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L'aventure de la foi

En cette Année de la foi, j'ai écrit un petit livre, L'aventure de la foi, quinze variations, qui s'attarde surtout à l'acte de croire. Je décris la foi comme don et expérience, écoute et réponse, toucher et regard, doute et nuit, combat et engagement. Cet essai se présente comme une méditation toujours en mouvement, une symphonie inachevée, à la manière de la foi elle-même qui est une aventure jamais terminée. Trois sources me servent de mesure : la Bible, mon cœur et les témoins.  Voici quelques extraits de l'introduction.

La foi, en général, est bienfaisante pour tous. Nous en avons besoin dans nos sociétés pour que la confiance et la loyauté règnent dans les échanges. Les racines latines du mot foi, fides, et du verbe croire, credere, expriment l’idée de confiance. On met sa confiance en quelqu’un, en quelque chose ; on se confie, on se fie à un autre que soi. Et cela commence très tôt. Le petit enfant s’éveille normalement à la vie d’après la confiance qu’il développe envers sa mère, son père, les personnes qui l’entourent. Comment s’épanouir si on ne croit pas en soi et en les autres, si on ne fait pas confiance ? Comment grandir individuellement et collectivement si nous accordons seulement la primauté au pouvoir et au savoir, alors que le « croire » est aussi une dimension importante de notre être ?

La foi, disait la philosophe Simone Weil, « c’est l’intelligence éclairée par l’amour ». Elle mobilise tout ce que nous sommes et engage profondément notre existence. C’est un clair obscur qui précède le discours et qui approche le mystère avec sa propre logique. Elle nous fait entrer dans une autre dimension de sens, un axe vertical, comme si on voyait l’invisible, si une présence nous dépassait. Elle ouvre la porte sur l’infini d’un amour, jusqu’à croire qu’on est aimé éternellement. La foi, qu’elle soit en soi, en l’autre, en Dieu, est liberté de l’esprit et ouverture de l’intelligence.

La foi chrétienne

Croire en Dieu, c’est tout de même incroyable, puisque l’objet de notre foi nous échappe sans cesse. On veut toucher, voir, retenir, alors qu’un simple regard de foi suffit à tout éclairer. Jésus en faisait le reproche à Marie Madeleine au matin de Pâques : « Cesse de me tenir, je ne suis pas encore monté vers le Père. » (Jean 20, 17). Ce qui différencie le chrétien des autres croyants est son attachement au Christ, jusqu’à le suivre dans sa mort et sa résurrection : « Il s'agit de connaître le Christ, d'éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort, dans l'espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d'entre les morts » (Philippiens 3, 10-11). Jésus est le centre de la foi chrétienne, rappelle Benoît XVI dans son homélie de la messe d’ouverture de l’Année de la foi, le 11 octobre 2012 : « Le chrétien croit en Dieu par Jésus qui nous en a révélé le visage. Il est l’accomplissement des Écritures et leur interprète définitif. »

Dans les évangiles, Jésus s’émerveille de la foi de ses interlocuteurs, mais il déplore aussi leur manque de foi, qu’il suffirait d’avoir « gros comme une graine de moutarde » (Matthieu 17, 20) pour déplacer une montagne. Il est surpris lorsque Philippe lui demande : « Montre-nous le Père » (Jean 14, 8). Il répond, étonné : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe » (Jean 14, 9). Il réprimande les disciples d’Emmaüs : « Vous n’avez donc pas compris! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’on dit les prophètes » (Luc 24, 25)!

Par contre, en réponse à la foi audacieuse et confiante de sa mère, il change l’eau en vin à Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2, 5). Lorsque l’aveugle Bartimée de Jéricho crie vers lui, il l’exauce : « Va, ta foi t’a sauvé » (Marc 10, 51). À Marthe, sœur de ce Lazare qui est mort depuis quatre jours déjà, il déclare : « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » (Jean 11, 40).

Jésus et la puissance de la foi

Jésus admire la foi du centurion romain qui lui demande seulement une parole pour que son serviteur soit guéri : « Je vous le dis, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi » (Luc 7, 9). Il sent une force sortir de lui lorsqu’une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans, touche son vêtement : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. » (Marc 5, 34). Il loue aussi la foi intrépide de l’apôtre Pierre (Marc 8, 27-33), se laisse toucher par la foi entêtée d’une païenne (Marc 7, 24-30), et par la foi totale, in extremis, du bon larron : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Luc 23, 42-43).

Devant tant d’exemples de foi profonde, il rend grâce : « Jésus exulta de joie sous l'action de l'Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté. » (Luc 10, 21) On voit bien comment la foi est capitale pour Jésus, car elle ouvre les portes du salut et nous fait accéder à notre humanité profonde. Bien sûr, notre foi sera toujours faible, mais nous pouvons toujours demander au Seigneur, à la suite des Apôtres : « Augmente en nous la foi » (Luc 17, 5).

L'aventure de la foi: quinze variations, Paris, Parole et Silence, 2013, p. 13-16.

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