Archanges et anges gardiens dans la liturgie

Le culte que nous rendons à Dieu sur la terre participe au culte céleste rendu par les anges qui le louent et le servent jour et nuit. Même si notre louange est inconstante, une même liturgie unit l’Église militante de la terre, c’est-à-dire l’Église visible de ceux qui mènent « le bon combat de la foi » (1 Tm 6, 12), et l’Église invisible, triomphante du ciel. 

À l’Eucharistie, nous participons sacramentellement à la liturgie céleste. Saint Jean Chrysostome affirmait que les anges entourent le prêtre, le sanctuaire, l’autel, afin d’honorer celui qui est présent sur l’autel. Nous joignons nos voix à leur hymne de louange pour proclamer que Dieu est saint : « Saint! Saint! Saint! le Seigneur, Dieu de l’univers! Toute la terre est remplie de sa gloire. » (Is 6, 3) Dans la Prière eucharistique I, nous demandons à Dieu que « notre offrande soit portée par [s]on ange, en présence de sa gloire sur son autel céleste ». Avec tous les anges, nous adorons le « pain des anges, le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu », comme nous le lisons dans la Séquence de la fête du Saint-Sacrement, extraite du Lauda Sion de saint Thomas d’Aquin.

Les anges survolent l’année liturgique, où nous célébrons dans le temps les mystères du Christ. Nous les retrouvons spécialement durant l’Avent, à Noël et à Pâques, aux solennités de saint Joseph et des grandes fêtes mariales, Marie étant reconnue comme la reine des anges et du ciel. L’Église leur consacre deux jours particuliers : la fête des Archanges, le 29 septembre, et celle des anges gardiens, le 2 octobre.

Anges et archanges

La fête des archanges

Comme tout ange, les archanges sont des envoyés de Dieu auprès des hommes. Ils nous laissent entrevoir comment Dieu est beau, grand, digne de louanges. Ils sont mandatés pour des missions uniques. Ces agents très spéciaux sont les seuls anges dans la Bible dont nous connaissons les noms. 

Il y a d’abord le chef Michel, nom qui signifie « Qui est comme Dieu ». Tout son être proclame la fidélité au service de Dieu. On l’invoque pour se prémunir contre les influences spirituelles néfastes. Il jeta dehors Satan le rebelle. « Michel, avec ses anges, dut combattre le Dragon. Le Dragon, lui aussi, combattait avec ses anges, mais il ne fut pas le plus fort ; pour eux désormais, nulle place dans le ciel. » (Ap 12, 7-8) Au VIIIe siècle, Charlemagne étendra sa fête à tout l’Occident. Plusieurs églises et oratoires lui sont dédiés; on le retrouve au sommet d’un mont célèbre qui défie le temps, à la limite de la Normandie et de la Bretagne. C’est le lutteur par excellence contre les forces du mal, le visiteur bienveillant des âmes du purgatoire. Lorsque Dieu a besoin d’un ange fort et rapide, il envoie Michel. 

Voici le diplomate Gabriel, nom qui signifie « Homme de Dieu » ou « Force de Dieu ». On l’invoque pour mieux comprendre les réalités célestes. Le livre de Daniel le présente comme un ange-interprète qui lui apparaît sous les traits d’un jeune homme (Dn 10, 5-6). On le connaît surtout dans le Nouveau Testament pour ses apparitions à Zacharie, avant la naissance de Jean Baptiste, et à Marie, lui annonçant le mystère de l’Incarnation. Lorsque Dieu veut faire une grande annonciation, il envoie Gabriel. « Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth. » Lc 1, 26)

Enfin, il y a le compatissant Raphaël, qui veut dire « Dieu guérit ». Cet ange débonnaire accompagne le jeune Tobit pour qu’il fasse un beau voyage. Avis aux pèlerins et voyageurs, il délivre aussi des esprits mauvais, offre à Dieu nos supplications, guérit les maladies de l’âme et du corps. « Moi, je suis Raphaël, l’un des sept anges qui se tiennent ou se présentent devant la gloire du Seigneur. » (Tb 12, 15) Lorsque Dieu veut faire avancer quelqu’un sur le chemin de la vie, il envoie Raphaël, fidèle compagnon de voyage vers la patrie céleste.

La fête des anges gardiens

En célébrant la mémoire des anges gardiens le 2 octobre, l’Église insiste sur leur mission de protection fraternelle et sur la joie de vivre en leur compagnie. Le Nouveau Testament ne parle pas directement de l’ange gardien, si ce n’est cette parole de Jésus. « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 18, 10). 

En écho à ce texte, le pape François témoigne de la proximité de notre ange gardien, en relation avec le Père et nous. 

Il est le pont quotidien, qui nous accompagne et qui est en relation avec le Père et nous, depuis l’heure à laquelle nous nous levons jusqu’à l’heure à laquelle nous allons au lit la nuit […] C’est l’Ange qui m’aide à prendre la route, parce qu’il regarde le Père et qu’il sait quelle est la route. N’oublions jamais ces compagnons de route. (Homélie du 2 octobre 2018).

 « [Dieu] donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins. Ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres » (Ps 90, 11-12). Cette mission de nous protéger de tout mal et de nous guider vers le bien va du début de notre existence jusqu’au trépas, note saint Basile, cité dans le Catéchisme de l’Église catholique :

Du début (de l’existence) (cf. Mt 18, 10) au trépas (cf. Lc 16, 22), la vie humaine est entourée de leur garde (cf. Ps 34, 8 ; 91, 10-13) et de leur intercession (cf. Jb 33, 23-24; Za 1, 12; Tb 12, 12). «Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie » (S. Basile, Eun. 3, 1 : PG 29, 656B). Dès ici-bas, la vie chrétienne participe, dans la foi, à la société bienheureuse des anges et des hommes, unis en Dieu (n° 336).  

En fêtant les archanges et les anges gardiens, l’Église affirme que nous ne sommes pas seuls sur terre et que Dieu prend soin de nous. Ces esprits célestes, solidaires de l’action de Dieu dans le monde et dans l’histoire, nous assistent tout au long de notre pèlerinage terrestre. Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie de L'Église (2001) n'encourage pas « l’usage de donner aux Anges des noms particuliers, que la Sainte Écriture ignore, hormis ceux de Michel, Gabriel et Raphaël. » (no 217)

Les anges renvoient à Dieu et à son mystère. Ils sont ses ambassadeurs qui reflètent sa lumière et son amour. Ils ne tiennent pas tant que l’on s’intéresse à eux, mais à Dieu, dont le nom est indicible. Telle fut l’expérience de Manoah, le père de Samson. 

Manoah dit à l’ange du Seigneur : « Permets, je t’en prie, que nous te retenions et que nous te préparions un chevreau. » L’ange du Seigneur répondit à Manoah : « Même si tu me retenais, je ne mangerais pas de ton pain. Offre plutôt un holocauste au Seigneur. » Manoah ne savait pas que l’homme était l’ange du Seigneur. Il lui dit : « Quel est ton nom, pour que nous puissions t’honorer lorsque tes paroles se réaliseront ? » L’ange du Seigneur lui répondit : « Pourquoi demandes-tu mon nom, alors qu’il est merveilleux ? » (Jg 13, 15-18)  

Pour aller plus loin, mon livre En présence des anges.
Voir aussi les autres articles de mon blogue et vidéos de ma chaîne YouTube.

Vidéo de 22 minutes sur les anges dans la liturgie, ajoutée le 11 juillet 2020.

Les anges dans l'histoire et la spiritualité
Les anges dans la Bible

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