École de prière (29) Accompagner Jésus dans son agonie

Les évangélistes nous montrent souvent Jésus qui se retire à l'écart pour prier son Père. Un jour, ses apôtres lui ont demandé : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Luc 11, 1). Il leur a répondu par le Notre Père. À Gethsémani, Jésus s’est de nouveau retiré pour prier. Cette fois, il prend Pierre, Jacques et Jean pour prier et veiller avec lui. Témoins de sa transfiguration, ils allaient découvrir alors sa souffrance. « Mon âme est triste à en mourir » (Matthieu 26, 38).

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Que ta volonté soit faite

C’est avec frayeur que Jésus prie au jardin des Oliviers. La prière enseignée à ses apôtres sera son ultime recours. L’angoisse est tellement forte qu’il tombe la face contre terre. C’est ainsi qu’il prie, avec tout son corps, dans cette posture d’obéissance et d’abandon. « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux » (Matthieu 26, 39). Jésus expérimente le Notre Père dans sa chair; il réitère sa confiance au projet de Dieu de nous sauver : « Que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite » (Matthieu 6, 9-10).

Jésus, pleinement homme, n’aborde la mort ni en sage stoïque, ni en surhomme. Sa seule arme dans ce combat entre la chair et l’esprit est la prière. Mais il se sent bien seul lorsqu’ils voient ses trois amis endormis : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation; l’esprit est ardent, mais la chair est faible » (Matthieu 26, 40-41). Jésus parle ici de vigilance spirituelle, d’attention dans la prière. Avec lui, nous disons : « Père, ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal ».

Mon âme est troublée

Victor Hugo écrit dans Les Contemplations : « La douleur est un fruit, Dieu ne le fait pas croître / Sur la branche trop faible encor pour le porter ». Avec Jésus, nous pouvons prier notre souffrance, malgré notre immense faiblesse. Le Christ est uni à chacun des membres de son corps qu’est l’Église. Il le soutient au jour d’angoisse, comme le montre Augustin dans son commentaire du chapitre 12 de l’Évangile de Jean :

 « Maintenant mon âme est troublée ». Qu’est-ce cela? Comment peux-tu ordonner à mon âme de te suivre, si je vois que ton âme est troublée? … Mais il me semble entendre le Seigneur me répondre et me dire : Tu ne me suivras que mieux, car je m’interpose ainsi pour t’aider à souffrir. Tu as entendu la voix de ma force, écoute en moi la voix de ta faiblesse. Je t’inspire le courage de courir et je ne t’empêche pas d’aller plus vite, mais je prends en moi ta peur et me voici prostré pour que tu passes ».

Des amis pour son agonie

Jésus nous demande encore aujourd’hui de veiller et de prier. Il cherche des amis qui le consolent – pour reprendre une expression de Thérèse de Lisieux -, qui portent avec lui les souffrances du monde, qui désirent avant tout l’obéissance à la volonté du Père. Comme l’écrit Pascal : « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là ». Notre prière est réponse d’amour à cette demande de Jésus de « veiller et prier ».

Que faire pour accompagner Jésus dans la souffrance de son agonie? Il n’y a pas de réponses toutes faites. Peut-être seulement prier en silence et aimer, comme Jésus dans la nuit du Jeudi saint, lui donner notre corps pour son Corps qu'est l'Église. Accompagner quelqu'un qui souffre, en voyant Jésus souffrant. Communier à son angoisse, faire nôtre ses sentiments, laisser l’Esprit Saint prier en nous la prière même du Sauveur qui a pris sur lui toutes nos souffrances physiques, psychologiques, morales, spirituelles : maladie, handicap, chômage, humiliation, trahison d’un ami, échec, perte d’un enfant, divorce, solitude...

Il suffit d’être là, et vivre pleinement le silence d’amour, l’offrande de notre être blessé, en se tenant « face au tabernacle vide, dans la nuit noire et muette du Jeudi saint, et, même si l'on n'y comprend rien, veiller avec le Christ au mont des Oliviers - mont singulier où ne s'opère aucune épiphanie, nulle révélation ni transfiguration, mais où se condense l'absolu du silence » (Sylvie Germain, Les échos du silence).

Pour aller plus loin, Expérience de la prière (Parole et Silence).

Une expérience de la lumière du Christ
Dimanche des Rameaux: Hosanna!

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