Je n'ai pas appris à prier

Le soir du 25 décembre, je reçois un courriel d'un homme âgé qui me demande ce que Jésus pouvait dire à son Père lorsqu'il se retirait à la montagne pour prier. Il termine en m'avouant qu'il n'a pas appris à prier. En ce lendemain de Noël, je vous partage spontanément ce courriel et ma réponse.

Cher M. Gauthier,

Vous avez présenté beaucoup de conférences sur la prière et écrit plusieurs volumes sur ce sujet. Nous pouvons donc vous considérer comme un spécialiste de la prière.

Les évangélistes ont écrit à plusieurs reprises que Jésus se retirait souvent à la montagne pour prier à son Père. Auriez-vous l’obligeance de donner un aperçu de ce que Jésus pouvait, pendant sept ou huit heures, dire à son Père et peut-être, son Père lui répondre ?

J’aimerais savoir.  En 91 ans, je n’ai pas encore appris à prier… Salutations.

Cher Monsieur

Votre courriel me touche, car il dénote un désir de la prière. Désirer prier, écrivait saint Augustin, c'est déjà prier. Ce désir n'a pas d'âge, je le ressens aussi en moi, au plus profond du coeur, lieu de la prière. Il s'exprime par mes conférences et livres sur ce sujet, mais je ne me considère pas pour autant comme un spécialiste de la prière, tant celle-ci est un don de Dieu qui me dépasse, et que je reçois chaque matin comme un cadeau. En ce domaine, je demeure un commençant, un artisan, un pauvre qui attend tout de l'Esprit Saint, le véritable maître de la prière. Je pense que c'est ce même Esprit qui met en nous le désir de la prière et que ce désir plaît à Dieu, lui qui regarde avec amour ce que nous désirons être.

Vous mentionnez avec raison que les évangélistes montrent Jésus qui se retire dans un endroit désert pour prier. Nous sommes ici au coeur de la prière chrétienne: une prière trinitaire, filiale et sponsale (d'amour). Vous me demandez de vous donner un aperçu de ce cœur à cœur entre le Fils et le Père. Je m'étais déjà posé la question un matin durant mon oraison, et la demande de Jésus à la Samaritaine est montée au coeur: "Donne-moi à boire". C'est peut-être cela que Jésus disait à son Père durant ses oraisons de nuit. "Père, donne-moi à boire. J'ai soif de faire ta volonté. Soutiens mes disciples. Merci de ton amour". Il devait aussi méditer certains versets de psaumes qu'il connaissait par coeur, ou reprendre lentement l'unique prière qu'il ait enseigné à ses apôtres et transmise jusqu'à nous: "Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faire sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre du Mal." Quelle était la réponse du Père à Jésus? Peut-être celle-ci, qui s'adresse aussi à chacun de nous: "Tu es mon enfant bien-aimé en qui je mets tout mon amour".

Demandez vous-même à Jésus ce qu'il disait à son Père et quel était sa réponse. Il vous enverra l'Esprit-Saint, le baiser du Père et du Fils, selon l'expression de saint Bernard. Il ne s'agit pas de comprendre la prière de Jésus, mais de vous laisser prendre par l'Esprit qui prolonge en vous la prière de Jésus. Car ce dialogue d'amour que Jésus vivait avec son Père lors de sa vie terrestre, il veut le continuer en nous, lui, le Ressuscité, qui marche avec nous sur nos routes d'Emmaüs. Vous entrerez peut-être dans son silence de communion avec le Père: un simple soupir d'amour, une attention amoureuse au mystère, un regard de contemplation, une joie, une paix. Ici, il ne s'agit pas de dire beaucoup de choses, mais de les dire avec le coeur. Il ne suffit pas non plus de réciter plusieurs prières, mais d'être prière dans un silence intérieur. Cette prière de Jésus à son Père, comme la nôtre, est la rencontre de deux soifs, de deux désirs, de deux regards. Le plus grand effort est de ne pas en faire et la meilleure méthode est souvent de ne pas en avoir. Il suffit d'être là, simplement présent à la Présence, jour après jour, sans se décourager, car Dieu donne toujours la prière dont nous avons besoin aujourd'hui. Chaque jour suffit sa prière. 

Je ne veux pas vous en dire plus, je me suis déjà expliqué longuement sur ce sujet dans mon Guide pratique de la prière chrétienne. Vous terminez en m'écrivant qu'en 91 ans, vous n'avez pas encore appris à prier. Mais c'est merveilleux. Vous connaissez bien le texte de saint Paul aux Romains quand il dit que nous ne savons pas prier comme il faut, mais que l'Esprit Saint vient en aide à notre faiblesse et qu'il crie Abba, Père, en nous. En prenant conscience que vous ne savez pas prier, vous laissez la place à l'Esprit qui va vous aider et vous guider sur les chemins de la prière. La vraie prière commence quand on sait qu'on ne sait pas prier, quand on pense qu'on ne prie pas lorsqu'on prie. Comme disait Jean Paul II, à peu près en ces mots: La prière, ce n'est pas d'abord pour se satisfaire, c'est une dépossession de soi pour s'abandonner en Dieu, le laisser prier en nous".

Notre prière est pauvre comme l'Enfant de la crèche, Dieu fait homme, totalement vidé de lui-même, tout petit pour que nous devenions ses enfants bien-aimés. Sa faiblesse est sa force, son impuissance est sa puissance. Il a soif de nous. Il nous demande notre amour et notre prière. Que dire devant un tel Dieu, l'Amour qui se donne de toute éternité, qui n'est rien que l'amour, qui n'a rien que l'amour? Oui, quoi dire, sinon répéter cette demande que les apôtres avaient faite un jour à Jésus : "Seigneur, apprends-nous à prier".

Je vous souhaite une sainte année 2013, et bonne route vers le Père.

Jacques Gauthier.

 

 

 

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