Grâce à Dieu, le film

J’ai vu le film de François Ozon, Grâce à Dieu, avec mon épouse. Le sujet est terrible, car il relate l’histoire d’un prêtre pédophile du diocèse de Lyon, le père Bernard Preynat, qui a agressé sexuellement des dizaines d’enfants. En suivant les parcours émouvants de trois hommes victimes du prêtre, Alexandre, François et Emmanuel, on se dit : cela aurait pu nous arriver ou à nos enfants. On admire la résilience des victimes et leur acte de résistance en fondant l’association La Parole libérée

grace a Dieu

Je ne ferai pas l’analyse du film, d’autres l’ont fait avant moi avec brio. Je tiens seulement à souligner comme eux l’approche respectueuse et le ton sobre du cinéaste. Son empathie envers les victimes est manifeste. Il leur laisse la parole, sans montrer les scènes d’abus, évoquant toute la tragédie qui se cache derrière ces crimes. À cet effet, les interprètes sont d’une remarquable crédibilité. 

Je signale aussi la retenue du cinéaste envers l’Église, alors qu’il aurait été facile de se lancer à fond de train contre elle. On comprend mieux la position du cardinal Barbarin, comme l’a montré son ancien collaborateur Pierre Durieux dans son appréciation du film Par Ozon et par omission! À noter qu’à la fin du film, que j’ai vu dans une salle de cinéma à Gatineau au Québec, où l’on mentionne que le cardinal Barbarin a été condamné à six mois de prison avec sursis, on a ajouté : « Le cardinal Barbarin a fait appel de ce jugement et reste donc, à ce jour, présumé innocent ».

Il n’y a pas beaucoup d’espérance dans ce film, tant le sujet est effrayant. Tous sont des victimes à des degrés divers, même le père Preynat, qui ne nie pas les faits, enchaîné par cette maladie, cette perversion, qu’est la pédophilie. C’est encore plus grave lorsqu’il s’agit d’un prêtre, un représentant de Dieu pour ces jeunes. Il n’a pas seulement blessé leurs corps, mais aussi leurs âmes, et leurs images de Dieu. Cette blessure reste vive en eux, et touche aussi leurs familles, enfants et amis. Nous ne pouvons que compatir avec eux.

Un texte inattendu de Benoît XVI

L’actualité a fait en sorte que juste avant d’aller voir le film, j’ai lu un résumé du texte controversé de Benoît XVI sur la crise des abus sexuels dans l’Église. Il montre que les causes de ces abus se trouvent surtout dans la libération sexuelle amorcée à la fin des années 1960, où la pédophilie est permise et la pornographie encouragée. Il cible aussi le relativisme théologique, l’effondrement de la morale, la crise de la foi. Est-ce que tout cela a influencé le comportement du père Preynat? Je ne sais pas. Il y avait aussi des cas de pédophilie bien avant les années 1960. Malheureusement, ces abus ont toujours existé.

Que devons-nous faire? se demande alors le pape émérite, tout en écartant l’illusion de créer une autre Église. Il énumère quelques pistes spirituelles : apprendre à aimer Dieu, à vivre de lui en le reconnaissant comme le fondement de notre vie et le centre de notre action; obéir au Christ, s’abandonner à sa miséricorde, redécouvrir le mystère de son eucharistie. On pourrait objecter que des prêtres et des fondateurs de communautés nouvelles aimaient aussi Dieu, et que cela ne leur a pas empêché d’abuser sexuellement d’enfants, d’adolescents, et même de religieuses, comme l’ont montré des reportages récents.

Le film Grâce à Dieu témoigne que le péché et le mal sont aussi dans l’Église. La réforme du pape François est en cours, luttant à l’intérieur contre le carriérisme, le cléricalisme, l’Accusateur, les abus de toute sorte. Comme ses prédécesseurs, il met de l’avant un autre visage de l’Église, le plus beau et le plus vrai, celui qu’on oublie parfois et qui pourtant génère de l’espérance : la sainteté. 

Un film différent, que j’ai beaucoup aimé, dévoile ce visage de beauté. Ce film est aussi criant de vérité que celui d’Ozon : Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, qui relate les derniers moments des sept moines cisterciens de Tibhirine. Ils ont été béatifiés le 8 décembre 2018 au sanctuaire de Santa Cruz à Oran, avec Mgr Pierre Claverie, onze autres religieux et religieuses. Ils ont été les témoins privilégiés du Christ en donnant leur vie par amour pour leurs frères et sœurs algériens. C’est aussi cela l’Église.  

J’écris ce texte le vendredi avant la Semaine sainte, où l’on soulignera le caractère rédempteur de la Passion du Christ, lui qui a pris toutes nos soifs et nos souffrances, nos angoisses et nos larmes. « Par ses blessures, nous sommes guéris ». C’est sur lui, l’homme criblé de douleurs, le Vivant à jamais, que je lève les yeux, et qu’avec toute l’Église, je reprends la prière d’ouverture de la messe de ce jour : « Pardonne, Seigneur, les torts de ton peuple; puisque notre faiblesse nous a rendus captifs du péché, que ta tendresse nous en délivre ». 

Pour aller plus loin, lire sur ce blogue :Pleurer avec Jésus et les victimes.

Aleteia propose cette traduction française du texte intégral de Benoît XVI sur les abus sexuels.

À Notre-Dame de Paris
École de prière (77) L'oraison, apprendre à mourir

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