Faire de l'éternel

Newtown enterre ses morts dans le silence du mystère, à l'ombre des journalistes, des micros et des caméras. On a tiré des leçons du passé, les familles restent à l'écart du cirque médiatique. Nous percevons l'écho de leur souffrance dans quelques reportages. Le temps s'ouvre à ce qui est éternel: l'amour, Dieu, aujourd'hui. « Dieu a mille ans pour faire un jour; je n'ai qu'un seul jour pour faire de l'éternel, c'est aujourd'hui » (Christian de Chergé, prieur des moines de Tibhirine qui ont été assassinés en Algérie).

Là où nous sommes, témoignons du mystère qui nous habite. Ce que l’on peut expérimenter de plus beau et de plus profond, disait Einstein, c'est le sens du mystère. Il ajoutait que ce principe « sous-tend la religion et toute entreprise artistique et scientifique sérieuse ». 

L’expérience du mystère prend la couleur de la relation que chacun vit avec lui-même, le monde, les autres, Dieu, s'il est croyant. Le langage le moins inconvenant pour rendre compte de ce mystère demeure le langage symbolique, poétique. La liturgie des funérailles, par ses rites et ses paroles, ouvre un espace de contemplation et de silence au secret de l'être.

Les assemblées chrétiennes forment une communauté qui célèbre le mystère de l'Éternel venu dans le temps, Dieu fait homme, mort et ressuscité. Noël et Pâques se conjuguent au présent, même durant les funérailles catholiques. C'est la véritable naissance, le passage de la mort à la vie. En l'ouvrant à l'éternité, le temps devient fécond; il porte un fruit qui demeure, une promesse de vie. Thérèse de Lisieux écrivait un mois avant sa mort: "Je ne meurs pas, j'entre dans la vie". 

À Newtown et ailleurs dans le monde, les célébrations chrétiennes déploient un mystère de communion où les fidèles sont membres du corps du Christ. La Parole de Dieu qui est proclamée, chantée, méditée, partagée, mangée, transcende les temps. Elle crée du sens au-delà des scoops, des modes, des opinions. C'est une parole de vie éternelle qui dépasse l'ancien et le moderne. Elle reste jeune puisqu'elle fait de l'éternel; elle porte en elle l'éternité. Les croyants aussi, en habitant le mystère, en revêtant la Parole, portent Dieu. Nous portons en nous la vie éternelle.

 

Noël, notre naissance
La tuerie de Newtown

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