Le blogue de Jacques Gauthier

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Saint-Boniface et Gabrielle Roy

J'écris ce billet le 5 juin, fête du moine bénédictin Winfrid qui, envoyé en Allemagne, prend le nom de Boniface, "faiseur de bien". Il s'est fait beaucoup de bien au Manitoba depuis l'arrivée de l'abbé Provencher à Saint-Boniface et la construction de la première chapelle en 1818. Au fil du temps, elle deviendra église, puis cathédrale, l'église mère de l'Ouest canadien.

Déjà une semaine que je suis ici pour donner la retraite annuelle à une soixantaine de prêtres, religieux et religieuses de la résidence Despins. Je suis fasciné par la beauté de cette ville avec sa promenade Taché, le musée sur Louis Riel et les soeurs Grises, la cathédrale qui marie l'ancien et le nouveau, l'esplanade Riel, Winnipeg. J'ai fait du jogging à 6h le matin dans le parc historique La Fourche et longé la rivière Rouge, puis le musée canadien pour les droits de la personne. De toute beauté. J'ai surtout pris le temps de visiter la maison Gabrielle-Roy, rue Deschambault, une romancière que j'aime beaucoup.

La détresse et l'enchantement

J'avais écrit un article pour le magazine québécois Nuit Blanche à la chronique "Le livre jamais lu". Pour moi, c'était La détresse et l'enchantement (Voir l'article). Gabrielle Roy avait confié le manuscrit de son autobiographie à François Ricard quelque temps avant sa mort. Je me souviens que La petite poule d'eau, Ces enfants de ma vie et Fragiles Lumières de la terre m'avaient ému par leur humanisme. Quelle prose sobre au style si simple, à la musique profonde! Quelle tendresse pour les gens ordinaires et les choses de la vie ! Plus tard, la lecture de son autobiographie a été un véritable bonheur de lecture. La première phrase donne le ton : « Quand donc ai-je pris conscience pour la première fois que j’étais dans mon pays, d’une espèce destinée à être traitée en inférieure ? »

Gabrielle Roy

Gabrielle Roy cultivera l'amour de la langue et de la littérature française à l'Académie Saint-Joseph, grâce aux Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. Elle parle avec reconnaissance de ces résistantes à l'anglicisation dans La détresse et l'enchantement. Elle enseignera le français à ces chers petits immigrants à l'école Provencher, en face de son Alma Mater. Ses lettres à sa soeur Bernadette, religieuse des noms de Jésus-Marie, sont bouleversantes de vérité.

Une religieuse du Saint-Sauveur, inscrite à ma retraite et de la même famille que Gabrielle Roy, m'a confié qu'elle la gardait quand elle était jeune et qu'elle était touchée par son charme, sa douceur. Un père Oblat m'a dit qu'il a déjà été curé au pays de la petite poule d'eau et qu'il a rencontré un métis qui a suivi le cours d'été de Gabrielle Roy. Un autre allait voir la famille Roy, rue Deschambault. Ces témoins d'une autre époque témoignent de la vigueur d'une langue qui ne veut pas mourir, d'un peuple qui ne veut pas être traité en minorité.

Reconnaissance

Que ce soit au Manitoba ou au Québec, nous ne serons jamais assez reconnaissants envers ces communautés religieuses qui ont su transmettre l'amour de la langue et de la culture française. Je pense surtout aux soeurs Grises venues à Saint-Boniface en 1844. Si Louis Riel est considéré comme le père du Manitoba, les soeurs Grises en sont peut-être les mères.

Que va-t-il arriver du français maintenant que ces communautés disparaissent? Je me posais la même question il y a trois semaines lorsque je donnais la retraite annuelle aux prêtres francophones du Nouveau-Brunswick. En ce moment, on parle encore français sur la péninsule acadienne et dans les rues de Saint-Boniface, mais la vigilance est de mise pour garder la flamme.

J'admire la vitalité de ces communautés francophones hors Québec qui sont fières de leur langue et de leurs traditions. L'émission télévisée Le Jour du Seigneur de Radio Canada, auquel j'ai collaboré comme animateur et chroniqueur, rendait compte à l'occasion du dynamisme de la francophonie dans les Maritimes et l'Ouest canadien. Maintenant, faute de budget, la messe aura lieu dans une même église de la ville de Québec à partir de septembre. Une vitrine de moins pour les communautés francophones hors Québec.

Je termine avec cette citation du discours prononcé par Gabrielle Roy à la remise du Prix David à Québec le 11 mars 1977: "La vie est toujours au fond une histoire dont on connaît le dernier mot quelques minutes avant de mourir. Ainsi donc, les écrivains, gens appelés par leur destinée à témoigner de l'expérience humaine, sont gens condamnés à être toujours dépassés par leur tâche". 

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