Ô toi, le Cherché 

Ô toi le Cherché
de mes yeux voilés,
jusques à quand cette quête
à travers le suaire de silence,
couvrant ton ombre
sous la première neige.
Combien de sentiers à dépister
avant d’entrevoir ta maison?
Combien de forêts à traverser
avant d’atteindre ton royaume?
 
Ô toi le Caché
de mon corps brisé,
jusques à quand cette course
à travers le rêve du temps,
imprégnant tes traces
sur les plages de l’histoire.
Es-tu de l’autre côté du versant
en-dessous des choses,
ou derrière le décor
au-dedans des hommes?
 
Ô toi l’Inexprimé
de ma voix esseulée,
jusques à quand cette passion
à travers la douleur des mots,
révélant ta Parole
sur les dalles du poème.
Souffleras-tu en mes déserts
pour me blesser de ta lumière?
Viendras-tu en mes hivers
pour me parler de ton feu?
 
Ô toi le Désiré
de mon cœur blessé
jusques à quand cette folie
à travers le sang du souvenir,
guettant ton Esprit
sur les paupières des nuits.
Ton baiser me brûlera-t-il
comme ces neiges du couchant,
quand au tournant du voyage
je verrai enfin ton visage?
 
Jacques Gauthier, Prières de toutes les saisons, Bellarmin / Parole et Silence, p. 163-164.