École de prière (4) Prier avec quoi?

Au blogue Comment prier? Cinq sentiers, nous avons parcouru cinq sentiers de la prière : tu pries comme tu es, comme tu vis, comme tu crois, comme tu aimes et comme tu parles à un ami. Mais on prie avec quoi? Voici cinq supports à la prière : tu pries avec ton désir, ton corps, la Bible, la liturgie, le silence. 

1  Prie avec ton désir

J’ai déjà parlé du désir dans la prière en commençant cette série sur L’école de prière. Dieu parle toujours à travers nos désirs, nos cris, nos demandes. Notre désir, c’est notre prière. Elle commence avec nos joies et nos peines, nos rêves et nos projets. Même si on la délaisse de temps en temps, le désir de prier ne s’éteint pas pour autant.

Tu pries en présentant à Dieu non seulement ce que tu es, mais ce que tu désires être. Ne t’attarde pas trop à tes faiblesses et petitesses, Dieu est ta force et il connaît ta grandeur. Prie avec ton désir d’être, d’aimer et de vivre. Les Psaumes sont remplis de ces désirs qui expriment ce que tu vis.

Dans la prière, tu t’ouvres au désir de Dieu en étant présent à sa présence avec tout ton désir. La prière que tu récites, tu ne la dis pas seulement du bout des lèvres. Que tu répètes intérieurement une prière que tu as apprise ou que tu pries spontanément, ce que Dieu regarde, c’est le désir et l’amour que tu mets dans ta prière.

Tu me dis que tu arrives difficilement à te recueillir, que tu as l’impression d’être dans le vide, que ton esprit part dans toutes les directions. C’est normal, comme nous le verrons dans d’autres articles de notre école de prière. Tu peux t’aider d’une image ou icône, d’un verset biblique, d’une musique, du nom de Jésus que tu répètes intérieurement, et tu peux prier à partir de tes distractions, au lieu de vouloir les chasser sans cesse. À toi de voir ce qui t’aide dans la prière et quel est ton désir. Tu veux peut-être trop en faire, ou bien tu vois Dieu comme quelqu’un de compliqué qu’il faut impressionner, satisfaire, amadouer. La prière est comme Dieu, tellement simple : c’est un regard, un désir, une parole, un silence, un soupir. Elle est fondamentalement repos, grâce, don.

2  Prie avec ton corps

La place du corps est centrale dans la prière, j’ai d’ailleurs écrit un livre sur ce sujet : Prier avec son corps. Pour le moment, sache que ton corps peut être un allié qui exprime et soutient ta prière. C’est avec lui et par lui que tu pries, ne le néglige pas. Nourris-le bien et donne-lui le repos dont il a besoin. Il peut te gêner ou t’aider selon les saisons et les années. Écoute-le et tu sauras qu’elle est la posture qui te semble la meilleure pour exprimer ta relation à Dieu, pour que ta prière s’élève comme l’encens. « Que ma prière devant toi s’élève comme un encens, / et mes mains, comme l’offrande du soir » (Psaume 140, 2) .

Un moine m’a déjà dit que prier c’est savoir s’asseoir. Il n’avait pas tort. En étant bien assis et immobile, la colonne vertébrale droite, je prie mieux. Les maîtres spirituels de l’Orient l’ont bien compris. Une bonne posture assise aide mon esprit à se recueillir et à être attentif à la présence de Dieu. Dans ce dessein, j’utilise un petit banc de prière.

Si, dans les grandes traditions, la position assise exprime surtout l’attente, l'écoute et la méditation, la position à genoux exprime la supplication, le repentir, l'adoration. Il y a aussi la position des mains, jointes ou levées, et aussi la posture debout. Pour le chrétien, la station debout signifie qu’il est déjà ressuscité dans le Christ. À chacun de trouver la posture qui lui convient dans la prière. Et si tu t’endors en priant, ne te scandalise pas : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Psaume 126, 2).

Il n’y a pas d’espace vide de Dieu, pas de temps perdu que son amour ne féconde. Il aime autant ses enfants lorsqu’ils dorment que lorsqu’ils sont éveillés, écrivait Thérèse de Lisieux, qui sommeillait souvent dans ses oraisons tant elle était fatiguée. Elle se rappelait que Jésus avait dormi dans la barque, alors que la tempête faisait rage et que ses disciples paniquaient.

Prier avec son corps, c’est aussi prier avec sa fatigue, sa lassitude, son manque d’énergie et d’attention. Ne pas se crisper, accueillir le Christ qui veut agir en soi, à sa manière, voilà le secret. Il n’est que paix. Quand je fixe mon regard sur lui, il me repose et apaise mon âme. Je réponds à son invitation : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerez le repos » (Matthieu 11, 28). C’est la manière de Jésus de me souhaiter bon repos ou bonne prière.

3  Prie avec la Bible

Dieu parle et cela est. La prière est une réponse à cette parole créatrice que je lis et entends, médite et contemple, individuellement ou en groupe. Je ne prie pas dans le vide avec la Parole qui donne un contenu à ma prière, qui alimente le dialogue avec les mots même de Dieu. Elle me rappelle que Dieu n’est pas lointain, c’est une présence au fond de moi.

Prends donc l’Évangile ou un psaume ; un seul verset peut allumer ta prière et l’embraser aux dimensions du monde. Et puis Jésus nous a laissé cette belle prière du Notre Père lorsque tes mots ne suffisent plus, quand le silence est trop lourd et que l’on tourne en rond en priant.

Mais comment prier avec la Parole, me diras-tu? J’en ai donné des exemples dans mon livre Notre cœur n’était-il pas brûlant? La tradition chrétienne parle de quatre exercices de l’être spirituel qui sont comme quatre degrés de la prière : lecture spirituelle, méditation, prière, contemplation. On cherche en lisant et on trouve en méditant; on prie et on contemple dans une attention amoureuse à Dieu.

Tu te recueilles quelques minutes, puis tu lis un verset ou une scène de l’Évangile, comme Jésus qui marche avec les disciples d’Emmaüs (Luc 24, 13-35). Tu lis lentement dans ton cœur comme si tu « mâchais » le texte. Tu désires comprendre ce que tu lis, écouter ce que Dieu veut te dire. Tu peux t’aider d’un commentaire d’un spécialiste, mais l’important est d’en faire une lecture « priante » en cherchant ce que le texte te dit aujourd’hui. Tu médites et goûtes ce que tu lis. Tu ne voltiges pas comme un papillon en allant d’un texte à l’autre, mais tu t’arrêtes comme l’abeille qui retire le suc de la fleur.

La méditation permet une écoute attentive de l’Écriture. La prière te détache du texte et creuse le désir de cheminer avec Jésus comme les pèlerins d’Emmaüs, de l’inviter chez toi, de le rencontrer, de le reconnaître à la fraction du pain. Même si rien ne semble se passer dans ta prière, Dieu passe quand même et tu peux le contempler dans le silence de ton cœur. Dans la prière, tu te recueilles, dans la contemplation, c’est l’Esprit de Dieu qui te recueille. Ce n’est plus ton activité, mais celle de Dieu. Il peut se manifester par un silence pacifiant qui envahit tout. Cela arrive assez rarement, j’en conviens, notre prière étant plus souvent au ras des pâquerettes. Mais la prière contemplative n’est pas pour autant l’apanage des moines et des moniales. Dieu est libre de ses dons.

Lorsque tu termines ta lecture priée, tu restes dans cette paix du cœur pour mieux la donner aux autres. Tu peux aussi noter sur un cahier quelques idées ou prières.

Dans son message pour la XXIe Journée mondiale de la Jeunesse, qui avait lieu le 9 avril 2006 dans les diocèses, le pape émérite Benoît XVI invitait les jeunes à prier avec la Bible, selon l’antique tradition de la lectio divina :

« De la lectio, qui consiste à lire et relire un passage de l'Écriture Sainte en en recueillant les principaux éléments, on passe à la meditatio, qui est comme un temps d'arrêt intérieur, où l'âme se tourne vers Dieu en cherchant à comprendre ce que sa parole dit aujourd'hui pour la vie concrète. Vient ensuite l'oratio, qui nous permet de nous entretenir avec Dieu dans un dialogue direct, et qui nous conduit enfin à la contemplatio; celle-ci nous aide à maintenir notre cœur attentif à la présence du Christ, dont la parole est une « lampe brillant dans l’obscurité, jusqu'à ce que paraisse le jour et que l'étoile du matin se lève dans nos cœurs » (2 Pierre 1, 19) ». 

4  Prie avec la liturgie

Un ami me disait l’autre jour : « Moi, je prie chez moi, je n’ai pas besoin d’aller à l’Église. » Des enquêtes le montrent, les gens prient même s’ils ne fréquentent pas les assemblées. Peut-être ont-ils été déçus par des prêtres ou l’Église en général, ou bien craignent-ils le jugement des autres s’ils s’affichent comme catholiques pratiquants, ou encore ne se reconnaissent-ils plus dans une Église qui ne répond pas à leur soif de spiritualité, peut-être se méfient-ils du langage institutionnel de l’Église jugé trop éloigné de leur vécu, ou ignorent-ils tout simplement la richesse des grands maîtres spirituels chrétiens. Ces raisons et bien d’autres peuvent expliquer qu’il y a beaucoup de chrétiens « hors les murs » de l’Église.

Il est vrai que l’on n’est pas obligé d’être dans une église pour prier, puisque le cœur est le sanctuaire de la prière. Le starets Silouane (saint moine orthodoxe du mont Athos) écrivait que pour celui qui prie, le monde entier devient église. Tu peux prier n’importe où, n’importe quand, dans ta chambre ou à la piscine.

Mais le Seigneur te donne aussi de le rencontrer dans la célébration liturgique. La liturgie et la prière personnelle ne sont pas opposées, mais s’interpénètrent comme le levain dans la pâte. La liturgie et les sacrements ont toujours été considérés comme des lieux privilégiés de la rencontre du Christ ressuscité. Pourquoi n’irais-tu pas puiser à cette source qui ouvre ta prière aux autres en lui donnant des mots qui la nourrissent de l’intérieur ? Au concile Vatican II, la liturgie a été définie comme le « sommet auquel tend l’action de l’Église, et en même temps, source d’où découle toute sa vertu ».

La liturgie est un faire qui t’aide à être prière. Par ses rites, paroles, gestes, chants, musiques, la liturgie enseigne à prier tout en proposant une expérience. Par la liturgie eucharistique, entre autres, la Parole et le Pain sont donnés pour que l’on fasse église, c’est-à-dire communauté, « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». On passe du je de sa prière au nous de l’Église : « Prions le Seigneur. »

La liturgie de l’Église est essentiellement célébration. Elle se vit dans le corps et dans une culture donnée, le dimanche et chaque jour de l’année. Elle est célébration du mystère pascal dans le temps et l’espace, avec la parole et la musique, durant toute l’année liturgique. C’est une fête de toutes les couleurs qui marque les grands passages de la vie : baptême, confirmation, eucharistie, réconciliation, mariage, ordre, onction des malades.

Diverses formes de prière communautaire peuvent irriguer ta prière personnelle : célébration de la Parole, prière charismatique, pèlerinage, bénédictions quotidiennes, rosaire, la liturgie des Heures, qu’on appelle aussi l’Office Divin, et que l’on retrouve dans le livre Prière du temps présent. Il est important de respecter les temps de silence dans ces célébrations pour mieux intérioriser ce qui est dit et fait.

5  Prie avec le silence

Le silence dont il est question ici est d’abord intérieur avant d’être extérieur. Il n'est donc pas tant l'absence de paroles qu'une présence amoureuse au mystère, une communion à ce qu’il y a de plus sacré, de plus profond en nous. On peut très bien goûter ce silence en plein métro à l’heure de pointe ou être envahi par les bruits intérieurs dans un monastère éloigné du monde. Le Père n’a prononcé qu’une Parole, son Fils, le Verbe fait chair, mais c’est dans un silence éternel, et c’est dans le silence d’amour que nous pouvons mieux l’entendre. La bienheureuse Marie de l’Incarnation, mystique canadienne, disait que « le silence est un parler sacré dans lequel on goûte l’amour. »

Le silence est à la prière ce que l’eau est au poisson : un espace vital. Il éveille le cœur et met en présence du mystère de Dieu. La parole naît du silence et y retourne. Un silence tout d’attente, simple attention à la présence, communion à ce qu’il y a de plus sacré en toi, éveil à Dieu. Tu peux le désirer, l’accueillir, le cultiver. Ce silence habité se vit surtout dans l’oraison intérieure, appelée aussi prière contemplative. Le but recherché est toujours le même : l'union avec Dieu présent au centre de l'âme.

Les grandes actions de Dieu s’accomplissent dans le silence, et c’est dans le silence que l’on peut mieux les accueillir, à l’exemple de Marie qui retenait ces événements et les méditait dans son cœur (Luc 2, 19). À Noël, alors « qu’un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course » (Sagesse 18, 14), on célèbre l’incarnation de la Parole de Dieu dans notre chair. Durant le temps du Carême et de Pâques, on fête la rédemption, la victoire définitive du Verbe de vie sur la mort. Heureux silence qui nous fait pleurer des larmes de reconnaissance.

De nuit en nuit, de silence en silence, nous entrons dans ces grands gestes de ce Dieu trinitaire qui habite en nous. Nous sommes témoins du Verbe silencieux, Parole du Père, qui instruit au désert de notre coeur. Avec Marie la silencieuse, tellement écoute de la Parole que le Verbe se fait chair en elle, nous méditons cet enfantement du Christ en nous, de la crèche au Calvaire. Nous célébrons la joyeuse lumière du Père, cette clarté généreuse qui ne fait pas de bruit, comme une chandelle.

Le silence montre comment prier, si on lui fait de la place. Même au cœur des décibels de la cité, il peut nous renouveler comme la source du premier matin pascal. Il suffit seulement de fermer les yeux quelques minutes, de se recueillir en silence là où l’on est, et dire à Dieu que nous l’aimons. Qu’importent les distractions, en lui tout est silence, et il te regarde avec amour dans le secret du cœur. « Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra » (Matthieu 6, 6).

Pour aller plus loin, je vous suggère: Guide pratique de la prière chrétienne (Presses de la Renaissance, 323 pages); Expérience de la prière (Parole et Silence, 140 pages).

Méditation biblique: l'enfant prodigue
Dernière audience de Benoît XVI

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