ténèbre, de l'Orante, 1965, pp 110-111.)

La prière appartient à Dieu

Même si Dieu peut nous sembler loin, nous lui faisons le don de notre prière jour après jour. « Le juste vivra par sa fidélité » (Habaquq 2, 4). C’est le grand combat à livrer, on y arrive en s’appuyant sur la fidélité de Dieu. Il n’est jamais en retard dans ses promesses, même s’il semble tard pour nous. La persévérance obtient tout.

En réalité, pour persévérer dans la prière et franchir les obstacles, les vraies questions ne sont pas pourquoi et comment prier, où et quand, combien de temps. Non, une question plus fondamentale demeure : Quelle idée me fais-je de Dieu ? C’est elle qui me motivera pour tenir bon.

On aura beau dire et redire que nous ne pouvons pas prier, que le silence se fait rare, que nous n’avons pas le goût de prier, que nous ne ressentons rien, qu’il ne se passe rien, qu’on s’ennuie, qu’il y a trop de distractions, la question essentielle est celle-ci : « Qui est Dieu pour moi » ? La fidélité de ma prière sera la réponse la plus authentique à cette question. Si Dieu est au cœur de ma vie, la prière le sera aussi.

Pour aller plus loin, je vous suggère: Guide pratique de la prière chrétienne (Presses de la Renaissance, 323 pages); Expérience de la prière (Parole et Silence, 140 pages).

Béatitudes pour gens stressés
7 janvier: Saint frère André

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