École de prière (31): Le Coeur de Jésus

Créés à l'image de Dieu, nous désirons par-dessus tout aimer et être aimés. Pour saint Augustin, notre cœur n’est pleinement satisfait que lorsqu’il repose en Dieu. Pas étonnant que la dévotion au cœur de Jésus, comme expression de sa miséricorde, se soit répandue dans l’Église. C’est la vie même du Verbe de Dieu qui bat dans le cœur de Jésus. Il est le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis, qui les guide « par des liens d’amour » et les traite « comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue (Osée 11, 4). La prière contemplative et silencieuse, appelée aussi l'oraison, saisit les battements de ce divin cœur par l’Esprit Saint qui crée en nous un cœur pur.

sacré coeur

Révélation du cœur de Jésus

Le cœur, symbole de l’amour, exprime le centre intime de la personne, son mystère sacré. Jésus va révéler son cœur à une jeune visitandine de Paray-le-Monial, Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690). En juin 1675, au moment où elle adore le Saint Sacrement, Jésus lui dit : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. »

La manifestation de cet amour divin qui s’abaisse s'appelle « miséricorde ». Jésus demande que le vendredi suivant l’octave de la fête du Saint-Sacrement soit dédié à honorer son Cœur. Sa messagère va s’employer à l’instauration de cette fête publique. Puis va naître la pratique des premiers vendredis du mois et de l’heure sainte, suite à une confidence de Jésus : « J’ai soif, mais d’une soif si ardente d’être aimé des hommes au saint Sacrement, que cette soif me consomme; et je ne trouve personne qui s’efforce, selon mon désir, pour me désaltérer, en rendant quelque retour à mon amour ».

N’entendons-pas cette plainte de Jésus comme l’expression d’un Dieu manipulateur qui jouerait la victime pour nous obliger à l’aimer. Notre foi serait alors infantile. Il n’y a pas ici de chantage affectif, mais le cri d’un Dieu amoureux des hommes qui a soif d’aimer et d’être aimé. « L’Amour n’est pas aimé », disait en son temps François d’Assise. « Jésus a soif de nous », répétait Mère Teresa. Souvenons-nous des impropères du Vendredi saint : « O mon peuple, que t’ai-je fait », de la tristesse de Jésus au jardin des Oliviers. (Pour aller plus loin, lire J’ai soif. De la petite Thérèse à Mère Teresa.

Le cœur ouvert

L’Évangile de la solennité du Sacré-Cœur de Jésus nous ramène à la mort de Jésus en croix où l’un des soldats lui perça le côté avec sa lance. « Il en sortit du sang et de l’eau », nous dit saint Jean. C'est le signe de la fécondité de son offrande au Père, la source vive d’où sont nés les sacrements de l’Église. Jean était là avec Marie. Le Cœur immaculé de la Mère, célébré le lendemain de la fête du Sacré-Cœur, est uni à celui du Fils. Comment oublier le cœur ouvert de l’Agneau parfait, point de jonction de la terre et du ciel ? De la côte du nouvel Adam, endormi dans la mort, naissait l’Église que Marie verra grandir.

Le cœur de Jésus transpercé est le symbole et l'instrument de la miséricorde divine. Sa blessure nous ouvre le cœur de Dieu et notre propre cœur. Didier Rimaud l'exprime magnifiquement dans une hymne : « Jésus qui m’a brûlé le cœur au carrefour des Écritures / Ne permets pas que leur blessure en moi se ferme. »

En contemplant le cœur du Fils, ce sont des flots de tendresse divine qui se versent dans nos cœurs. Nous sommes invités, comme Thomas, à mettre la main dans le côté de Jésus, et, comme Jean, à nous reposer sur son cœur dans une adoration silencieuse. Comme Jésus sur la croix, nous étendons les bras et nous embrassons toutes les races dans une prière d’offrande et d’intercession. Le cœur trouve son centre lorsqu’il se recueille pour boire à cette source du cœur de Jésus. Et l’on se prend à répéter d’antiques formules : "Cœur Sacré de Jésus, j’ai confiance en toi". "Jésus, doux et humble de cœur, rends mon cœur semblable au tien".

Dans une lettre qu’elle écrivait à sa sœur Céline, Thérèse de Lisieux invitait à dépasser le symbolisme du cœur blessé par la lance pour atteindre la réalité qui est Jésus lui-même, ses sentiments et son amour : « Prie bien le Sacré Cœur, tu sais, moi je ne vois pas le Sacré Cœur comme tout le monde, je pense que le cœur de mon époux est à moi seul comme le mien est à lui seul et je lui parle alors dans la solitude de ce délicieux cœur à cœur en attendant de le contempler un jour face à face » (Œuvres complètes, Cerf/DDB, 1996, p. 431).

Consécration au Sacré-Cœur

Voici deux prières au Sacré-Cœur que nous pouvons faire nôtres. Elles ont été écrites par deux grandes mystiques de son amour qui ont vécu au même siècle, l’une en France, l’autre au Canada : sainte Marguerite-Marie Alacoque et sainte Marie de l’Incarnation.

« Je donne et consacre au Sacré-Cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ ma personne et ma vie, mes actions, peines et souffrances, pour ne plus vouloir me servir d’aucune partie de mon être que pour l’honorer, l’aimer et le glorifier. C’est ici ma volonté irrévocable que d’être toute à lui et faire tout pour son amour, en renonçant de tout mon cœur à tout ce qui pourrait lui déplaire.

Je vous prends donc, ô Sacré-Cœur, pour l’unique objet de mon amour, le protecteur de ma vie, l’assurance de mon salut, le remède de ma fragilité et de mon inconstance, le réparateur de tous les défauts de ma vie, et mon asile assuré à l’heure de ma mort.

Ô cœur d’amour, je mets toute ma confiance en vous, car je crains tout de ma malice et de la faiblesse, mais j’espère tout de votre bonté. Consumez donc en moi tout ce qui peut vous déplaire ou résister! Que votre amour vous imprime si avant dans mon cœur que jamais je ne vous puisse oublier, ni être séparée de vous. » (Prière citée dans « Prier avec les grands saints », hors-série Prier no 77, p. 40).

« C’est par le Cœur de mon Jésus, ma voie, ma vérité et ma vie, que je m’approche de vous, ô Père Éternel. Par ce divin Cœur, je vous adore pour ceux qui ne vous adorent pas, je vous aime pour ceux qui ne vous aiment pas, je vous reconnais pour tous les aveugles volontaires, qui, par mépris, ne vous reconnaissent pas. Je veux, par ce divin Cœur, satisfaire au devoir de tous les mortels. Je fais en esprit le tour du monde pour chercher toutes les âmes rachetées du sang très précieux de mon divin Époux, afin de vous satisfaire pour toutes par ce divin Cœur ». (Début de la prière apostolique, écrite en 1635, citée dans mon livret Marie de l’Incarnation, p. 41).

Pour aller plus loin : Expérience de la prière et Petit dictionnaire de Dieu.

Le germe de vie
La Fête-Dieu: l'amour de l'Eucharistie

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