Dans le ciel de Mégantic

« L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle », écrivait Saint-Exupéry dans Terre des hommes. Pourquoi faut-il des catastrophes pour nous le rappeler ?

Nous avons été témoins depuis une dizaine de jours d’une éruption de bonté à Lac-Mégantic. « La belle province », éclaboussée depuis des mois par les scandales de la Commission Charbonneau, a retrouvé son cœur, son esprit de famille et d’entraide. Les médias ont abandonné les histoires d’enveloppes brunes pour montrer un autre visage du Québec : compatissant, sensible, solidaire. La main ne sert pas seulement à prendre, mais aussi à tendre l’autre main, sans rien attendre en retour.

Ce qui est donné n’est pas perdu. Du temps, un sourire, un baiser, une accolade, une écoute, une bougie, une prière, un chèque. Il y a eu beaucoup de ces petits gestes cachés qui ont été faits avec amour, loin des caméras. La bonté apparaît autant qu’on la laisse transparaître. Un cœur qui écoute en silence la souffrance de l’autre vaut bien des paroles de consolation.

J’ai vu une mairesse empathique, des travailleurs dévoués, des journalistes émus, des gens affectueux, une église ouverte, un gouvernement Marois efficace. Bien sûr, j’ai vu aussi un président de compagnie en coup de vent, l’impatience et la colère de citoyens, un chemin de fer mal entretenu, le pétrole qui s’écoule, un capitalisme sauvage qui maximise le profit en réduisant les dépenses. Et pourtant, comme l’écrit si bien Camus dans son roman La peste : « il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser ».

Paradoxe : la tragédie nous ramène à notre humanité profonde, à notre finitude. On fait corps avec elle, entre terre et ciel, de jour comme de nuit. On souffre du mal qui afflige l’autre. Alors, on se reconnaît mortel, vulnérable, vrai. On prend conscience qu’un mystère nous habite, que chacun est un mystère pour lui-même, un être capable d’adaptation et de dépassement, d’amour et de résilience.

Les familles endeuillées de Lac-Mégantic vont s’adapter du mieux qu’elles peuvent à leur nouvelle situation. Elles vont bâtir, se dépasser, se découvrir une force intérieure, puisqu’elles vivent. Tant qu’il y aura de l’amour à donner et à recevoir, on se souviendra avec elles que d’autres étoiles se sont rajoutées dans le ciel de Mégantic.

22 juillet: Poème à Marie Madeleine
Quand prière et poésie s'embrassent

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