J'aime l'Église: un regard de foi

Peut-on comprendre l'Église sans la foi? Je me faisais cette réflexion à la fin de Tout le monde en parle du 17 février, où l’on avait papoté sur Benoît XVI, le Vatican, le cardinal Marc Ouellet. Que de lieux communs et de préjugés n’ai-je pas entendus ! On a critiqué sévèrement l’ « entreprise » Église qui est coupée du monde et qui ne veut pas entrer dans la modernité en refusant l’ordination aux femmes. Décidément, l’Église catholique dérange, elle ne pense pas comme tout le monde. 

La renonciation de Benoît XVI a remis l’Église sur la place publique, mais les journalistes qui ont une formation théologique pour en parler avec justesse sont rares. Car l’Église n’est pas seulement une réalité sociologique, elle est mystère, et une mère pour plusieurs catholiques qui souffrent de la voir incomprise et ridiculisée.

La crise de confiance et d’autorité que traverse l’Église est profonde. Ce sera tout un défi à relever pour le prochain pape. On peut bien faire des prédictions pour savoir qui sera le successeur de Pierre, et non seulement de Benoît XVI, mais au bout du compte c’est l’Esprit Saint qui a le dernier mot. Ce qui m’amène à la question du début : Peut-on comprendre l’Église sans la foi, et surtout l’aimer? Je ne peux répondre que pour moi.

Le Christ continué

J’aime l’Église parce que j’aime le Christ, les deux étant pour moi indissociables. L’Église est le Christ continué et répandu dans une communauté de croyants. Le concile Vatican II a défini l’Église comme peuple de Dieu et corps du Christ. Ce n’est pas une entreprise, ou une organisation, rappelait Benoît XVI le 14 février au clergé de Rome : « l’Église n’est pas une organisation, quelque chose de structurel, institutionnel, mais un organisme, une réalité vitale dont les éléments constructifs sont les âmes croyantes des croyants de tous les temps et tous les lieux ». Elle a constamment à repartir du Christ, à se convertir, à tout lui donner, puisqu’il n’enlève rien. 

Nous vivons actuellement en Occident une crise de la foi, une perte du sens de Dieu, une indifférence religieuse. Ce fut un trait marquant du pontificat de Benoît XVI d’avoir voulu poser la priorité de la question de Dieu dans notre monde. Il a montré que la foi authentique en Dieu favorise le respect de l’autre, promeut la paix et valorise la liberté religieuse, sinon, elle devient une idéologie au service d’une cause politique qui aliène trop souvent l’humanité. Dans un livre d’entretiens avec le journaliste Peter Seewald, Lumière du monde, il affirmait : « Aujourd’hui, l’important est que l’on voie de nouveau que Dieu existe, qu’Il nous concerne et qu’Il nous répond ».

Membre du corps du Christ

L’Église vit de cette foi en Dieu; moi aussi comme baptisé, membre du corps du Christ. Par mon baptême, je suis prêtre, prophète et roi, à la suite du Christ. Je vis mon sacerdoce baptismal dans l’Église et le monde de ce temps. C’est une réalité vivante en moi que la foi me permet d’exprimer et d’expérimenter. L’Église m’a accueilli dès ma naissance, a été témoin de mon mariage et elle va m’accompagner jusqu’à mes funérailles. De dimanche en dimanche, je célèbre l’eucharistie avec d'autres, mes frères et mes soeurs, me nourrissant aux tables de la Parole et du Pain. J’accueille aussi le pardon quand je confesse la miséricorde du Seigneur au sacrement de la réconciliation. Ma vie devient une messe par laquelle j’offre le monde.

« Il est grand le mystère de la foi », proclame-t-on à chaque messe. L’Église fait l’eucharistie et l’eucharistie fait l’Église, communion de Dieu et de l’humain, rassemblement des croyants, où je suis appelé à vivre autrement, tourné vers Dieu et l’autre. Comment entrer dans le mystère du corps et du sang du Christ qui transforme ma vie et le monde si la porte de la foi reste fermée?

L’Église est pour moi une sagesse, une mentalité où l’Esprit fait le bien, malgré le mal qui s’infiltre dans ses membres. Sacrement de Dieu signifiant le Christ, elle établit un rapport d’alliance avec les hommes et les femmes, revêtant une forme d’existence communautaire. L’Église est originale parce que Dieu y prend forme. Dans les rencontres humaines, ce sont les cœurs qui se communiquent; dans l’Église, c’est Dieu qui se communique. Elle n’existe pas pour elle-même, ni pour plaire au monde ou pour remplir les églises, elle est là pour que Dieu soit connu et aimé, célébré et adoré.

Communion des saints

Je crois à la communion des saints où « nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ, étant membres les uns des autres (Romains 12, 4-5). Elle ne se réduit pas au groupe des canonisés, mes amis les saints et les saintes qui m’ont précédé, mais s’étend à tous les baptisés qui s’efforcent de vivre les béatitudes, de rayonner l’Évangile au cœur des idéologies. J’aime les saints et les saintes de toutes les saisons, eux qui sont « l’amour au cœur de l’Église », selon l’expression de ma préférée, Thérèse de Lisieux. Les côtoyer, c’est devenir meilleur. Boire à leur puits, c’est faire remonter l’eau vive de l’espérance et devenir soi-même une source. Ils témoignent de ce que l’Église a de plus beau : l’amour du Père, du Fils et de l’Esprit.

L’Église est une famille qui a pour langage corporel la liturgie et la mission. Mystagogique et missionnaire, elle initie au mystère et elle ouvre sur le monde. Comme baptisé, je suis responsable de sa croissance, d’où l’urgence de me tourner vers Jésus, de prier dans le silence du cœur pour mieux me donner, de fréquenter à l’occasion les monastères et les sanctuaires pour retrouver le souffle.

J’aime l’Église en plein vent, née du Père, du cœur du Christ en croix, du souffle de l’Esprit. Jeune et vieille Église universelle traînant dans sa coulée deux mille de présence du Christ au monde. Église d’hommes et de femmes pécheurs qui ont de la difficulté à vivre et qui s’en remettent sans cesse à la miséricorde divine. « Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs » (Matthieu 9, 13). Je la porte cette Église fragile dans mon oraison matinale et dans mon engagement de laïc comme un enfantement à venir. Heureusement, la Parole de Dieu poursuit sa course jusqu’à mon cœur; elle épouse mon silence et donne du sens à ce que je vis. L’Église est le lieu de la Parole donnée, reçue, rendue, rompue, partagée, mangée.

L’Église marche lentement dans ce monde où tout va tellement vite. Elle semble dépassée, mais elle ne perd pas de vue Jésus en le contemplant sur la croix. C’est en l’aimant qu’on peut mieux la réformer. Les notions de droite et de gauche, de conservateur et de progressiste à son endroit sont trop réductrices pour traduire son mystère de communion.

L’Église est d’en haut, mais sa mission est en bas avec le plus petit, auquel le Christ s’est identifié. Elle n’est pas toujours fidèle à l’Évangile, mais le Christ lui envoie des témoins dont elle a besoin pour se renouveler et devenir de plus en plus humble et tendre. Tel cet appel de Benoît XVI à l’angélus du 17 février qui résonne comme un énoncé de mission : « L’Église appelle tous ses membres à se renouveler et à se réorienter de manière décidée vers Dieu en reniant l’orgueil et l’égoïsme ». 

Livres: Le Jour du Seigneur automne 2012
Mercredi des Cendres

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