La foi: aventure et lumière

La première encyclique du pape François est parue sous le titre Lumen Fidei. Il reprend à son compte et le complète un texte commencé par Benoît XVI avant sa renonciation. L’encyclique est une confession de foi en forme de catéchèse écrite à quatre mains. Elle souligne la continuité entre les deux pontificats, alors que certains voudraient voir une rupture. François partage avec Benoît une même conception du ministère de Pierre inscrite dans la longue Tradition de l’Église qui est de « confirmer les frères » dans la foi qu’ils ont reçue comme un don.

Le 5 juillet, le cardinal Marc Ouellet a présenté ainsi l’encyclique à Rome : « ll manquait un pilier à la trilogie de Benoît XVI sur les vertus théologales. La Providence a voulu que le pilier manquant soit un cadeau du Pape émérite à son successeur et en même temps un symbole d’unité, car en assumant et complétant l’œuvre entreprise par son prédécesseur, le Pape François témoigne avec lui de l’unité de la foi. La lumière de la foi est ainsi relayée d’un pontife à l’autre, comme dans les courses du stade, grâce « au don de la succession apostolique » par laquelle « la continuité de la mémoire de l’Église est assurée » de même que la « certitude d’atteindre la source pure d’où surgit la foi » (49).

L’encyclique aborde surtout la foi comme une lumière, j’aurais aimé qu’on parle aussi de son côté nocturne. Jean de la Croix a montré que la foi s’apparente à une nuit obscure qui symbolise le passage de l’âme avec Dieu. La foi, disait la carmélite Élisabeth de la Trinité, « c’est le face-à-face dans les ténèbres ». Le doute, si lié à l’expérience de la foi, n’est pas non plus mentionné dans le texte, ni le combat de la foi. Nietzche est cité au début du texte, comme dans la première encyclique de Benoît XVI « Dieu est Amour », mais le pape ne développe pas. On reconnaît bien la touche du pape émérite : la présentation est classique, didactique, claire, nourrissante, stimulante.

J’ai écrit en cette Année de la foi un court essai L’aventure de la foi : quinze variations. J’ai trouvé une certaine parenté spirituelle avec l’Encyclique. Je reprends chacune des variations que je développe dans mon livre en insérant une citation à méditer de Lumen Fidei.

Un acte

L’acte de foi de chacun s’insère dans celui d’une communauté, dans le « nous » commun du peuple qui, dans la foi, est comme un seul homme, « mon fils premier-né » comme Dieu appellera Israël tout entier (cf. Ex 4, 22) (14).

Un don

La foi est un don gratuit de Dieu qui demande l’humilité et le courage d’avoir confiance et de faire confiance, afin de voir le chemin lumineux de la rencontre entre Dieu et les hommes, l’histoire du salut (14).

Une aventure

Le fait de croire s’opposerait au fait de chercher. À partir de là, Nietzsche reprochera au christianisme d’avoir amoindri la portée de l’existence humaine, en enlevant à la vie la nouveauté et l’aventure. La foi serait alors comme une illusion de lumière qui empêche notre cheminement d’hommes libres vers l’avenir (2).

Une vie

La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et construire notre vie (4).

Une expérience

Celui qui croit, en acceptant le don de la foi, est transformé en une créature nouvelle. Il reçoit un nouvel être, un être filial ; il devient fils dans le Fils. « Abba, Père » est la parole la plus caractéristique de l’expérience de Jésus, qui devient centre de l’expérience chrétienne (cf. Rm 8, 15). La vie dans la foi, en tant qu’existence filiale, est une reconnaissance du don originaire et radical qui est à la base de l’existence de l’homme, et peut se résumer dans la phrase de saint Paul aux Corinthiens : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (19).

Une écoute

La foi n’est pas un fait privé, une conception individualiste, une opinion subjective, mais elle naît d’une écoute et elle est destinée à être prononcée et à devenir annonce. En effet, « comment croire sans d’abord l’entendre ? et comment entendre sans quelqu’un qui proclame ? » (Rm 10, 14) (22).

Une réponse

La foi est liée à l’écoute. Abraham ne voit pas Dieu, mais il entend sa voix. De cette façon la foi prend un caractère personnel. Dieu se trouve être ainsi non le Dieu d’un lieu, et pas même le Dieu lié à un temps sacré spécifique, mais le Dieu d’une personne, précisément le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, capable d’entrer en contact avec l’homme et d’établir une alliance avec lui. La foi est la réponse à une Parole qui interpelle personnellement, à un Toi qui nous appelle par notre nom (8).

Un toucher

La lumière de l’amour, en effet, naît quand nous sommes touchés dans notre cœur ; nous recevons ainsi en nous la présence intérieure du bien-aimé, qui nous permet de re- connaître son mystère. Nous comprenons alors pourquoi, avec l’écoute et la vision, la foi est, selon saint Jean un toucher, comme il l’affirme dans sa première lettre : « (...) ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux (...) ce que nos mains ont touché du Verbe de vie » (1 Jn 1, 1). Par son Incarnation, par sa venue parmi nous, Jésus nous a touchés, et, par les Sacrements aussi il nous touche aujourd’hui ; de cette manière, en transformant notre cœur, il nous a permis et nous permet de le reconnaître et de le confesser comme le Fils de Dieu. Par la foi, nous pouvons le toucher, et recevoir la puissance de sa grâce. (31).

Un regard

La foi non seulement regarde vers Jésus, mais regarde du point de vue de Jésus, avec ses yeux : elle est une participation à sa façon de voir (18).

Un doute

L’espace pour la foi s’ouvrait là où la raison ne pouvait pas éclairer, là où l’homme ne pouvait plus avoir de certitudes. Alors la foi a été comprise comme un saut dans le vide que nous accomplissons par manque de lumière, poussés par un sentiment aveugle ; ou comme une lumière subjective, capable peut-être de réchauffer le cœur, d’apporter une consolation privée, mais qui ne peut se proposer aux autres comme lumière objective et commune pour éclairer le chemin (3)

Une nuit

La lumière de la foi ne nous fait pas oublier les souffrances du monde. Pour combien d’hommes et de femmes de foi, les personnes qui souffrent ont été des médiatrices de lumière ! Ainsi le lépreux pour saint François d’Assise, ou pour la Bienheureuse Mère Teresa de Calcutta, ses pauvres. Ils ont compris le mystère qui est en eux. En s’approchant d’eux, ils n’ont certes pas effacé toutes leurs souffrances, ni n’ont pu leur expliquer tout le mal. La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit, et cela suffit pour le chemin (57)

Une lumière

La confession chrétienne de Jésus, unique sauveur, affirme que toute la lumière de Dieu s’est concentrée en lui, dans sa « vie lumineuse », où se révèlent l’origine et la consommation de l’histoire. Il n’y a aucune expérience humaine, aucun itinéraire de l’homme vers Dieu, qui ne puisse être accueilli, éclairé et purifié par cette lumière. Plus le chrétien s’immerge dans le cercle ouvert par la lumière du Christ, plus il est capable de comprendre et d’accompagner la route de tout homme vers Dieu (35)

Un savoir

À partir d’une conception individualiste et limitée de la connaissance, on ne peut comprendre le sens de la médiation, — cette capacité à participer à la vision de l’autre, ce savoir partagé qui est le savoir propre de l’amour.

Un combat

Parler de la foi amène à parler aussi des épreuves douloureuses, mais justement Paul voit en elles l’annonce la plus convaincante de l’Évangile ; parce que c’est dans la faiblesse et dans la souffrance qu’émerge et se découvre la puissance de Dieu qui dépasse notre faiblesse et notre souffrance. L’Apôtre même se trouve dans une situation de mort, qui deviendra vie pour les chrétiens (cf. 2 Co 4, 7-12). À l’heure de l’épreuve, la foi nous éclaire, et dans la souffrance et dans la faiblesse nous apparaît clairement que « (...) ce n’est pas nous que nous prêchons, mais le Christ Jésus, Seigneur » (2 Co 4, 5) (56)

Un engagement

La lumière de la foi est capable de valoriser la richesse des relations humaines, leur capacité à perdurer, à être fiables et à enrichir la vie commune. La foi n’éloigne pas du monde et ne reste pas étrangère à l’engagement concret de nos contemporains. Sans un amour digne de confiance, rien ne pourrait tenir les hommes vraiment unis entre eux (50).

Tragédie à Lac-Mégantic
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