À quoi sert un pape?

Ma chère fille,

J'ai reçu ton courriel ce matin, 17 mars. Je réponds tout de suite sur mon blogue, car je pense que cela peut intéresser bien du monde. Voici d'abord ton courriel: 

«Salut papa. J'ai une question pour toi. Hier soir nous sommes allés souper chez des amis et ils nous ont posé une question avec laquelle j'ai eu de la difficulté à répondre. Je leur ai dit que j'allais te le demander et que j’aurais une réponse pour eux. Alors voici la question: À quoi sert un pape? Bien sûr, ce sont des gens qui ne pratiquent pas et qui trouvent inutile d'avoir un homme qui dirige la religion tout en vivant dans le luxe du Vatican ».

Je peux comprendre ta difficulté de répondre en quelques mots à la question de tes amis qui trouvent inutile d'avoir un pape. S’ils te l’ont posée, c’est qu’ils savent que tu es croyante et qu’ils ont vu l’intérêt que les médias ont accordé à l’élection du nouveau pape, même si pour certains cette couverture médiatique du conclave relevait surtout du spectacle, comme si on couronnait un roi. La religion, l’Église, le Vatican, le pape, ne sont pas des sujets que l’on aborde spontanément autour d’un repas. Pourtant, la préoccupation de tes amis rejoint celle du pape François qui disait hier à sa conférence de presse : « Comme je voudrais une Église pauvre ».

Depuis le début de son pontificat, François, qui se situe dans la lignée spirituelle de saint François d’Assise, a posé des gestes et des paroles de grande humilité et simplicité, comme aller payer lui-même sa note à l’hôtel où il logeait durant le conclave. Il s’habille aussi plus simplement comme pape et on voit déjà qu’il prend des bains de foule comme bon lui semble. Tout est plus simple et direct avec lui. C’est son style et les gens l’aiment déjà.

Je sais que le Vatican est luxueux, surtout riche d’œuvres d’art, mais cela ne veut pas dire que les personnes qui y vivent, comme le pape, sont attachées à cette richesse. On peut être pauvre de cœur au milieu du luxe, c’est une question d’attitude intérieure. C’est l’amour du Christ qui fait grandir l’Église, non l’attachement à ses biens. Ce n’est pas le pape qui incarne le centre de l’Église, François l’a bien rappelé hier lors de sa conférence de presse devant les journalistes : « C’est le Christ le centre de l’Église, pas le successeur de Pierre ».

Une telle parole du pape, comme bien d’autres concernant l’Église, demande la foi de notre part pour en comprendre toute la portée. Si on n’entre pas par la porte de la foi, on reste à l’extérieur du mystère de l’Église, corps du Christ et peuple de Dieu en marche. De l’extérieur, on la voit comme une entreprise, une institution, une organisation. De l’intérieur, elle nous apparaît comme une réalité spirituelle dynamique, une communauté de baptisés en croissance, un organisme vivant qui vit de la foi de ses membres. Par le baptême, tous sont égaux dans l’Église, le pape n’est pas plus grand qu’un autre, mais il a une mission particulière, la même que Jésus a donnée à Pierre il y a un peu plus de 2000 ans : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle » (Matthieu 16, 18).

Alors, à quoi sert un pape ? Au delà de toute utilité concrète, il est d’abord l’évêque de Rome, puis il est le successeur de Pierre, c’est-à-dire le chef spirituel de l’Église catholique qui compte plus d’un millard et deux cents millions de fidèles. Il a pour mission de garder l’unité dans l’Église, de raffermir la foi des fidèles, de rassembler les catholiques, de donner le Christ au monde, de témoigner de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ. En ce sens, il est le pasteur de l’Église universelle. Il est aussi un chef d’État, car le Vatican est un état, le plus petit état du monde. Il reçoit donc des hommes et des femmes politiques et religieux venant de différents pays. Je dirais aussi qu’il est au service de la vérité, de la beauté et de la bonté. Ça ne paraît pas toujours, mais c’est ce vers quoi il aspire, à la suite du Christ ressuscité.

Je ne sais pas si tes amis vont se reconnaître dans ma réponse. Mais l’important, ce sont les questions. Elles nous mettent en route et nous aident à avancer. « À quoi sert un pape » ? Je dirais: « À quoi sert un père » ? On appelle d’ailleurs le pape le Saint-Père. Un pape, un père, il me semble que ça sert à accueillir, aider, accompagner, encourager, pardonner, réconforter, soutenir, bref, ça sert à aimer, même si on y arrive pas toujours. François le rappelait à son premier angélus, aujourd’hui même, où il insistait sur l’importance de la miséricorde, de ce pouvoir du pardon qui peut changer notre monde trop froid. Je termine ma réponse bien incomplète par ses paroles :

« Frères et sœurs, le visage de Dieu est celui d’un père miséricordieux, qui est toujours patient. Vous y pensez à la patience de Dieu ? A la patience qu’Il a avec chacun de nous? Cette patience, c’est sa miséricorde. Il est toujours plein de patience avec nous, il nous comprend, nous attend, ne se lasse jamais de nous pardonner si nous savons revenir à Lui, d’un cœur contrit. « Grande est la miséricorde du Seigneur », dit le Psaume ».

Je t’embrasse avec toute la tendresse de ce Dieu plein de miséricorde.

Ton papa.

Livres: Le Jour du Seigneur, hiver 2013
Et arriva le pape François

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