Livre: Le nom de Dieu est Miséricorde

Dans sa Règle, saint Benoît propose aux moines de se choisir un livre pour le carême qui soit un compagnon de route pendant quarante jours. Un livre à méditer lentement, chaque jour, jusqu’à Pâques. Libre à vous de choisir ce livre-ami qui vous aidera à réfléchir, à prier, durant cette montée pascale. Ce ne sont pas les titres qui manquent.

En cette Année sainte de la miséricorde, j’ai déjà parlé dans ce blogue du beau livre de Walter Kasper : La Miséricorde. Notion fondamentale de l’Évangile. Clé de la vie chrétienne. Pour rester dans cette même ligne, je vous propose le livre d’entretiens du pape François avec le journaliste italien Andréa Tornielli : Le nom de Dieu est Miséricorde. On reconnaît tout de suite le propos bref et accessible du pape, au style imagé et concret. C’est une sorte de guide d’interprétation du Jubilé qui développe et actualise par des exemples le texte de la bulle d’indiction, Le Visage de la Miséricorde, reproduit en annexe de l’ouvrage.

Pape Miséricorde

Pour François, le temps est à la miséricorde, qu’il définit comme l’attitude divine qui consiste à ouvrir les bras : « C’est Dieu qui Se donne et qui accueille, qui Se penche pour pardonner […] La miséricorde est la carte d’identité de notre Dieu » (p. 29). Il cherche le moindre rai de lumière pour nous envahir de son amour si nous nous reconnaissons pécheurs comme Simon-Pierre, ou si du moins nous avons « le désir » de faire ce tout petit pas vers Dieu, nuance le pape.

Tout au long de la conversation, François se fait pasteur et développe « l’apostolat de l’oreille » : « Être proche, savoir écouter, conseiller, enseigner avant tout à travers notre témoignage » (p. 122). Il affirme que nous faisons surtout l’expérience concrète de la miséricorde au sacrement de la réconciliation, appelé aussi confession. Il revient souvent sur la grandeur de ce sacrement qui a été à la genèse de sa vocation sacerdotale lors d’une confession à 17 ans dans une église de Buenos Aires, d’où sa devise épiscopale qu’il traduit ainsi, en évoquant la vocation de Matthieu : « En le miséricordiant et en le choisissant ». Il sermonne à l’occasion les prêtres pour qu’ils exercent ce sacrement de la miséricorde avec douceur. « Seul celui qui a été touché, caressé par la tendresse de la miséricorde, connaît vraiment le Seigneur. C’est pourquoi je répète souvent que le lieu où advient la rencontre avec la miséricorde de Jésus est mon péché » (p. 57).

François lui-même se définit toujours comme un pécheur et il demande sans cesse aux gens de prier pour lui. Quand il visite des prisonniers, il se dit : « pourquoi eux et pas moi ? » Il a conscience de sa misère et de sa pauvreté intérieure, « nos chères imperfections », disait François de Sales. « Notre péché devient alors une sorte de bijou que nous pouvons Lui offrir, pour Lui donner la consolation de nous pardonner » (p. 73).

Il en a contre les rigides qui ne s’étonnent plus de l’amour de Dieu, des ministres autoritaires qui finissent par se croire différents du peuple. « Parfois, je me suis surpris à penser qu’une bonne glissade ferait du bien à certains personnages si rigides, car ainsi, en se reconnaissant pécheurs, ils rencontreraient Jésus » (p. 90).     

François développe une vie spirituelle intérieure qui se vit sous le regard miséricordieux du Christ. La miséricorde n’est pas pour lui une notion abstraite, elle est l’amour compatissant de Dieu qui pardonne et qui est toujours plus grand que tous les péchés. Elle se traduit par des œuvres corporelles et spirituelles qui rendent la foi authentique, jusqu’à aimer nos ennemis, à la suite de Jésus. (Voir le billet du blogue : L’Année sainte et les œuvres de miséricorde). « Nous touchons la chair du Christ à travers ceux qui sont exclus, qui ont faim, qui ont soif, qui sont nus, prisonniers, malades, chômeurs, persécutés, réfugiés. C’est là que nous trouvons notre Dieu, que nous touchons le Seigneur » (p. 121). Il termine l'entretien avec le journaliste par ces mots de saint Jean de la Croix : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ».

On le voit, les propos du pape ont du tonus; ils jaillissent directement de l’Évangile et de son expérience spirituelle. Sûrement un bon livre de carême à relire et à méditer tout au long de l’Année sainte pour mieux goûter comme le Seigneur est bon et comme son Église, c'est-à-dire chacun de nous, doit aller vers les plus souffrants pour les aimer inconditionnellement. Tel est le vœu du pape. « J’espère que le jubilé extraordinaire fera émerger, de plus en plus, le visage d’une Église qui redécouvre le ventre maternel de la miséricorde, et qu’elle ira à la rencontre des nombreux « blessés » qui ont besoin d’écoute, de compréhension, de pardon et d’amour » (p. 74).

Pape François, Le Nom de Dieu est Miséricorde. Conversation avec Andrea Tornielli. Éditions Robert Laffont / Presses de la Renaissance, 2016, 168 p.

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