Le blogue de Jacques Gauthier

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Poème à Jean de la Croix

Le 14 décembre, l'Église honore la mémoire de saint Jean de la Croix (1542-1591). J'ai déjà partagé sur ce blogue mon admiration pour ce poète carme qui est devenu dès ma vingtaine un ami, un frère, un guide. 

Lors d’un salon du livre, de jeunes poètes me confiaient comment l’auteur mystique leur avait ouvert les yeux sur un autre réel, voilé par la routine quotidienne, mais qui sous sa plume dévoilait un don, une promesse, malgré la nuit, le désert, le vide. Ce réel caché, ne serait-ce pas Dieu? 

Les images que nous nous faisons de Dieu sont sans cesse à purifier, répète l’auteur de La Nuit obscure, Dieu étant toujours « au-delà de tout ». C’est un « je ne sais quoi », qui transcende toute connaissance. Le silence d’amour vécu dans l'oraison contemplative l’exprime mieux que tout autre langage, ce qui demande abandon et communion au mystère divin qui nous habite.

Jean de la Croix

J'écris ces lignes à Paris où je termine une série de conférences et de rencontres des médias dans la foulée de mon essai Henri Caffarel, maître d'oraison (Cerf) et d'un colloque qui lui était consacré au collège des Bernardins. J'ai été porté pendant quinze jours par ce Dieu présent au fond de mon coeur. Je n'ai eu qu'à m'abandonner à son amour miséricordieux, lui faisant confiance en tout. Les moments d'oraison silencieuse vécus un peu partout, que ce soit avec les carmes d'Avon ou à Paris lors d'une soirée thérésienne, m'ont aidé à demeurer dans la paix du Christ. Avec Jean de la Croix, Thérèse de Lisieux, le père Caffarel, et tant d'autres témoins de la prière intérieure, je ne peux que rendre grâce à Dieu pour leurs écrits qui brûlent d'un feu qui ne s'éteint pas.  

En signe d’hommage pour tout ce que Jean de la Croix m’a donné, je lui ai écrit un poème que l'on retrouve dans mon recueil Un souffle de fin silence (2017, Noroît, p. 56-57).

Le rossignol du carmel
dans la nuit obscure
n’a d’autre mélodie
qu’un chant mystique
pour la figure aimée
 
Caché en sa face
il s’envole secrètement
au seuil de l’invisible
immobile et attentif
sans autre plainte
que le silence aérien
 
Qui pourrait le piéger
personne ne le voit
la forme s’estompe
la formule s’efface
voilà sa clef
 
Rien ne peut le retenir
il s’est déjà quitté
au plus noir du cachot
La lumière en son cœur
le guide mieux que l’aurore
l’entraîne de tout son poids
sur la pente solitaire de l’aigle
malgré ses ailes faméliques
 
Son regard contemplatif
plane au-dessus des lis de la vallée
funambule tendu vers le ciel
avant que le voile ne se déchire
 
N’entendez-vous pas sur la montagne
ses romances d’un autre âge
qui transcendent toute science
la source claire
où terre et cieux s'abreuvent
 
Il prend son essor au sommet
rejoint le cerf blessé
grâce et beauté en partage
 
Il sent la vive flamme
dans la caverne de l’âme
ce je ne sais quoi
plus touffu que les forêts
l’image portée à l’incandescence
de la vie unitive

 

Pour aller plus loin: Saint Jean de la Croix (Le Figaro / Presses de la Renaissance); Un souffle de fin silence (Noroît); Henri Caffarel, maître d'oraison (Cerf).

 

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