Le blogue de Jacques Gauthier

Cliquez sur les onglets de la barre pour voir les mots-clés et le calendrier des articles

Simon-Pierre et la transfiguration de Jésus

Ce texte est un extrait du chapitre "Simon, fils de Jonas, surnommé Pierre", tiré de mon livre Jésus raconté par ses proches (Parole et Silence / Novalis), à paraître septembre 2015.

J’aime tellement le Maître que je m’emballe toujours très vite à son sujet. C’est tout ou rien, bien que j’oscille entre la foi et le doute. Je marche sur la mer quand je le vois venir, mais je m’enfonce au premier coup de vent. Je veux le suivre partout, mais je refuse qu’il me lave les pieds au dernier repas et qu’il se mette ainsi au bas de l’échelle comme un esclave. Je jure que je ne l’abandonnerai jamais, pourtant je le renie trois fois quand il est arrêté. Jésus m’a toujours pardonné, et il m’a appris l’humilité, m’évitant de sombrer dans le désespoir, en me laissant assumer ma vie et ma foi.

Avec lui, j’ai osé la confiance en acceptant de ne pas tout contrôler, notamment quand j’ai peur, comme lorsque j’ai été témoin de sa gloire sur la montagne. Nous avions cheminé avec les disciples jusqu’à une plaine étroite entre les vertes collines d’oliviers de Nazareth et les montagnes vers l'est. Il me demanda, ainsi qu’à Jean et Jacques, de le suivre jusqu’à la montagne isolée du Thabor. Les autres devaient se séparer par deux pour annoncer sa venue avant d’être réunis tous ensemble le soir même à Nazareth. On commença la montée d'un pas si rapide que j’avais du mal à les suivre. J’étais le plus âgé des quatre, ça paraissait. « Je me reposerai là-haut », me suis-je dit, tout en sueur.

Au sommet, je découvris un large horizon que ce beau jour de printemps magnifiait. On pouvait voir au loin le lac de Tibériade encadrée dans la verdure, les barques aux voiles tendues glissant sur l’eau comme sur un miroir. De l'immense lac turquoise sortait une veine bleue, le Jourdain, puis je remarquais les petits villages disséminés à travers la plaine fertile des deux côtés du fleuve. On se reposait pendant que Jésus priait près d’un rocher. Sa tête et ses mains étaient appuyées au rocher, comme il le fera à Gethsémani. J’avais enlevé mes sandales, laissant reposer mes pieds dans l'herbe fraîche. Nous somnolions tous les trois, lorsqu’une clarté vive nous réveilla. Jésus était transfiguré devant nous ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Tout le plateau où nous étions me semblait phosphorescent. Jésus, debout, restait le visage levé vers le ciel. Nous commencions à avoir peur. On l’appelait :  «Maître ! Maître !»

Il n’entendait pas, il était en extase. Que pouvait-il bien voir ? On voulait s’approcher, mais nous n’osions pas. La lumière augmenta et il en sortit deux personnages majestueux. C’était Moïse et Élie qui s’entretenaient avec Jésus. Nous ne comprenions pas ce qu’ils disaient. Nous sommes tombés à genoux, tremblants, le visage dans les mains. Je pris alors la parole : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Nous nous tiendrons ici pour vous servir. »

Jésus me regarda, ainsi que Moïse et Élie, et ils nous sourirent avec amour. Nous n’osions rien dire, tant nous étions effrayés. Soudain, une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »              

Je me jetai à plat ventre, saisi s’une grande crainte : « Je suis un homme pécheur et c'est la gloire de Dieu qui descend ! ».

Jacques ne parla pas. Jean murmura, comme s'il allait s'évanouir : « Le Seigneur parle ! »

Puis, on n’entendit plus rien. Jésus s’approcha, nous toucha en nous appelant par nos noms : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »

Levant les yeux, nous ne vîmes plus personne, sinon lui, Jésus, seul. Dieu avait levé le voile devant nous sur son projet de salut en transfigurant son Fils pendant qu’il priait. Comment ferions-nous pour vivre parmi les hommes, maintenant que nous avions entendu sa voix ? Jésus nous rassura. Il nous demanda d’obéir au Père qui est le sien et le nôtre, de nous souvenir de cette heure, en étant forts et fidèles. Ce que je n’ai pas fait. Il nous a dit que nous aurions part à sa gloire, mais que nous ne devions parler à personne ce que nous avions vu. « Quand le Fils de l'homme sera ressuscité d'entre les morts, et retourné dans la gloire de son Père, alors vous parlerez. Parce qu'il faudra croire pour avoir part à mon Royaume. »

Nous sommes retournés vers les disciples en descendant le chemin par où nous étions montés. Cette montagne me préparait à en escalader une autre, mais je refuserai. Si j’ai vu le visage éclatant du Fils du Père s’entretenir avec Moïse et Élie, je me déroberai au visage défiguré du Fils de l’homme qui accomplira sa mission entre deux larrons.

GAUTHIER Jesus raconte par ses proches copie

Tiré de Jésus raconté par ses proches, Parole et Silence / Novalis, 226 pages, 17€. (septembre 2015)  

Notez cet article:
C'était un bon chien
4 août: saint curé d'Ars (1786-1859)

Sur le même sujet:

 

Me suivre sur Twitter…

Sélection au hasard

Jacques Gauthier
22 février 2016
Le blogue de Jacques Gauthier
Voici la deuxième partie de mon article sur le poè...
1273 lectures
Jacques Gauthier
1 mars 2017
Le blogue de Jacques Gauthier
Le 4 septembre 2016, pendant le Jubilé de la misér...
1747 lectures
Jacques Gauthier
20 juin 2015
Le blogue de Jacques Gauthier
Il y a toute sorte de tempêtes dans nos vies perso...
1946 lectures
Jacques Gauthier
10 février 2017
Le blogue de Jacques Gauthier
Le mois dernier, nous avons vu dans un article de ...
2093 lectures
Jacques Gauthier
31 janvier 2014
Le blogue de Jacques Gauthier
Il m'arrive de recevoir ce qu'on appelle une « cha...
2437 lectures