École de prière (76) Méditation chrétienne et prière de silence

Dans le christianisme, la méditation signifie surtout deux choses : une forme de prière intérieure et une manière de « ruminer » la Parole de Dieu, appelée lectio divina. La première forme est appelée oraison ou prière contemplative, et s’est surtout développée à partir des écrits de Thérèse d’Avila et de Jean de la Croix. La lectio divina d’abord été pratiquée chez les Pères de l’Église et les moines. Les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola sont une autre manière de méditer la Parole de Dieu.

Se tenir au centre

C’est le mérite du moine bénédictin John Main (1926-1982), et de son fils spirituel Laurence Freeman, d’avoir rendu accessible une forme de prière très simple qui remonte aux premiers siècles de l’Église et qu’on avait un peu oubliée. Pour Main, le mot « méditation » veut dire : se tenir au centre de notre être, c’est-à-dire en Dieu. Il va s’appuyer sur ce que dans l’hindouisme on appelle un « mantra », un son sans signification. Il suggère à tous « Maranatha » (mot araméen qui signifie : « Viens, Seigneur Jésus ! » (1 Co 16, 22). Ce mot sacré, répété doucement dans le silence du cœur pendant vingt-cinq minutes, sans remuer les lèvres et sans s’arrêter sur son sens chrétien, aide la personne à se tenir en paix en son centre, malgré les distractions et les images.

Le bénédictin conseille de ne pas s’arrêter aux sentiments d’amour que nous pouvons avoir pour Dieu durant la méditation, mais de revenir sans cesse au mantra chrétien. À mon avis, et d’après quelques confidences que j’ai reçus de « méditants » lors de mes retraites sur l’oraison, cela peut causer à la longue un vide intérieur et affectif. Cette méthode est très exigeante, car elle plonge volontairement le psychisme de la personne dans la nuit sans nourrir son cœur, l’invitant à se détacher de tout sentiment et de toute pensée. 

L’Esprit Saint est beaucoup plus libre dans ses motions; il peut suggérer des mouvements de l’âme, comme des élans d’amour ou des larmes, que nous ne devons pas refouler. Je pense qu’il vaut mieux à ce moment-là cesser de répéter le mot-prière pour laisser s’épancher son cœur, lieu de la présence de Dieu, puis revenir de nouveau au mot-prière, si l’Esprit Saint nous le suggère. Lui seul donne le silence intérieur qui comble et transforme. Reconnaissons à John Main d’avoir proposé une méthode simple de méditation à des gens qui ne priaient pas en silence. 

Priere silence

La prière de silence

Dans son livre Centering Prayer, le moine cistercien Basil Pennington (1931-2005) évoque une pratique de méditation qui consiste à se laisser rejoindre par Dieu au centre de l’être. Le titre se prête à plusieurs traductions : prière centralisante, prière de recentrement, prière de consentement, prière de silence.

L’auteur conseille d’abord de choisir une posture confortable pour disposer le corps à l’attention à Dieu. Il suggère ensuite d’utiliser un mot-prière qui fixe notre attention et exprime l’intention de consentir à la présence de Dieu en soi. Ce mot peut être Jésus, amour, Abba, que l’on répète en toute humilité, sans effort et avec douceur. Nous plongeons dans l’acceptation de la volonté de Dieu en nous. Il nous prend toujours là où nous sommes afin de nous conduire où il veut. Faisons lui confiance. Si au cours de cette forme d’oraison nous avons des distractions, nous retournons simplement, doucement, au Dieu présent en nous, à l’aide du mot-prière.

Contrairement à la méditation chrétienne de John Main, celle que propose Pennington est moins contraignante. Il affirme que nous pouvons laisser tomber le mot-prière lorsque nous arrivons dans un état profond de silence. Il suggère aussi d’exprimer notre amour au Seigneur si nous en ressentons le besoin, puis de revenir au mot-prière, sans effort, s’il nous aide à demeurer avec le Seigneur.

Cette prière de silence ressemble à ce qu’on appelle « la prière du cœur », où l’on répète intérieurement le nom de Jésus en toutes circonstances jusqu’à ce qu’il pénètre totalement notre cœur. Elle est connue en Orient chrétien par « l’hésychaste », mot grec qui signifie tranquillité, paix de l’union à Dieu. Elle est aussi appelée la prière de Jésus, popularisée en Occident par le livre Les récits du pèlerin russe. Cette prière consiste à prononcer mentalement cette invocation qui peut varier : « Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi, pécheur ».

La prière de silence se rapproche également de l’oraison silencieuse où nous sommes là pour Dieu, présents à sa Présence, en ne faisant rien, sinon l’aimer dans la simplicité du cœur et le détachement des pensées. On consent au règne de Dieu que le Christ est venu établir au-dedans de nous. « Voici que le règne de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17, 21).

La dimension contemplative de l’Évangile

La « prière de recentrement », ou de « consentement », a aussi été enseignée par un autre moine cistercien, Thomas Keating, né aux États-Unis en 1923. Il propose lui aussi un dépassement des pensées et des images par un mot-prière pour mieux favoriser l’intériorité en Dieu et développer la dimension contemplative de l’Évangile. Ce mot peut être remplacé par un simple regard intérieur vers Dieu ou par la conscience de notre respiration en communion à l’Esprit Saint.

La prière de consentement est fondée sur la conviction que l'Esprit est présent en nous et que son inspiration est continue, inépuisable. Pour Keating, quand l'Esprit prie en nous et que nous y consentons, cette prière se transforme en contemplation de l’amour de Dieu. 

Thomas Keating insiste pour dire que la prière de consentement, ou de silence, n’est pas une technique de relaxation, même si elle peut apporter une certaine détente, mais une discipline où l’on approfondit la relation à Dieu. Elle met l’esprit au repos en gardant l’attention au mystère intérieur de la présence de Dieu, même si, comme l’a bien montré le père Henri Caffarel, l’attention et le silence ne sont pas le but de l’oraison, mais l’union à Dieu dans la foi. C’est un exercice de foi, d’espérance et d’amour désintéressé qui ne se limite pas à la présence « ressentie » de Dieu. Ce n’est pas non plus une méditation discursive ni une prière spontanée, mais simplement un repos en Dieu au-delà des pensées, des mots et des émotions.

Cet article est paru dans la revue Le Verbe, hiver 2019, p. 74-75. Il  s’inspire d’une annexe de mon livre Henri Caffarel, maître d’oraison, Cerf / Novalis, 2017, p. 127-136. 

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