Méditation biblique: l'enfant prodigue

Qui ne recherche pas le bonheur? Les sociétés marchandes exploitent ce désir fondamental de l’être humain en créant des besoins et en exacerbant les passions. Leur credo se résume ainsi : consommer toujours plus, jouir tout de suite, être le plus fort. Cette tyrannie du plaisir fait miroiter les promesses d’une euphorie perpétuelle que l’argent ne peut pas tenir.

Le chemin du retour

L’enfant prodigue se laisse aveugler par ce miroir aux alouettes lorsqu’il demande sa part d’héritage, comme si son père était déjà mort. Tiraillé entre des besoins égoïstes et le désir d’aimer, il cède aux appels des sirènes «en menant une vie de désordre» (Luc 15, 13). L’angoisse le rattrape assez vite lorsqu’il touche le fond de l’insatisfaction. Il descend en lui-même, consent à sa nuit, s’ouvre au désir de vivre et retourne, contrit, vers son père. Son manque lui fait prendre un chemin de conversion.

Qui n’a pas pris ce chemin du retour ne connaît pas dans son corps la faim de Dieu, le baiser du pardon, le baume des larmes. Mais surtout il n’expérimente pas la joie que ressent Dieu de voir son enfant qui était mort revenir à la vie. Nous aussi, parents, nous voulons tellement que nos enfants soient heureux. Dieu désire ce bonheur pour nous qui sommes créés à son image et à sa ressemblance. Nous l’oublions trop souvent : Dieu nous veut heureux.

L’expérience de la miséricorde

Cette parabole projette surtout sa lumière sur le père miséricordieux. Quelle belle image de Dieu et quel exemple pour les pères de famille que ce père compatissant qui attend son enfant, est saisi de pitié lorsqu’il l’aperçoit, prend plaisir à lui pardonner, le couvre de baisers, danse et fait la fête, lui redonne sa dignité. La misère du prodigue disparaît dans la miséricorde du père comme une goutte d’eau dans un brasier ardent, disait Thérèse de Lisieux.

La jeune carmélite a bien saisi que la pire offense faite à Dieu est de désespérer de sa miséricorde, de ne pas célébrer la fête du pardon. Comme le fils aîné qui, trop rempli de justice humaine, ne veut pas partager la joie de son père et entrer dans la danse avec son frère retrouvé. Dieu ne peut que tressaillir de joie lorsqu'on se jette dans ses bras puisqu'il n'est que miséricorde.

Le désir d’aimer

  En se laissant aimer par son père, l’enfant prodigue renaît au désir d’aimer. Il communique avec son père qui l’aime tel qu’il est. Il passe du besoin au désir. Le besoin est répétitif et meurt à lui-même, comme le plaisir. Le désir est relationnel et fait vivre, comme la joie. Ce désir profond est de l’ordre du dépassement, et le lieu de son accomplissement est toujours l’amour. Le Carême favorise cet apprentissage du désir profond en misant sur la prière, le jeûne et le partage, c’est-à-dire sur l’union à Dieu, la faim spirituelle et la joie du don.

  Seul l’amour gratuit dicte l’action de Dieu. Le Père regarde ce que nous sommes et ce que nous désirons être, non ce que nous avons été et ce que nous produisons. Sa joie est de nous aimer librement. Il n’a que ce désir : nous rendre heureux en nous aimant gratuitement. L’enfant prodigue, qui n’avait rien, est entré dans ce désir d’amour de son père, contrairement au fils aîné, qui pensait avoir des droits sur la vie, sur l’amour.

Prière

Qui nous fera voir le bonheur,
si ce n’est toi, Père de toute bonté?
Tu as envoyé Jésus pour nous montrer
le chemin étroit de la vie en abondance,
malgré notre peur de le suivre jusqu’à la croix.
Merci de nous aimer jusque-là.
 
Tu prends ta joie en chacun de tes enfants,
car tu nous as créés pour être heureux.
Et si nous dilapidons tes biens et tes dons,
tu respectes notre liberté et tu attends
que nous nous levions pour revenir vers toi.
Merci de nous aimer jusque-là.
 
Ta miséricorde fait sans cesse du neuf,
tu ne te répètes jamais quand tu pardonnes.
L’amour répandu en nous par ton Esprit
brûle d’un feu divin qui n’est pas triste,
tes baisers sèchent nos larmes de prodigue.
Merci de nous aimer jusque-là.
 
Rassemblés pour ta joie en ton Fils ressuscité,
tu prépares chaque jour la table des noces,
ce banquet eucharistique où tu te donnes,
par lui, avec lui et en lui, corps et âme,
comme si nous étions déjà dans ta maison.
Merci de nous aimer jusque-là.
 
Texte paru sous le titre "Le désir qui fait vivre", dans Prions en Église, 10 mars 2013, p. 31-33.
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