La Fête-Dieu: l'amour de l'Eucharistie

L’adoration et la procession eucharistiques, surtout à l’occasion de la solennité du Corps et du Sang du Christ, appelée aussi Fête-Dieu, manifestent la présence du Christ au milieu de son peuple et expriment notre merci du don de sa vie. (Voir la vidéo de 2 minutes sur le sens de la Fête-Dieu).

En Église

Il y a plusieurs manières de se mettre en présence du Seigneur et de l’adorer : la simple visite au Saint Sacrement présent dans le tabernacle, l’adoration du Saint Sacrement exposé dans l’ostensoir pour une durée brève ou prolongée, l’adoration perpétuelle qui mobilise toute la communauté, la procession du Très Saint Sacrement dans certaines paroisses le jour de la Fête-Dieu ou lors d'un pèlerinage.

Corpus Chrisit 2014

Ces formes de dévotion eucharistique nous préparent à la célébration du mystère pascal, qu’est l’Eucharistie, et la prolonge. Elles renvoient à l’ensemble de la communion ecclésiale, puisque nous sommes les membres du corps du Christ. Benoît XVI le rappelait dans l’exhortation post-synodale sur l’Eucharistie, Le sacrement de l’amour :

« Le rapport personnel que chacun des fidèles instaure avec Jésus, présent dans l'Eucharistie, le renvoie toujours à l'ensemble de la communion ecclésiale, en nourrissant en lui la conscience de son appartenance au Corps du Christ. C'est pourquoi, outre le fait d'inviter chaque fidèle à trouver personnellement du temps à passer en prière devant le Sacrement de l'autel, il est de mon devoir de solliciter les paroisses elles-mêmes et les autres groupes ecclésiaux pour que soient promus des moments d'adoration communautaire. Évidemment, les formes déjà existantes de dévotion eucharistique conservent toute leur valeur. Je pense, par exemple, aux processions eucharistiques, surtout à la traditionnelle procession de la solennité du Corpus Domini, à la pieuse pratique des Quarante-Heures, aux congrès eucharistiques locaux, nationaux ou internationaux, et aux autres initiatives analogues. Opportunément rénovées et adaptées aux diverses circonstances, de telles formes de dévotion méritent d'être aujourd'hui encore cultivées ». (n. 68).

Le ciel sur la terre

La présence eucharistique, c’est le ciel sur la terre, disait saint Jean-Paul II. Tout se tait. On ne peut pas comprendre pleinement cette présence du Christ qui se cache à notre regard, mais nous pouvons adorer. On rend ainsi un culte à Dieu en dehors de la messe.

Le dominicain Bernard Bro raconte comment le salut du Saint Sacrement, qui précédait chaque conférence du Carême à Notre-Dame de Paris, était ce qui le soutenait le plus lorsque venait pour lui le temps de prendre la parole : « Plus rien n’existait. La foule entière se recueillait. Une présence était plus forte que tout. Il ne s’agissait plus de savoir ce qu’il convenait de dire, je pouvais compter sur cette « Présence », celle du Christ. » (La libellule ou le haricot, Presses de la Renaissance, 2003, p. 560.)

Devant la « Présence », le regard est tourné vers « Quelqu’un » qui se voile par amour. Il est purifié par le recueillement, par la gratuité du don, par l’abandon en Celui qui veut sauver tous les hommes. En ce sens, l’adoration eucharistique est une école de contemplation où nous sommes invités à voir de l’intérieur tous les êtres en Dieu. Sa grâce prime sur tout, puisque nous ne faisons rien, sinon d’être là, dans le silence de l’Invisible, qui n’est pas un silence vide mais une communion au mystère du Christ mort et ressuscité. Le Christ a l’initiative absolue, nous n’avons qu’à nous abandonner et à nous laisser transformer en lui, ce qui est tout un renoncement pour notre raison qui a l’habitude de vouloir tout contrôler. Et pourtant, quelle ivresse, chante Thérèse de Lisieux dans son poème Mon Ciel à moi :

Mon Ciel, il est caché dans la petite Hostie
Où Jésus, mon Epoux, se voile par amour
A ce Foyer Divin je vais puiser la vie
Et là mon Doux Sauveur m’écoute nuit et jour
Oh! quel heureux instant lorsque dans la tendresse
Tu viens, mon Bien-Aimé, me transformer en toi
Cette union d’amour, cette ineffable ivresse
Voilà mon Ciel à moi!… (Œuvres complètes, Cerf/DDB, 1992, p. 715.)


Le témoignage des saints

Le grand apôtre de l’Eucharistie, saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868), fondateur des Congrégations des Religieux et des Servantes du Saint-Sacrement, constatait que les catholiques manquaient de foi et d’amour envers le Christ et l’Église parce qu'ils n'aimaient pas assez l'Eucharistie. Il voulait des adorateurs et des incendiaires qui rayonnaient du feu eucharistique. En octobre 1851, il écrivait à Mme Tholin-Bost, qui avait créé l’Association de l’Adoration du Saint Sacrement à domicile: « J’ai souvent réfléchi sur les remèdes à cette indifférence universelle qui s’empare d’une manière effrayante de tant de catholiques, et je n’en trouve qu’un: l’Eucharistie, l’amour à Jésus Eucharistique. La perte de la foi vient de la perte de l’amour. » (Voir Correspondance 286 dans Œuvres complètes).

pierre julien eymard pk2  

Cette constatation du Père Eymard vaut aussi pour notre époque où tant de catholiques n’accueillent pas assez le don de Dieu qu’est l’Eucharistie. Pour saint Pierre-Julien, l’Eucharistie est « Jésus passé, présent et futur ». Les papes récents ont témoigné eux-mêmes de leur amour de l’Eucharistie. Dans son encyclique du Jeudi Saint 2003, L’Église vit de l’Eucharistie, saint Jean-Paul II confiait :

« Il est bon de s’entretenir avec Lui et, penchés sur sa poitrine comme le disciple bien-aimé (Jn 13, 25), d’être touchés par l’amour infini de son cœur. Si, à notre époque, le christianisme doit se distinguer surtout par «l’art de la prière», comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d’amour, devant le Christ présent dans le Saint-Sacrement? Bien des fois, chers Frères et Sœurs, j’ai fait cette expérience et j’en ai reçu force, consolation et soutien!» (n. 25).

Le pape François témoigne également de l’importance de la prière et de l’adoration dans son exhortation La joie de l’Évangile :« Sans des moments prolongés d’adoration, de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur, les tâches se vident facilement de sens, nous nous affaiblissons à cause de la fatigue et des difficultés, et la ferveur s’éteint. L’Église ne peut vivre sans le poumon de la prière, et je me réjouis beaucoup que se multiplient dans toutes les institutions ecclésiales les groupes de prières, d’intercession, de lecture priante de la Parole, les adorations perpétuelles de l’Eucharistie » (n. 262).

Pour François, l’Eucharistie est « un généreux remède et un aliment » offerts à tous, surtout les plus faibles. « Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile » (n. 47).

Lors de l’audience générale du 3 juin 2015, place Saint-Pierre, il a invité les visiteurs de langue française à renouveler leur amour de Jésus présent dans l'Eucharistie : « Je vous invite à renouveler votre louange et votre adoration envers Jésus présent dans l’Eucharistie, afin que nos vies, nos sociétés et nos familles en soient illuminées. »

Lire également de mon blogue, L’adoration eucharistique : douze conseils.

Pour aller plus loin: L'Eucharistie, source de la prière chrétienne ; Guide pratique de la prière chrétienne. Vidéo de 2 minutes sur le sens de la Fête-Dieu, réalisée par l’Église catholique de Québec.

École de prière (31): Le Coeur de Jésus
Qui est Dieu pour moi?

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