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Le blogue de Jacques Gauthier

Vivre jusqu'à cent ans

Selon le dernier recensement, il y avait, en 2021, 9535 centenaires au Canada. En France, c’est le double. Des études montrent que vivre jusqu’à cent ans sera de plus en plus habituel. 

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’espérance de vie a beaucoup augmenté ces dernières décennies dans la plupart des pays industrialisés. Au Canada, en 2015, elle était de 84,1 ans pour les femmes et 80,2 ans pour les hommes. 

Vieillesse 100 ans

Des questions de vie

Nous connaissons tous dans nos familles et amis des nonagénaires qui demeurent solides comme de vieux chênes. Ils s’adaptent à la réalité sans trop de stress. Ils conservent une certaine qualité de vie et affrontent les obstacles avec sérénité. « Les cheveux blancs sont une couronne splendide : on la trouve sur les chemins de la justice » (Proverbes 16, 31). Le prophète va jusqu’à dire : « le plus jeune mourra centenaire » (Isaïe 65, 20). 

D’autres ressentent une plus grande vulnérabilité et solitude quand approche la centaine. C’est normal, et puis tant d’amis sont déjà morts. Le corps devient plus fragile, les risques de pertes d’équilibre et de déficiences cognitives augmentent, d’où ces questions, déjà entendues : Garderais-je toute ma tête ? Comment rester autonome ? Qui va s’occuper de moi si je suis trop malade ? Vais-je finir mes jours à la maison, comme je le souhaite, ou ailleurs ?

J’aime dire que chaque âge a sa grâce, sa couleur, sa musique, son parfum. Qui n’a pas vu ces centenaires raconter leurs histoires de vie avec humour et sagesse ? Ils s’émerveillent comme des enfants devant la vie donnée, malgré la pesanteur du temps et la lenteur du quotidien. On leur demande quel est leur secret, comme s’il y avait une recette magique. Ils répondent qu’il faut prendre la vie du bon côté, accepter que tout ne soit pas parfait, continuer à aimer malgré tout, s’appuyer sur Dieu. 

Le chemin de la foi

Dans nos sociétés sécularisées, la religion n’a pas bonne presse. Pourtant, les croyances religieuses peuvent être un soutien et une consolation dans la vie des personnes âgées. Elles donnent du sens à la vie et ouvre celle-ci sur l’espérance d’un monde meilleur. Par exemple, la foi chrétienne évoque un Père plein de tendresse qui nous aime avec nos fragilités. Il a envoyé son Fils Jésus pour nous sauver par sa croix et sa résurrection et nous donner la vie éternelle, avec Marie et Joseph, les anges et les saints, ceux et celles que nous avons aimés. Une centenaire témoignait qu’elle ne se sentait pas seule ici-bas, car elle pouvait prier en tout temps en parlant au Seigneur comme à un ami.

Est-ce trop beau pour être vrai ? Justement, c’est vrai parce que c’est beau. Il n’y a rien de magique là-dedans, c’est une question de foi et de confiance. Saint Paul remonte jusqu’à Abraham, notre père dans la foi, pour nous montrer que nous sommes de sa descendance : « Espérant contre toute espérance, il a cru […] Il n’a pas faibli dans la foi quand, presque centenaire, il considéra que son corps était déjà marqué par la mort et que Sara ne pouvait plus enfanter » (Romains 4, 18-19).  

La foi chrétienne est un chemin de vie, un don de Dieu. Elle grandit à chaque âge au contact de la parole de Dieu, de la prière, du service rendu. Elle a inspiré bon nombre d’aînés, d’hier à aujourd’hui, comme je le montre dans mon autobiographie En sa présence (Artège/Novalis). 

Quelques exemples personnels

Blandine Leduc vivait dans un centre pour personnes âgées de Gatineau et n’avait pas d’enfant. Mon épouse et moi lui rendions visite régulièrement et lui apportions des friandises. « Je suis vieille, mais j’ai tout mon génie », aimait-elle répéter. Elle est décédée un matin d'avril à l'âge de 93 ans. À ses funérailles, dans l’église de Thurso, c’est elle qui nous visitait par les souvenirs de sa vie d’infirmière. Nous avons si souvent prié avec elle. Elle récitait son chapelet chaque jour. À sa façon, elle portait le monde.

Moi et Pere Claude

Claude Héroux, prêtre franciscain, était le frère de ma mère. Il a vécu jusqu’à l’âge de 99 ans et 5 mois (à cet âge on compte les mois). J’ai eu la grâce de le voir une dernière fois à la fin mai 2016. Les mots ne sortaient plus aisément de sa bouche, mais son sourire disait tout. Quelle présence et quelle mémoire ! Il est entré « dans la vie », selon l’expression de Thérèse de Lisieux, le 10 septembre 2016. Il a pu chanter avec François d’Assise : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle ». 

 Mon père a été emporté par une pneumonie fulgurante, le 2 juin 2018, à l’âge de 94 ans. Il est mort à l’hôpital, entouré de ses enfants.  Il avait gardé une attitude positive face à l’avenir, sans trop se faire de souci. Sa foi au « petit Jésus », comme il disait, l’a aidé à vivre heureux. J’avais demandé au Seigneur que je sois présent à son dernier souffle. J’ai récité un Notre Père, l’entourant de mes bras, comme si je l’enfantais à une autre vie. Il expira à la fin du Notre Père, tout doucement, comme un oiseau s’envole vers un ciel nouveau. « Il est parti ! », s’exclama ma mère. Je lui répondis spontanément : « Il est arrivé. » 

Quelques mois plus tard, c’était son tour. Maman est morte seule à la maison, le vendredi 28 septembre, paisiblement dans son lit, à l’âge de 90 ans, sans éprouver les tourments d’une longue maladie. Elle rejoignait ainsi son cher Daniel, après soixante-dix ans de mariage. Maman priait chaque matin avec son Prions en Église. « Vivre est un cadeau de Dieu », me disait-elle. Elle a déballé ce cadeau avec gratitude, fredonnant la chanson de Jean Ferrat : « C’est beau la vie ». Elle a vécu pleinement en accueillant la mort comme une grâce.

Des défis pour l’avenir

On parle des vieilles maisons comme de « belles centenaires ». Cette expression peut aussi s’appliquer aux personnes qui atteignent les cent ans. Elles seront de plus en plus nombreuses à l’avenir, même si la planète, notre maison commune, ne va pas très bien. Pensons aux changements climatiques et aux conséquences dévastatrices sur notre mode de vie.  

Voici trois grands défis à relever pour les centenaires en devenir. Le premier est de maintenir une bonne qualité de vie. Cet idéal passe par une alimentation saine, l’exercice physique (la marche), la stimulation cognitive (la lecture, la musique), des relations sociales gratifiantes, une vie spirituelle épanouie et un suivi médical adéquat. 

Le deuxième défi est de se concentrer sur les petites choses de la vie qui font plaisir. Il me semble que c’est plus facile à faire quand on peut vieillir chez soi, entouré d’objets que nous aimons et qui nous rappellent tant de souvenirs. Aujourd’hui, un grand virage s’impose pour nos gouvernements : améliorer les services et les soins à domicile, développer les traitements des maladies à la maison sous la supervision d’une équipe médicale.

Le troisième défi réside dans la valorisation du rôle des centenaires. On doit mieux les intégrer à la société, les encourager à partager leurs expériences avec les générations plus jeunes. Il faut aussi favoriser les contacts et les échanges avec les membres de la famille, les amis, les bénévoles de la paroisse ou d’ailleurs.

On ne naît pas centenaire, on le devient une année à la fois. Et puis, vieillir n’est pas une maladie, mais la vie elle-même qui s’épanouit comme une fleur au soleil, avant d’être cueillie à maturité au soir tombant pour des noces éternelles.

Article paru dans la revue L'Oratoire, publié par l'Oratoire Saint-Joseph du Mont Royal, mai-août 2023, p. 10-12.

Pour aller plus loin : Les défis de la soixantaine, Nouvelle édition revue et augmentée, Emmanuel/Novalis, 2021, 248 pages.
En sa présence.  Autobiographie spirituelle. Artège/Novalis, 2022, 336 pages. 

Ma vidéo de 23 minutes sur cet article dans ma chaîne YouTube, avec les liens et les commentaires: cliquez ici.

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Commentaires 2

Invité - Yolande le vendredi 14 juillet 2023 17:55
Le veillissement

Merci pour vos beaux mots de sagesse et de douceur sur le veillissement. On va tout y passer. Reviens à nous tout reposer car j'aime beaucoup lire votre bloque.
Yolande, Dieppe N-B

Merci pour vos beaux mots de sagesse et de douceur sur le veillissement. On va tout y passer. Reviens à nous tout reposer car j'aime beaucoup lire votre bloque. Yolande, Dieppe N-B
Invité - Jacques Gauthier le vendredi 14 juillet 2023 19:21
Merci

Merci. Oui, un peu de repos fait du bien pour continuer à tenir ce blogue, qui existe déjà depuis une dizaine d'années.

Merci. Oui, un peu de repos fait du bien pour continuer à tenir ce blogue, qui existe déjà depuis une dizaine d'années.
lundi 20 mai 2024

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