Élégie au petit Aylan

Petit Aylan
 
Petit garçon couché sur le ventre,
si semblable à mon bambin d’hier,
quand ses doigts tachés d’encre
dessinaient la terre et la mer,
un jardin de rêves à cultiver.
 
De quel carré de sable es-tu le jeu,
que tu apparaisses seul sur la plage
dans ce lit mouillé qui n’est pas le tien,
en quête de maison et de pays?
 
Le grand large a pris ton dernier souffle,
les vagues ont bercé ton corps silencieux,
tel Ulysse reposant à côté du sommeil.
 
L’eau salée s’est retirée avec la marée,
larmes amères sur les plaies de l’histoire.
Elle t’a laissé tes vêtements et tes souliers,
pour que tu te lèves en un éclair à l’aube,
que tu naisses tout sourire dans l’éternité.
 
Ta photo-icône remue les peuples,
ouvre les consciences et les frontières,
rapproche les pas qui s’éloignaient du cœur,
réveille cette part d’enfance permanente,
latente en nos solitudes blessées.
 
L’image inouïe nous suit dans la nuit éteinte.
La mise au monde reste cachée à nos yeux,
se fait entendre en résonance dans l’espace,
familles d’accueil, visages de la compassion,
tous liés aux rescapés de la migration.
 
Quelque part, un garçonnet est mort.
Devant la mer, un père pleure.
 
À Paris, avec Thérèse, pour Jésus
Un chien et son maître

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