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Les pensionnats autochtones

Le système des pensionnats fédéraux pour autochtones, mis en place dans les années 1870 jusqu'en 1995, reste une page sombre de l'histoire du Canada qu'on préférerait oublier ou cacher. Mais comment voir la lumière si on ne fait pas la vérité? Tel est le mandat de la commission d'enquête Vérité et réconciliation. Encore faut-il qu'elle ait accès à tous les documents pertinents du gouvernement fédéral et des institutions religieuses.  

Il y a eu 130 pensionnats autochtones au Canada, dont seulement six au Québec. Environ 150 000 enfants ont été retirés de leurs familles et envoyés dans des écoles pour les "civiliser". L'objectif d'Ottawa était de les assimiler, éradiquer ainsi la culture amérindienne. Peut-être voulait-on en faire de bons Canadiens, éliminer leur pauvreté, les instruire, mais en les extirpant de leurs familles et de leur milieu de vie, ce fut la catastrophe pour la majorité d'entre eux.

Après une tournée dans l'Ouest, la Commission est maintenant au Québec. On s'est rendu compte en écoutant quelques témoignages à la télévision que la blessure de ces enfants devenus grands est loin d'être cicatrisée. Plusieurs ont été agressés physiquement, mentalement ou sexuellement. Le chanteur Florent Vollant, qui n'a pas été agressé sexuellement, témoigne dans Le Devoir du 24 janvier de la violence qui régnait au pensionnat Notre-Dame de Maliotenam. « Des coups de poing, des coups de pied. Il y a des enfants qui résistaient. Ceux qui ne marchaient pas droit mangeaient une volée » (Survivre aux pensionnats autochtones). Mais la réconciliation est en marche et cela a donné des scènes très touchantes de pardon au sein même des familles.

Florent Vollant termine son témoignage en déplorant qu'aucun religieux québécois ne soit venu témoigner aux audiences de la Commission. Ont-ils été invités? Se cachent-ils ? Qu'est-ce que l'Église catholique peut faire? Elle n'est pas la seule institution qui s'est occupée des pensionnats. C'était l'initiative du gouvernement fédéral, appuyée par les "blancs". Cette question est très complexe. Je retiens ce mot du Chef national de l’Assemblée des Premières Nations, M. Phil Fontaine, alors qu'il prenait la parole à l'Assemblée plénière de 2008 de la Conférence des évêques catholiques du Canada: «Il est inutile de centrer notre regard sur ce qui a fait défaut dans le passé; nous devons plutôt bâtir à partir de ce qui a bien fonctionné. (…) Cela exigera un effort important de part et d’autre, mais je sais que nous y parviendrons ». 

Je me rappelle la conférence que j'ai donnée à l'église Notre-Dame-de Lorette dans le village des Hurons de Wendake le 15 octobre 2012 sur Kateri Tekakwitha. Il fallait voir la fierté et la joie des autochtones présents. Kateri, leur soeur de sang, allait être reconnue modèle de sainteté dans le monde entier. Ce signe de rapprochement entre l'Église catholique et les Premières Nations est prophétique et il arrive par la spiritualité et le sacré, par l'union entre foi et culture, comme le mentionnait Benoît XVI dans l'homélie de la canonisation de Kateri: "En elle, foi et culture s'enrichissent".

On oublie que les premiers missionnaires comme Jean de Brébeuf, Isaac Jogues, Jérôme Lalement et leurs compagnons proposaient le christianisme aux autochtones en respectant le plus possible leur culture. Ils n'ont pas cherché à franciser les autochtones, mais ils ont adopté le régime alimentaire, le mode de logement et la langue. Ils ont créé des dictionnaires, des grammaires et des catéchismes dans une langue aux antipodes des langues européennes. Kateri Tekakwitha est un fruit spirituel du passage de ces saints martyrs. Je sais, rien n'est parfait, mais faisons au moins l'effort de comprendre la mentalité de l'époque. L'événement sombre des pensionnats va arriver d'Ottawa deux siècles plus tard. Lors de sa visite au sanctuaire des Martyrs canadiens à Midland, le 15 septembre 1984, Jean-Paul II prononça ces paroles très fortes: "En sacrifiant leur vie, ces missionnaires espéraient qu'un jour le peuple autochtone arriverait à une pleine maturité et aux plus hauts offices dans leur propre Église. Saint Jean de Brébeuf rêvait d'une Église qui soit à la fois entièrement catholique et entièrement huronne [.] Dès lors, non seulement le christianisme est valable pour les peuples indiens, mais le Christ, par les membres de son Corps, est lui-même indien."

Plusieurs anciens pensionnaires qui ont eu le courage de témoigner devant la Commission de vérité et réconciliation ont entrepris une démarche spirituelle. Leurs blessures restent ouvertes, comme celle du coeur du Christ en croix, mais ils sont debout et ils avancent. Lorsqu'ils étaient agressés, c'est aussi le Christ indien qu'on agressait en eux. Sûrement qu'il les accompagne à sa manière sur le long chemin de la guérison et du pardon.

Ce texte a été publié en partie sous le titre: "La honte des pensionnnats autochtones", Le Droit, Ottawa, 25 janvier 2013, p. 19.  

 

 

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