Les défis de la soixantaine: introduction

Voici l'introduction de la nouvelle édition revue et aumentée du livre Les défis de la soixantaine, Paris/Montréal, Emmanuel/Novalis, 248 pages, 2021, 17€, 27,95$. 

La vie humaine est un chemin en perpétuelle transformation avec ses lignes droites et ses tournants, ses montées et ses descentes. Nous marchons plus ou moins seul dans ce voyage unique, car la route varie pour chacun d’entre nous. Rien n'est tracé d'avance. Naître, grandir et mourir en sont les grands mouvements. Nous avançons en franchissant des étapes et en relevant les défis inhérents à chaque âge : l’enfance, l’adolescence, l’adulte, la vieillesse. Chaque seuil franchi comporte une crise de croissance par laquelle l’individu se fait ou se défait, grandit ou régresse, s'ouvre ou s'enferme.

Les âges de la vie sont séparés par des crises. Ils représentent des formes fondamentales de l'existence humaine, des façons caractéristiques de la vie de l'homme aux diverses périodes de sa route, de la naissance à la mort. Manières de sentir, de voir, de se comporter en face du monde. Ces ensembles de caractères sont si nettement marqués qu'au lieu de passer simplement d'une phase à l'autre, l'homme doit, chaque fois, à chaque degré, se détacher, ce qui peut être difficile au point de pouvoir être dangereux. Ce passage peut être lent ou rapide. (Romano Guardini, Les Âges de la vie, Paris, Cerf, 1976, p. 41).

Des psychologues et auteurs comme Erickson, Jung, Levinson et Sheehy ont montré que la vie adulte est faite de périodes, de stades qui surviennent principalement autour des décennies (trentaine, quarantaine, cinquantaine, soixantaine). L’idéal est de passer le cap sans trop prolonger l’étape. Les crises à traverser sont vécues différemment selon les contextes socioculturels. Elles poussent la personne à se renouveler de l’intérieur, à découvrir une nouvelle façon d’être. Les éléments déclencheurs sont multiples : une naissance, un décès, une maladie, une rupture, un licenciement, un échec, un changement hormonal, une insatisfaction profonde.

Une opportunité à vivre ­

La crise est donc une opportunité qui permet de trouver un nouvel équilibre. Elle nous conduit normalement à une plus grande maturité et sérénité. Chaque dépassement est ressenti comme des petites morts qui nous dépouillent, des moments pénibles qui nous redéfinissent, des occasions de croissance qui nous aident à renaître, car nous n’avons jamais fini de nous développer, de nous transformer.

Ce livre sur la soixantaine se situe dans la continuité de mon essai La crise de la quarantaine. Il n’y a pas de commune mesure entre ces deux étapes de l’âge adulte. La première, plus tourmentée, est vue comme « une seconde adolescence », une crise du désir où tout est remis en question ; la deuxième, plus sereine, est celle de l’intégration des valeurs, de la récolte de ce que l’on a semé, de la fécondité intérieure. Cette « sérénité dynamique » suppose que la quarantaine a bien été assumée, ni fuie, ni oblitérée, ce qui aurait pour conséquence de fâcheux retours de bâton quelques années plus tard. On ne peut pas toujours vivre coupé de soi-même, sans connaître son désir profond, qui est le désir d’aimer, sans communier à sa source intérieure, sans boire l’eau de son propre puits. Chaque étape réussie est l’occasion d’un retournement intérieur, d’une mutation. Cette transformation nous donne une plus grande énergie, une nouvelle joie, un sens accru de la liberté.

Certains ont pu dire que la vie était séparée en deux : avant quarante ans et après. Selon le psychologue américain, Daniel Levinson, cette étape de la quarantaine est la plus importante des transitions chez l'homme. Ses études empiriques, menées auprès de sujets masculins, ont montré que la pointe de la crise se situe normalement entre trente-huit et quarante-trois ans. Elle peut durer jusqu’à cinquante-cinq ans. Cette phase de transition sert de pont entre le jeune adulte, homme ou femme, et l'adulte de l'âge mûr.

Les Romains appelaient senex l’homme de soixante ans, d’où le joli terme de sénilité. On était vieux à soixante ans, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, bien sûr.

Dans ce livre, il faut comprendre la soixantaine comme un âge qui s’échelonne de cinquante-cinq à soixante-dix ans. Cette période arrive souvent après l’andropause et la ménopause. C’est normalement l’étape de la retraite, le temps d’être grands-parents, le début des signes du vieillissement et de la sécheresse spirituelle pour beaucoup, l’accueil de ses propres limites et de l’acceptation de la mort. Chaque individu vit ce stade à son rythme, selon le bilan qu’il fait de son passé et l’orientation qu’il veut donner à son avenir. Tout dépend de sa santé physique et financière, de son évolution psychologique et de son cheminement spirituel. Cette étape peut être ennuyeuse et pénible si l’on reste inactif et amer, ou épanouissante, si l’on a des projets et que l’on demeure vraiment acteur de sa vie.

La soixantaine affecte autant les femmes, qui ont à faire le deuil d’une certaine jeunesse, que les hommes, qui s’interrogent sur leur virilité. Pensons au succès grandissant des crèmes antirides et des pilules comme le Viagra. À l’heure où les baby-boomers ont déjà pris leur retraite, on remarque une frénésie de vivre qui peut être le signe de la peur de vieillir. Il y a illusion à vouloir jouer le jeu de la performance à un âge où l’éparpillement ne comble plus.

La soixantaine peut être l’occasion d’une plus grande liberté intérieure si nous savons en relever les défis. Cet âge invite à faire le tri de ce que nous avons accumulé, à l’intériorité, au silence qui nourrit l’âme, à l’unité entre les différentes parties de notre être physique, psychique, social, professionnel et spirituel. Le désir d’aimer devient le seul qui importe vraiment. Ses fruits sont l’accueil de soi et de l’autre, l’amitié et la tendresse, la sagesse et la sérénité.

Un guide d’accompagnement

Defis soixantaine

Ce livre se présente comme un guide d'accompagnement pour les personnes qui approchent de la soixantaine ou qui la dépassent. Il ne se réduit pas à des recettes et à des réponses toutes faites, car elles sont différentes pour chacun. L'objectif est simple : comprendre le passage de la soixantaine pour mieux le vivre comme une rencontre avec soi-même, les autres, l’univers, Dieu.

Au premier chapitre, nous passerons en revue quelques caractéristiques des âges de la vie, surtout celles de l’âge adulte : l’enfance et la conscience d’amour, l’adolescence et la quête de sens, la trentaine et l’accueil de la vie, la quarantaine et la crise du désir, la cinquantaine et la force d’un second souffle, la soixantaine et la voie de l’intériorité, la vieillesse et l’approche de la mort.

Je dégagerai, au chapitre suivant, quelques attitudes importantes pour bien passer le cap de la soixantaine : assumer son passé, écouter sa blessure, reconnaître sa faiblesse, accueillir sa fragilité, s’émerveiller, désirer aimer, s’abandonner au désir de Dieu.

Le troisième chapitre sera consacré à l’andropause et à la ménopause, phénomènes naturels qui précèdent l’entrée en soixantaine. L’andropause, beaucoup moins connue que la ménopause et qui est aussi un tournant pour l’homme, sera abordée plus longuement.

La soixantaine est marquée par la retraite et la joie de devenir parfois grands-parents, sujets des chapitres 4 et 5. La retraite : défi ou épreuve ? Elle demande sûrement un réaménagement dans le couple, une gestion du temps qui soit en accord avec le sens que l’on donne à sa vie. C’est une pause pour mieux reprendre son élan. Devenir grands-parents est une joie singulière. Pour le vivre moi-même depuis quelques années, je peux témoigner que tenir dans ses bras l’enfant de son enfant procure des sentiments profonds et nouveaux. Les questions d’appartenance à une famille, d’enracinement, de transmission, d’éveil à la foi, seront traitées en lien avec la vie d’aujourd’hui.

Ce passage de la soixantaine pose aussi la question de la spiritualité, c’est-à-dire de la manière dont la personne vit son expérience humaine et spirituelle. Qui dit spiritualité, dit vie, esprit, souffle, amour, dynamisme, intériorité. La vie spirituelle n’évolue pas parallèlement à notre vie quotidienne, elle est en croissance avec et en nous. Mais que faire lorsque Dieu semble absent ? Au sixième chapitre, nous proposerons dix pistes à suivre pour traverser ce désert spirituel que nous connaissons tous un jour ou l’autre.

J’aborderai au septième chapitre la réalité du vieillissement, en ces temps où l’espérance de vie progresse sans cesse. À quel âge commence-t-on à être vieux ? Certainement pas dans la soixantaine. Mais y a-t-il un art du vieillissement ? Vieillir et vivre peuvent-ils aller de pair ? Comment aborder « la vie montante » en évitant le leurre de la jeunesse ?

Le dernier chapitre sera réservé à « notre sœur la mort », selon l’expression de François d’Assise. Elle est réelle dès la naissance et nous suit tout au long des âges de la vie. L’accepter c’est vivre vraiment, corps et âme. La mort sera présentée dans une perspective chrétienne, c’est-à-dire comme une œuvre d’amour, une nouvelle naissance, une résurrection.

Un poème conclura chacun de ces huit chapitres pour mieux les ouvrir sur un horizon de désir et d’intériorité. La poésie nous tend la main au quotidien comme une amie fidèle pour sécréter du sens et construire l’humain là où il est planté. Nous pouvons faire de la soixantaine une œuvre d’art si nous savons découvrir l’insolite et l’imprévu cachés dans la beauté des jours ordinaires.

Pour aller plus loin: Les défis de la soixantaine (Emmanuel/Novalis).
La crise de la quarantaine (Le Sarment).

Consulter aussi les articles à ce lien de mon site Web: Âges de la vie.  

Marie la vivante
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