Dans le mot gratitude, nous retrouvons le terme latin gratis. La gratitude est la reconnaissance d’un don, comme la vie. Le mystère de la création, raconté de manière poétique au début de la Bible, est aussi objet de gratitude. Par sa parole, Dieu crée la lumière et le firmament, les plantes et les luminaires, le jour et la nuit, les oiseaux et tous les animaux, l’homme et la femme. Au sixième jour, il exulte de gratitude et s’émerveille de l’œuvre de son amour, comme s’il nous invitait à rendre grâce avec lui : « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. » (Genèse 1, 31) Le livre des Psaumes est aussi une belle école de gratitude: "Béni le Seigneur, ô mon âme, n'oublie aucun des ses bienfaits" (Ps 102)

Remercier et s’émerveiller

La gratitude est une vertu qui se cultive chaque jour. Nous l’acquérons en nous exerçant à voir le bien qui se manifeste autour de nous. Elle nous incite à dire « merci » pour les bienfaits reçus, de la part des autres, ou de Dieu, malgré la présence du mal dans le monde. Sans verser dans un jovialisme naïf, nous devrions être rempli de gratitude pour chaque journée qui commence, et d'être en vie pour en profiter. Il y a tant de joie à savourer dans l'instant présent, comme patiner sur la rivière gelée par une belle journée de janvier 2021.

Jacques patins

Il faut reconnaître que nous sommes plus enclins à nous plaindre de ce qui nous manque qu’à remercier Dieu pour ce que nous avons. C’est tout un défi de vivre la gratitude quand le quotidien nous pèse, quand la souffrance nous épuise, quand l’épreuve nous accable.

Prenons exemple sur les saints et les saintes qui sont des modèles de gratitude et d'action de grâce. En premier lieu, la Vierge Marie, femme de gratitude par excellence. Elle accueille dans la foi l'ange Gabriel qui lui annonce qu'elle serait la mère du Seigneur. Marie de toute joie qui exulte devant sa cousine Élisabeth dans son vibrant Magnificat: "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur".

Pensons à Thérèse de Lisieux, si reconnaissante de tout ce que le Seigneur faisait en elle, et qui avait dit quelques semaines avant sa mort: "Tout est grâce". Je pense aussi à François d'Assise et à son beau Cantique des créatures, appelé aussi Cantique du frère Soleil : « Loué sois-tu Seigneur, dans toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, par qui tu nous donnes le jour, la lumière; il est beau, rayonnant d’une grande splendeur, et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole. » 

La gratitude nous tend la main et nous invite à prendre les chemins de l’émerveillement, de l’espérance, de la joie. En accueillant ainsi la vie, nous nous émerveillons de la bonté et de la beauté qui nous entourent. Nous sortons de nous-mêmes, nous goûtons la joie, comme si une guérison s’opérait en nous de manière toujours nouvelle. « S’émerveiller, c’est ne jamais s’habituer », souligne le poète Christian Bobin. 

La voie de la prière

Dans sa catéchèse du 20 mai 2020, le pape François montre que la prière est étroitement liée au sentiment d’émerveillement et qu’elle ouvre la porte à l’espérance. « La prière t’illumine: elle illumine ton âme, elle illumine ton cœur et elle illumine ton visage. Même dans les périodes plus sombres, même dans les périodes de plus grande souffrance. » (Voir dans ce blogue ma série de 80 articles de l'École de prière

La vie est un don de Dieu qui nous aime; toutes ses œuvres sont belles et bonnes. Nous exprimons notre gratitude au Père en lui rendant grâce pour son amour, révélé en son Fils, dans l’Esprit. Nous entrons ici dans le dynamisme de la confiance et de l’espérance, non dans celui de la critique et du pessimisme.  

La prière profonde, comme l’oraison intérieure, développe en nous cet esprit de gratitude où nous remettons librement notre vie entre les mains du Seigneur. On le voit dans les évangiles lorsque Jésus puise dans la prière la force pour proclamer la Bonne Nouvelle : « Jésus se leva, bien avant l'aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait […] Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l'Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons. » (Marc 1, 35. 39) 

Comme chrétiens et chrétiennes, disciples-missionnaires du Christ, nous avons aussi à prier, à proclamer l’Évangile, à développer notre gratitude au Père, puisqu’il est la source de tout don et de tout amour. Le psalmiste nous y invite : « Entonnez pour le Seigneur l'action de grâce, jouez pour notre Dieu sur la cithare ! » (Paume 146, 7)

C'est ce que fit saint Paul en visitant les premières communautés chrétiennes : « Vivez dans l’action de grâce » (Colossiens 3, 15). N’est-ce pas là notre premier exercice de gratitude? Cette gratitude culmine dans le don du corps et du sang du Christ pour notre monde à l'Eucharistie, mot qui signifie action de grâce, merci.

 Article publié en partie dans le Prions en Église Canada du 7 février 2021, p. 35-36.

Vidéo de 18 minutes sur la gratitude ajoutée le 5 janvier 2021.