École de prière (2): Pourquoi prier?

Pourquoi prier? Y a-t-il une réponse définitive à cette question? Comme la source coule gratuitement sans se demander pourquoi, la prière va son chemin en nous à travers les siècles. Nous n’avons qu’à nous ouvrir à son débit généreux qui veut tout envahir. Mais à quoi bon prier ? Si vous jugez la prière selon des critères de rentabilité, elle peut sembler inutile. Ses effets ne se mesurent pas à l’aune de critères humains. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas efficace. Elle est de l’ordre de la relation et de l’amitié, de la foi et de l’espérance. Dieu, l’amour, la poésie, la beauté sont également inutiles, mais si nécessaires pour vivre. La question « pourquoi prier » renvoie ainsi à cette autre question : « pourquoi vivre » ?

Voici dix raisons de prier. Comme ce sont les miennes, j’aurais pu intituler ce deuxième carnet de l’École de prière : « Pourquoi je prie » ? Les cinq premières raisons concernent plus directement la part de Dieu, les cinq autres manifestent la part humaine. Vous avez certainement d’autres raisons que les miennes, à vous de les écrire.

1  Parce que Dieu est Dieu 

Pourquoi prier ? Je réponds spontanément : Parce que Dieu est Dieu, et que cela me rend heureux. Ce Dieu est révélé par Jésus dans l’Esprit Saint comme étant Père, Lumière, Amour. Ma prière est essentiellement trinitaire et filiale. Je prie Dieu pour ce qu’il est, au-delà de tout ce que nous pouvons en dire ou penser. Il est « notre Père ». Dieu n’est pas pour moi une cause à défendre, un besoin à combler, un rêve à réaliser, mais un Père à aimer, un Fils à écouter, un Esprit à partager.

2  Pour répondre à un appel

Je ne prie pas d’abord parce que cela sert à quelque chose, mais pour répondre à un appel de Quelqu’un qui désire entrer en relation avec moi. Mon désir de prier Dieu est réponse à son désir de moi. La grande pédagogue de l'oraison, Thérèse d’Avila, insistait pour dire que le désir de prier, Dieu l’avait d’abord mis dans le cœur de son enfant. Il désire notre amitié plus que nous et il veut faire de notre âme son paradis. 

3  Pour permettre à Dieu de naître

Par la prière, Dieu naît chaque matin en moi pour qu’apparaisse toujours plus son image. Son regard de Père me tire du néant, me réconcilie avec la douleur d’être jeté dans le temps, moi qui suis fait pour vivre éternellement en lui et avec lui. La foi me permet de le toucher et de me laisser toucher. Dieu me voit comme son enfant bien-aimé, il me connaît au-delà de mes actes, il m’aime tel que je suis, il veut mon bonheur. Son Royaume est au-dedans de moi. Je laisse Jésus continuer en moi sa prière vers le Père dans l’Esprit. 

4  Pour laisser Dieu exister

Je ne prie pas d’abord pour rechercher à tout prix la protection de Dieu ou pour attirer ses bienfaits. Je ne prie pas pour manipuler Dieu ou pour démissionner de mes responsabilités. Je ne prie pas pour infléchir Dieu à faire ma volonté ou pour modifier ses plans. Non, je prie pour le laisser exister en moi afin qu’il me transforme, ce qui est très exigeant, car je lui donne le contrôle de ma vie. Ainsi, en priant Dieu, je prie aussi pour moi et les autres. Je lui donne la liberté de me faire exister en plénitude, pour que j’aime les autres à la manière de Jésus qui, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jean 13, 1.)

5  Pour entrer dans le désir de Dieu

La prière est le haut-lieu du désir et du don. En priant, j’aspire à ce pourquoi je suis créé : aimer et être aimé. Je rencontre un Dieu d’amour qui me cherche plus que je ne le cherche. Ma prière devient une parole désirante en quête de Dieu. Elle m’ouvre à l’inattendu de son Esprit et m’engage à la suite du Christ qui a prié à Gethsémani que la volonté du Père se fasse et non la sienne, même s’il a demandé que la coupe de l’épreuve s’éloigne de lui. Sa prière faisait appel à l’accomplissement du désir de Dieu sur lui. Pâques est la réponse du Père à la prière de Jésus.

6  Pour vivre le mystère de la foi

Nous professons à chaque eucharistie : « Il est grand le mystère de la foi ». Je prie pour communier au Christ qui, aux jours de sa vie terrestre, a sans cesse prié son Père. Un seul baptisé qui prie, qu’il soit dans sa chambre ou en prison, sur la rue ou dans une église, malade ou à l’arrêt de l’autobus, c’est toute l’Église qui prie en lui et avec lui. Ensemble, ils portent le monde. Nous ne sommes jamais seuls avec notre foi.

7  Pour descendre au cœur

Le lieu d’où jaillit la prière est ce que la Bible appelle le cœur, ce lieu intime et profond, cet espace intérieur qui appartient à Dieu et par où je peux entrer en relation d’alliance avec lui. Je descends à ce centre caché où Dieu demeure et je participe à sa vie trinitaire. La prière n’est pas un saut en hauteur, mais une plongée en profondeur. En fréquentant ses sentiers, on retrouve peu à peu le chemin du cœur. On y gagne en légèreté et en profondeur, car nous donnons à notre cœur la part d’enfance qui lui revient.

8  Pour recevoir l'Esprit Saint

Le saint moine russe Séraphim de Sarov affirmait que le but de la vie chrétienne consistait à acquérir le Saint-Esprit. Pourquoi prier? Pour recevoir la lumière de l’Esprit qui donne la vie. Aussi est-il bon au début de toute prière d’implorer l’Esprit : « Viens Esprit Saint ». Toute la prière peut même en rester à cette invocation, elle ne sera pas stérile. Jean Lafrance, un maître de la prière de la deuxième moitié du XXe siècle, priait sans cesse à partir de cette formule toute simple : « Père, au nom de Jésus, donne-moi ton Esprit. »

9  Pour étancher la soif de Jésus

« J’ai soif » criait Jésus sur la Croix. Ma prière est une réponse à la plainte d’un Dieu abandonné qui désire des adorateurs en esprit et en vérité. « L’Amour n’est pas aimé », clamait François d’Assise. En le priant, j’accueille le don de sa présence et je l’entend dans le cœur des plus pauvres, lui qui s’est identifié à eux : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25, 40)

10  Pour devenir un saint

Tous sont appelés à la sainteté, affirme le concile Vatican II. Je prie pour devenir un saint, donc pleinement moi-même, ce qui ne veut pas dire que je vais être canonisé. La prière me rend meilleur, c’est-à-dire plus conscient de ma fragilité et de mon désir d’être uni à Jésus. La sainteté se situe à ce haut degré d’accueil de notre humanité qui se divinise en aimant. C’est une question d’amour, non de perfection. Deviens ce que tu es ! C’est-à-dire un saint, une sainte. Là est notre vocation profonde, et elle s’épanouit dans la prière, jusqu’à être prière.

« Il ne suffit pas d’avoir la prière, il faut devenir, être prière, se construire en forme de prière, transformer le monde en temple d’adoration, en liturgie cosmique » (Paul Evdokimov, L’Orthodoxie).

Pour aller plus loin, je vous suggère: Guide pratique de la prière chrétienne (Presses de la Renaissance, 323 pages); Expérience de la prière (Parole et Silence, 140 pages).

Livres: Laissez-moi l'extase
École de prière (1): le désir

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