La démission de Benoît XVI

Le pape Benoît XVI aura surpris jusqu'à la fin. En annonçant sa démission, il a posé un geste courageux qui rompt avec la tradition de l’Église. Les raisons qu’il évoque dans son texte au consistoire du 11 février sont fidèles à sa personnalité et à sa devise « collaborateur de la vérité » : vérité devant Dieu et sa conscience, pragmatisme quant à son âge, humilité devant les défis du monde d’aujourd’hui, « sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi ». C’est un homme libre qui va quitter ses fonctions le 28 février. Il termine en souhaitant désormais servir l’Église « par une vie consacrée à la prière ». Il se peut donc qu’il finisse ses jours dans un monastère, fidèle à son patron saint Benoît. 

Style discret

Benoît XVI aura été à la tête de l’Église pendant presque huit ans. Très bonne moyenne pour un pape qu’on disait de transition. L’avenir nous dira jusqu’où il a marqué l’Église, lui qui chaussait des souliers de géant, ceux de son ami Jean-Paul II. Moins médiatique que lui, il a toutefois marqué les esprits par son style discret, plein de douceur et d’humilité. Homme de paix et de dialogue, il a tendu la main aux juifs, aux musulmans et aux jeunes, sans oublier les victimes d’abus sexuels qu’il a rencontrées à plusieurs reprises. La crise de pédophilie qui secoue l’Église aura certainement été l’une de ses plus grandes souffrances. Il a affronté la tourmente en voulant faire la lumière sur cette triste page de l’Église qui n’est pas encore tournée.

Je retiens surtout de Benoît XVI sa foi profonde et son attachement au Christ, lui consacrant trois livres majeurs. Homme de grande intelligence, sa pensée était toujours claire, que l’on soit d’accord ou non. Le mot "joie" revient très souvent dans ses textes. Il a voulu servir l’Église du mieux qu’il a pu. À l’homélie de la messe d’inauguration de son pontificat le 24 avril 2005, il déclarait. « Mon véritable programme de gouvernement est de ne pas faire ma volonté, de ne pas poursuivre mes idées, mais, avec toute l’Église, de me mettre à l’écoute de la parole et de la volonté du Seigneur, et de me laisser guider par lui, de manière que ce soit lui-même qui guide l’Église en cette heure de notre histoire ».

Nous aurons donc un nouveau pape à Pâques et durant les prochaines Journées mondiales de la jeunesse qui se tiendront au Brésil en juillet 2013. Il ne manque pas de forces créatrices dans l’Église. Je ne m’inquiète pas pour son avenir. C'est vrai qu'elle peut ressembler à une vieille dame qui s’avance lentement dans l'histoire, mais elle a du souffle et du coeur. Elle a traversé tant de crises depuis 2000 ans. L'Esprit Saint saura la conduire dans le monde de ce temps. C’est lui qui inspirera les cardinaux au prochain conclave, ne l’oublions pas. Cette vision de foi commande déjà notre prière.

Ce texte est paru dans Le DroitOttawa, 12 février 2013, p. 13, sous le titre "Un geste courageux de Benoît XVI".
Un extrait est aussi paru dans Le Devoir, Montréal, 14 février. Pour lire le texte et les commentaires de lecteurs, cliquez ici.

 

Voici le texte que Benoît XVI a lu le 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes et Journée mondiale des malades.

Frères très chers,

Je vous ai convoqués à ce consistoire non seulement pour les trois canonisations, mais également pour vous communiquer une décision de grande importance pour la vie de l’Église.

Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien.

Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière.

Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Évangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié.

C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Évêque de Rome, successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le siège de Rome, le siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire.

Frères très chers, du fond du cœur je vous remercie pour tout l’amour et le travail avec lequel vous avez porté avec moi le poids de mon ministère et je demande pardon pour tous mes défauts. Maintenant, confions la sainte Église de Dieu au soin de son Souverain Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ, et implorons sa Sainte-Mère, Marie, afin qu’elle assiste de sa bonté maternelle les pères cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife.

Quant à moi, puissé-je servir de tout cœur, aussi dans l’avenir, la Sainte Église de Dieu par une vie consacrée à la prière.

Mercredi des Cendres
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