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Le blogue de Jacques Gauthier

Thérèse de Lisieux, l'histoire d'une flamme

Après avoir lu l’excellente biographie Sainte Thérèse de Lisieux (Cerf, 2010), de l’ami Guy Gaucher, je m’étais demandé ce qu’on pouvait bien ajouter de plus. Puis arriva la biographie romancée de Luc Adrian, Thérèse de Lisieux. Histoire d’une flamme (Emmanuel), en hommage justement à Mgr Gaucher, décédé le 3 juillet 2014.  

Longtemps journaliste à l’hebdomadaire Famille Chrétienne, l’auteur n’aurait pu imaginer écrire un tel ouvrage sans la détermination de son éditrice Hélène Mongin, fan finie de la grande petite Thérèse. Connaissant Luc et Hélène, ils ont tout donné pour ce projet. Thérèse a fait le reste, les soutenant à sa manière dans les douleurs et les joies de ce merveilleux enfantement.  

Therese L.Adrian

Redécouvrir Thérèse

Ce n’était pas gagné d’avance, car Luc nourrissait des réserves à l’égard des écrits de sa compatriote normande. Nous en avions parlé à Paris en 1997, l’année du centenaire de la mort de Thérèse. J’avais publié un récit de sa vie à la deuxième personne, Toi l’amour. Thérèse de Lisieux, repris en 2022 dans une nouvelle version Le fabuleux destin de Thérèse Martin (Première Partie). Il m’avoua qu’il n’était pas allé plus loin que les premières pages de son Histoire d’une âme, car son style l’exaspérait au plus haut point. 

Le philosophe Emmanuel Mounier affirmait que Thérèse était une « ruse de l'Esprit Saint », soulignant ainsi le paradoxe de cette jeune carmélite aux apparences simples et banales, qui a pourtant révolutionné la spiritualité chrétienne de son temps et démocratisé la sainteté. Déclarée patronne des missions sans avoir quitté son cloître et docteur de l’Église sans diplôme, elle a mené une guerre sans feintise contre l’orgueil. Dépossédée d’elle-même, les mains vides, elle a étanché la soif de Jésus en s’abandonnant à sa miséricorde. L’amour fut sa seule pratique, son unique vocation, obtenant tout ce qu’elle espérait de Dieu, jusqu’à oser l’audace : « Dans le Coeur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour ». 

Luc s’identifiait davantage à saint François d’Assise. Il publia en 2004 Des fleurs en enfer. Fioretti du Bronx, où il raconte le quotidien d’une jeune communauté de franciscains vivant dans un quartier défavorisé de New York. Puis paraissait en 2023 sa biographie à succès, François d’Assise, le chevalier sans armure (Emmanuel). Son éditrice voulut récidiver. Alors que notre marcheur partait avec son épouse en pèlerinage à Assise, Hélène lui suggéra d’apporter Histoire d’une âme, et de commencer à le lire à partir de la troisième partie, qu’on appelle Manuscrit C. Là, ce fut le choc, confie-t-il, dans l’avant-propos de sa biographie :

« Loin de ce que je redoutais – l’autoanalyse complaisante d’une « autrice » exaltée transfigurant ses souffrances en spiritualité doloriste –, je découvris la brûlante confession d’une immense amoureuse. Une amoureuse du feu de Dieu […] Cette lecture fut une rencontre ; cette rencontre me renversa. Le mièvre m’avait masqué la fièvre. Histoire d’une âme était l’histoire d’une flamme – une flamme faite femme. »

Relire Thérèse

Telle est la genèse de cette captivante biographie, divisée en quatre parties et une soixantaine de chapitres. Le pèlerin Luc Adrian se lance sur les pas de Thérèse, fidèle à ses écrits et à la correspondance familiale, sans indiquer les références aux citations authentiques. Il s’imprègne de l’esprit des lieux qu'elle a fréquentés, guidé par des amis thérésiens. Il nous la rend actuelle, dans un langage contemporain, sans les aléas liés à l’IA.  Avec un style alerte, un souffle puissant et un humour raffiné, il dépoussière l’image de la jeune sainte et nous révèle sa modernité intemporelle, son grand désir d’aimer Jésus et de le faire aimer, en dépit de l’écart culturel et spirituel. Il nous transmet la flamme qui la configure au Christ, autant dans son oraison de sécheresse que dans les petits riens du quotidien. Il anticipe nos objections, répond aux questions qu'on peut se poser, avec une tendre complicité. S’il s’attarde sur certains détails, il ne « s’enfarge pas dans les fleurs du tapis », comme on dit au Québec. Il ne coupe pas les cheveux en quatre ; il va à l’essentiel, librement, sans s’interdire « quelques excursions romanesques lorsque le respect de l’Histoire autorisera l’imagination à déployer ses ailes, et que les exigences de la biographie toléreront l’essor de la fiction ».  

Ce livre, plein de feu et de larmes, au ton grave et léger en même temps, relate les deuils successifs de la famille Martin et les souffrances de Thérèse, jusqu’à l’ultime épreuve du voyage au bout de la nuit du néant, « face au mur, les Cieux bandés ». Le saltimbanque des mots s’en donnent à cœur joie, puisant allègrement dans sa culture. Il suffit de relire les titres des chapitres pour y déceler les allusions à des films, livres, tableaux, chansons. On y croise, au détour d’un paragraphe, Rimbaud, Baudelaire, Nietzsche, Péguy, Bernanos, Mère Teresa, Johnny Halliday, Maxime Le Forestier,  et bien d’autres, comme le poète carme saint Jean de la Croix, qui inspira à son humble disciple les mots pour dire son expérience.  

Pour paraphraser Jacques Brel, qui n’est pas mentionné dans l'ouvrage : « De calembours en calembours », Luc arrive avec Thérèse, « À chaque fois plus solitaire », confiant en son Jésus « brûlé d’amour, le cœur en cendres ». S’il grossit parfois le trait, c’est pour mieux respirer l’air pur de sa petite voie de la confiance et de la sainteté. Je pense aux chapitres sur l’explosion raDieuactive du Manuscrit B et la pause récré du Car(a)mel salé. Bon, j’arrête ici pour ne pas divulgâcher les surprises de ce livre passionnant. Lisez-le et vous verrez.

Réjouissons-nous de cette biographie romancée et vraie sur la « plus grande sainte des temps modernes » (Pie X), de son vrai nom, Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face. Avec elle « tout est grâce ». Son trésor spirituel reste sans cesse à découvrir. Nous pouvons l’explorer en fouillant à fond le site Internet des archives du carmel de Lisieux

Merci infiniment, Luc, Hélène et Thérèse, trio dynamique d’une flamme  jaillissant de nuit. Votre livre m’a fait du bien, à cette étape difficile de mon pèlerinage terrestre. Il me renvoie à Histoire d’une âme, que je relis en ce moment, et qui me parle toujours au cœur. N’est-ce pas la plus belle façon de vous exprimer ma reconnaissance ?

Luc Adrian, Thérèse de Lisieux. Histoire d’une flamme, Paris, Emmanuel, 2026, 472 pages, 24€.
Disponible en France le 10 septembre, et au Québec en novembre. 


Pour en savoir plus :
Consulter la liste de mes livres consacrés à Thérèse de Lisieux: mon site web.
Lire mes articles sur Thérèse et la famille Martin: mon blogue.
Voir la liste de mes vidéos sur Thérèse de Lisieux: ma chaîne YouTube

P.S. Je serai en France du 13 au 27 décembre 2026, pour rencontrer des médias à Paris et participer au Salon du livre de Sainte-Anne d'Auray "Un livre à Noël" (19-20 décembre), où je suis invité pour signer des dédicaces et donner des conférences à propos de mon livre Sainte Anne, notre grand-mère du ciel. Je prolongerai mon séjour à Lisieux, vivre Noël avec ma chère Thérèse, et souligner mes 75 ans de grâce, avec la bénédiction de mon épouse.

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Mercredi 2 Septembre 2026

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