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La question du mal

Avec les médias et les réseaux sociaux, peu de tragédies nous échappent: guerres, tueries, viols, séismes, épidémies, accidents. Les drames familiaux nous touchent plus particulièrement, comme on l’a vu récemment à Stittsville, près d’Ottawa, où une femme a tué ses deux enfants avant de s’enlever la vie. Devant tant de malheur, il n'y a souvent qu'un mot: Pourquoi? Certains se demandent que fait Dieu? D’autres le prient, telle cette note déposée devant la maison de Stittsville, adressée probablement au père dévasté : « Que Dieu vous guide et vous donne la force dont vous avez besoin ». (Le Droit, 16 janvier 2013). 

Dans ses Confessions, saint Augustin montre que Dieu est présent dans ce que l’on vit et il nous soutient dans l’épreuve. Il n'assiste pas la personne comme un dieu extérieur qui ne se réduirait qu’à cela, il sauve de l’intérieur par la foi ardente qu'on met en lui. Cette foi aide à tenir dans la vie alors même que nous vivons des deuils, des maladies, des anxiétés, des violences. Elle se manifeste souvent à travers une présence silencieuse, un geste d’affection, une parole encourageante, un sourire apaisant, un regard doux, une note laissée en guise de prière. Nous n'avons souvent que la douceur pour répondre au mal qui afflige notre monde.

Si la foi en Dieu est assez vivante pour tirer du bien dans ce qui nous semble mal, cela ne veut pas dire que le mal peut être un bien. Dieu ne se sert pas du mal à des fins pédagogiques, car le mal ne serait plus mal et Dieu en serait indirectement l’instigateur. Non, le mal est mal, Dieu est Dieu, et nous avons le droit de nous révolter devant le mal, de ne pas nous résigner pour que la justice triomphe. Nous ne comprenons pas tout, mais c'est toujours la vie qui est plus forte, non le mal.

Nous ne pouvons pas résoudre le problème du mal, cette force non maîtrisée. Si Dieu semble ne pas intervenir devant le mal, pensons aux différents génocides et infanticides, ce n’est pas parce qu’il ne peut pas, mais parce qu’il laisse la place à notre responsabilité pour que se lève des forces de vie qui n’auraient pas vu le jour autrement. Dieu est dans ce que nous faisons de bien, de beau et de vrai. On est loin de l’affirmation de Jean-Paul Sartre : « C’est lorsque Dieu n’existe pas que l’homme est enfin responsable ». Peut-on vraiment se passer de Dieu pour fonder le caractère sacré de la dignité humaine, sans risquer d’aliéner les hommes au nom d’une idéologie? On remplace la religion d’un Dieu intérieur par celle de l’Homme extérieur. Pour cela, il faut tuer Dieu, ce qui ouvre la porte au totalitarisme, tel le nazisme qui a voulu prendre la place de Dieu en pensant créer une race pure, immortelle.  

Le mystique suisse Maurice Zundel affirmait que le bien, c’est le don que nous sommes, et le mal, c’est le refus que nous devenons. En tant que privation d’un bien dû, le mal s’oppose à la perfection. Saint Thomas d’Aquin définissait avec raison le mal comme l’absence de bien. Il n’existe pas en lui-même, car il affecte ce qui existe déjà. Alors, qui a créé le mal? Terrible question, car cela suppose qu’il y ait un autre principe du monde que le Dieu intérieur à notre cœur. Le mal reste donc un mystère que Dieu laisse s’introduire dans son œuvre. Cette question du mal va tarauder bien des artistes, comme Eugnène Ionesco, qui se décrivait comme un « athée croyant ». Car pour l’auteur de La Cantatrice chauve, si le mal existe, c’est que le bien existe aussi, donc Dieu, mais il demeure caché.

La discrétion du Dieu de la vie devant le mal est le signe qu’il nous veut autonomes, responsables, qu’il désire que nous réagissions avec encore plus de compassion, que nous donnions notre vie pour la justice. Et cela commence autour de nous.

Il y a peut-être quelqu’un sur notre rue ou dans notre famille qui vit de grandes angoisses. Saurons-nous mettre notre main dans la sienne? Il se peut alors que nous trouvions la main de Dieu dans notre autre main.

Sur la question de Dieu, voir Dieu caché, Parole et Silence, p. 91-93.

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