Laïcité, vivre ensemble avec nos différences

Il y a dix jours, le ministre Bernard Drainville présentait son projet de Charte des valeurs québécoises. C’était mal parti dès le début avec ce nom fourre-tout. Depuis, on est resté dans le flou. Des sondages le montrent, les Québécois sont divisés plus que jamais. Pourquoi ne pas avoir appelé tout simplement ce projet de loi : Charte de la laïcité ? J’en parlais dans mon blogue Charte de laïcité ou de valeurs : valeurs des uns, droits des autres.

Nous sommes tous d’accord pour l’égalité entre les hommes et les femmes, pour la défense de la langue française, pour un État laïque et neutre, pour des accommodements raisonnables. Jusqu’ici, ça va. Mais quand la neutralité de l’État va jusqu'à interdire à ses employés le port de signes religieux visibles, là, ça se divise. Cela heurte de front les droits inaliénables de la liberté de conscience et de religion, de l’autonomie morale de chaque individu. D’où la question : quel droit est prioritaire ? On n’est pas sortis du bois. Oui, pour la séparation de l’État et des religions, non à refouler celles-ci dans la sphère privée, à les considérer seulement comme du patrimoine culturel. L’individu n’est pas un robot ; ses convictions s’incarnent dans des conduites.

Mgr Pierre-André Fournier, président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, a bien saisi les enjeux du débat en affirmant lors de la conférence de presse du 19 septembre :

« Jouir de la liberté de religion, c’est bien sûr pouvoir librement se réunir avec d’autres croyants pour la prière et le culte. Mais c’est encore davantage. D’après la Déclaration universelle des droits de l’homme, le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion implique «la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seul ou en commun, tant en public qu’en privé, » (Article 18). Il s’agit là, il faut le noter, d’un droit fondamental et non d’une concession ou d’un privilège que les États accorderaient à leurs citoyens.

Il est tout à fait raisonnable de vouloir un État laïque. Jésus n’a pas hésité à affirmer : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21). S’il est vrai que l’État est laïque, la société demeure pluraliste.

Sur le plan spirituel et religieux, les gens sont libres de croire ou de ne pas croire. Pas de religion officielle. Mais pas d’athéisme officiel non plus. C’est ça la neutralité. L’État respecte ce que les gens vivent et expriment.

S’il est vraiment neutre, il va même prendre les mesures pour s’assurer que les gens peuvent vivre leur foi ou leur incroyance et l’exprimer librement. La neutralité et la laïcité n’existent pas pour restreindre le développement des religions mais pour créer un milieu où chaque personne jouit effectivement de la liberté de conscience et de religion.

Il est tout à fait raisonnable pour un gouvernement de vouloir donner des balises pour encadrer les demandes d’accommodements pour des raisons religieuses. Il en va du bons sens pour notre vivre ensemble. Cela évitera des situations pénibles inutiles.

Sauf quelques exceptions, qui devront être déterminées par le gouvernement, il ne nous apparaît pas nécessaire de restreindre les employés des services publics dans le port de signes religieux. Ce qui importe d’abord pour les personnes en service public, c’est leur compétence, leur accueil, leur respect. » 

Cette prise de position des évêques du Québec est partagée par au moins la moitié de la population. Un état pluraliste comme le Québec n’a pas à s’identifier à aucune religion particulière ou à promouvoir l’athéisme. Il ne doit pas évacuer pour autant toute expression religieuse de la société civile, sinon il est à la remorque du credo d’une idéologie laïciste, d’une uniformité qui ne favorise pas la cohésion sociale. C’est en vivant les valeurs d’accueil, de compréhension, de confiance, d’entraide, de liberté, de paix, de respect, de solidarité, que nous pouvons mieux relever le défi de vivre ensemble avec nos différences.

Un extrait de cet article est paru dans Le Droit, Ottawa, 20 septembre 2013, p. 17.

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