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École de prière (44) Reprendre l'oraison

J’arrive de vacances aux Îles de la Madeleine, situées dans le golfe du Saint-Laurent. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais c’est souvent difficile de "faire oraison" lorsqu’on est ailleurs. C’est déjà un défi et un combat d’être fidèle au temps d’oraison durant l’année, alors quand l’horaire est chamboulé durant l’été, le cœur à cœur silencieux avec le Seigneur en prend souvent un coup. Eh bien, à la rentrée, il n’est jamais trop tard pour reprendre. Ce qui est cool avec la prière, c’est que nous pouvons toujours recommencer. Elle est sans cesse un départ, non une arrivée. Comme l'écrivait Madeleine Delbrêl dans Alcide: "Si tu crois que le Seigneur vit avec toi, partout où tu as la place de vivre, tu as la place de prier. Si tu vas au bout du monde, tu trouves la trace de Dieu; si tu vas au fond de toi, tu trouves Dieu lui-même".  

Jacques vacances

J’aime bien me représenter l’oraison, appelée aussi prière contemplative, comme un chemin intérieur de miséricorde par lequel Dieu vient vers moi. Plus qu’un simple rite à accomplir, elle est d’abord une expérience à vivre. J’ai déjà consacré plusieurs articles à ce sujet dans l’école de prière du blogue. L’expression « faire oraison » est d’ailleurs ambiguë. Il est plus juste de dire que nous nous livrons à l’oraison. En effet, nous ne faisons rien dans cette forme de prière silencieuse, sinon être là, simplement. Nous nous offrons au Seigneur dans le recueillement, désirant vivre une attention amoureuse à son mystère. « Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute » (1 S 3, 9) !

Le temps que nous donnons à Dieu dans l’oraison lui appartient totalement. Il en fait ce qu’il veut. L’oraison varie selon les jours, mais celle que nous vivons aujourd’hui est celle qui nous convient, puisque c’est Dieu qui nous la donne au moment présent. Il sait ce qui est bon pour nous. Ce que nous avons à faire, c’est de prendre la décision ferme d’être là chaque jour, à heure fixe si possible, pour Dieu seul, présents à sa présence, puisqu’il est toujours là.

Dieu nous précède sans cesse, il est toujours le premier arrivé à l’oraison comme dans notre vie. Nous y allons parce que le Seigneur le veut. « Le Maître est là, il t’appelle. » (Jn 11, 28). Il nous cherche et il se laisse trouver par nous. Il veut que nous lui donnions tout avec joie, surtout notre incapacité à prier, notre pauvreté à nous recueillir lorsque les distractions nous assaillent. Dieu seul suffit, que nous soyons dans la sècheresse ou l’ivresse.

L’important dans l’oraison est de vouloir durer. Nous nous abandonnons au Dieu qui est, qui était et qui vient. Nous lui remettons ce que nous avons et ce que nous sommes. Nous consentons à sa présence en nous pour mieux nous unir au Fils dans la foi. La contemplation de son amour est toujours un don que nous recevons de Dieu, sans mérite de notre part. C’est alors que nous devenons de plus en plus intimes avec le Christ et que nous portons une réelle attention aux autres.

Du temps gratuit pour Dieu

L’oraison n’est pas séparée de nos activités quotidiennes. Mais il est bon de choisir un temps précis dans la journée pour prier; c’est un temps gratuit pour Dieu. Nous choisissons une posture confortable qui dispose le corps à l’attention à Dieu. Nous utilisons un mot-prière qui favorise le recueillement et exprime l’intention de consentir à la présence de Dieu en nous. Ce mot peut être "Jésus", "Amour", "Abba", que l’on répète intérieurement, sans effort et avec douceur. Nous plongeons dans l’acceptation de la volonté du Père en nous. Il nous prend toujours là où nous sommes afin de nous conduire où il veut. Faisons-lui confiance.

Plus nous aimons dans la journée, mieux nous prions. Nous marchons sous le regard de Dieu autant dans la vie quotidienne que dans l’oraison. Ce n’est pas se retirer de la vie que de se reposer en Dieu, mais la rendre plus féconde. Le repos de la prière contemplative nous fait prendre conscience que nous nous agitons souvent pour des choses qui ne sont pas si nécessaires. En ce sens, l’oraison est efficace parce qu’elle féconde l’action de son poids d’amour.

En tant qu’être de relation, je me reçois du Père dans la prière profonde qui me relie à son Fils dans une expérience de communion, non de fusion. L’Esprit peut me donner la grâce de m’oublier, de me perdre de vue dans cette nuit, dirait Jean de la Croix, où je ne sais plus prier. Le Père voit alors son Fils en moi. Il me transforme en sa beauté pour que je sois moins épris de moi-même et un peu plus de lui. 

Pour aller plus loin : la parution en poche de Expérience de la prière (Parole et Silence, 2016); et la nouvelle édition de mon Guide pratique de la prière chrétienne (Presses de la Renaissance, 2015).

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