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Le blogue de Jacques Gauthier

Prier 15 jours avec Patrice de La Tour du Pin

Voici la nouvelle édition revue et corrigée de mon livre Prier 15 jours avec Patrice de La Tour du Pin, publié en 1999 chez Nouvelle Cité dans leur collection bien connue "Prier 15 jours". Il était épuisé depuis un certain temps, comme mes trois autres ouvrages sur la vie, l'oeuvre et les hymnes liturgiques de La Tour du Pin. Ce fut pour moi un retour aux sources que de reprendre ce livre-guide, qui veut aider à prier quinze jours avec le "jardinier des mots", à suivre les sentiers de son itinéraire spirituel. J'ai gardé le même plan de rédaction, tout en ajoutant quelques  éléments nouveaux, dans le but de mieux entrer en dialogue avec l'oeuvre du théopoète et de se laisser habiter par sa quête du Dieu de joie, le Christ pascal. L'objectif est de passer quinze jours en compagnie de ce "prince de la spiritualité", à la manière de ces temps de retraite qui ouvrent une brèche dans notre univers quotidien. « La retraite que je vous propose ne se trouve pas dans l'espace, mais au plus intime, et la solitude n’y est pas un isolement. » (Une Somme de poésie I, p. 201)

Patrice Prier 15

 

Repères biographiques 

La vie de Patrice de La Tour du Pin (1911-1975) a donné corps à la matière d'Une Somme de poésie en trois Jeux, publiés chez Gallimard, selon la version définitive du poète après sa mort: Le Jeu de l'homme en lui-même (1981), Le Jeu de l'homme devant les autres (1982), Le Jeu de l'homme devant Dieu (1983). Toute sa vie, il restera fidèle à ce projet unique d'écriture, ce qui est assez rare en littérature. Cette vie est concentrée en une quête du Christ, qu'il mène surtout dans les forêts du Gâtinais, au château du Bignon-Mirabeau. Le poète exprime cette recherche avec des mots capables d'ouvrir les cœurs de ses « confidents », les hommes et les femmes du XXe siècle. Sa quête l'entraîna sur les routes d'une aventure spirituelle des plus profondes et des plus originales. 

Vers l'âge de onze ans, le jeune Patrice écrit sur un cahier qu'il fera une œuvre spirituelle. Il sait qu'il est destiné à la poésie, mais il le cache aux siens, publiant en secret ses premiers poèmes.  Plus tard, il obtient un certificat de Lettres en Sorbonne et, curieusement, entre à l'école des Sciences Politiques de Paris (1930-1932). Il n'y manifeste pas beaucoup d'intérêt. Ces années lui permettent surtout de s'initier à la poésie.  

  En 1931, Jules Supervielle accueille un de ses textes célèbres, Les Enfants de septembre, dans la Nouvelle Revue Française. Puis, c'est la gloire à vingt-deux ans avec la parution de La Quête de joie (1933). Tous le saluent comme un grand poète, ayant déjà « son univers » (Gide, Montherlant, Guibert) Pendant quarante ans, il restera fidèle à l'écriture des trois Jeux de sa Somme de poésie

  Mobilisé dès le début de la guerre, comme lieutenant de cavalerie, il est blessé à la tête, le 16 octobre 1939. Retenu prisonnier dix mois dans un château avec d'autres officiers, puis mené en Silésie à l'Oflag IV D où il demeure trois ans, il écrit une douzaine de livres du Premier Jeu, bâtissant dans son cloître intérieur sa cathédrale de papier.  

  Il songe au sacerdoce et à la vie monacale, mais un religieux lui dit avec humour qu'il lui faudrait alors fonder son propre ordre. Ce n'est qu'en rêve qu'il pense à celle qu'il pourrait aimer, sa cousine germaine, Anne de Bernis. Ils se marient en octobre 1943. Le Bignon, pillé par la guerre, est leur demeure familiale. Quatre filles dérideront ce vieux Bignon: Marie-Liesse, Anne-Dauphine, Aude et Laurence. Avec son épouse, le poète réalise l'heureuse synthèse entre l'amour humain, la création littéraire et la foi chrétienne.   

  En 1946, il rassemble tous ses livres en Une Somme de poésie. C'est la parution attendue du Premier Jeu, le Jeu de l'homme en lui-même. Les critiques sont élogieuses. Ce Jeu naît des souvenirs de son enfance. L'appel de la poésie, au service de l'homme, l'amène à une vocation littéraire. Il est quêteur de joie au royaume de l'homme.  

  L'écrivain entreprend le Second Jeu dans un état de désert intérieur qui le prive de l'écriture poétique. Il répond à une deuxième vocation : vivre un service particulier de Dieu. C'est le Jeu de l'homme devant les autres. Il traverse de longues années de maturation, attendant patiemment la moisson. Il avance vers ce « dimanche » dont il aperçoit les lueurs, mais c'est de nuit. Un appel de Dieu, au détour de rares poèmes, lui donne une vocation prophétique de compositeur de prières. Sa vocation, liée à la vérité de l'être, dépasse la littérature. Le Second Jeu sera publié en 1959.  

  Patrice vit au Bignon avec sa famille en toute simplicité. Il travaille le matin à son œuvre, besogne au jardin l'après-midi, alliant le corps et l'esprit en une tendre complicité. Il siège au conseil municipal de son village du Loiret. Il fuit les milieux littéraires; il se sent plus artisan qu'artiste, homme de l’être qu’homme de lettres. En 1961, il reçoit le Grand Prix de poésie de l'Académie française. Il refusera constamment d'être élu à cette « noble » Académie, simplement parce que ça ne l'intéresse pas.  

  C'est tout le contraire lorsque l'Église, au lendemain du concile Vatican II, l'appelle à faire partie de la commission de cinq membres choisis par l'épiscopat pour traduire en français les textes liturgiques. C'est un grand événement dans sa vie. L'Église l'invite à s'asseoir au milieu des experts de la Parole. Il consacre dix ans (1964-1974) à ce travail de traducteur et de créateur d'hymnes, sans toutefois délaisser sa Somme. Il réserve les mots jugés trop personnels pour le Jeu de l'homme devant Dieu, qui est le Jeu théopoétique par excellence.

  Dans ce Troisième Jeu, le poète s'ancre dans l'année liturgique tournée vers le mystère pascal. L'appel de l'Église le fait entrer dans une vocation liturgique. Il est quêteur du Christ au royaume de Dieu. Par la théopoésie, d'où le sens mystique de ce Jeu, la poésie est désormais au service de la foi. Une Somme de poésie apparaît alors comme une tentative d'approche de Dieu, d’ouverture à sa grâce, dont la finalité est l'état d'homme eucharistique. 

La Tour du Pin devient le premier écrivain laïc à voir ses hymnes enchâssées dans la prière officielle de l'Église de la liturgie des Heures. Il renouvelle ce vieux genre littéraire en lui apportant un souffle nouveau qui unifie les strophes entre elles, rechargeant les mots d’un sens poétique et théologique certain. Ses hymnes figurent dans le livre Une lutte pour la vie, au centre du Troisième Jeu. Ce livre, publié en 1971, lui vaut le Grand Prix de littérature catholique. 

  Les dernières années de sa vie sont occupées à une refonte totale d'Une Somme de poésie, en vue d'une édition définitive. Il pressent que le temps se fait court. Il se départit de quelques biens matériels. Il veut terminer Le Troisième Jeu par une Grand-Messe de la Résurrection. Un cancer du pancréas laissera « la cathédrale inachevée ».  

   Le quêteur du Dieu de joie meurt à Paris le 28 octobre 1975. Les mots que le Christ a semés en lui portent un fruit qui demeure. Sa présence reste vivante et féconde, au-delà de la mort. Sa prière se perpétue partout où des croyants chantent ses hymnes. Elle accompagne les vivants de ce temps dans leur voyage intérieur sur les routes du monde, où la spiritualité du Dieu-fait-chemin-pour-nous coule de source.  

Itinéraire spirituel 

Patrice est un homme du XXe siècle, ne l'oublions pas. Il dialogue avec la culture de son temps, si souvent indifférente à la foi chrétienne. Il expérimente la nuit de ses contemporains, celle de l'apparente absence de Dieu et du prétendu silence de son Christ. Il mène sa quête en solitaire et en Église, croisant les pas d'autres chercheurs. 

Les textes et les commentaires que je propose dans ce Prier 15 jours avec Patrice de La Tour du Pin tournent autour du fil conducteur de la quête du Christ, tel un foyer irradiant la lumière du Ressuscité. Une courte prière extraite des Psaumes de tous mes temps (Salvator, 2018) conclue chaque journée, comme pour en prolonger l'écho. Il ne s'agit pas seulement de lire ces textes, parfois difficiles, mais de les méditer, en donnant le temps aux mots d'agir, aux images de nous façonner, au silence de nous parler. 

 Notre itinéraire commence avec l'hymne du matin au temps pascal, que l’on retrouve dans le Troisième Jeu, et qui me fit découvrir l’univers du théopoète : Lumière du monde, ô Jésus (1er jour). Nous revenons ensuite au Premier Jeu, à L'enfant qui s'envole (deuxième jour) pour une Vie recluse en poésie (troisième jour) et le drame de La quête de joie (quatrième jour) où s'expriment l'amour de la nature et le besoin de chanter, avant les noces du Monde d'amour (cinquième jour). 

Au Deuxième Jeu, le poète s'ouvre aux autres en assumant la nuit de La contemplation errante (sixième jour). Il accède à une vocation de prophète et de compositeur de prières (septième jour). Crucifié au désert de l'absence de Dieu (huitième jour), il signe le libérateur contrat eucharistique (neuvième jour) qui relance sa quête de joie. 

Au dernier Jeu, Le Jeu de l'homme devant Dieu, la poésie est placée dans l'orbite liturgique de l'Église (dixième jour). Patrice ne se perd pas dans une mystique éthérée, mais il tente de dire Dieu par la théopoésie (onzième jour). Il habite l'auberge pascale où Dieu nous prend (douzième jour) en son Esprit qui fait tressaillir le silence (treizième jour). Il prend conscience que Dieu s'est fait mendiant (quatorzième jour) et qu'il nous pose l'ultime question : « Que cherchez-vous? » (quinzième jour)

À la fin de cet itinéraire, je ne peux que rendre grâce à Dieu pour l'œuvre de La Tour du Pin, l'un des plus beaux chants d'espérance du XXe siècle. C'est un chemin de vie et de liberté engageant toute la personne à « devenir eucharistie ».

(Extraits de Prier 15 jours avec Patrice de La Tour du Pin, Nouvelle édition revue et corrigée, Paris, Nouvelle Cité, 2026, p. 11-22) 
Voir aussi la fiche du livre sur le site des éditions Nouvelle Cité.

Lire sur mon site les résumés de mes trois autres livres :
Patrice de La Tour du Pin, quêteur du Dieu de joie, Médiaspaul/Paulines, préface de Joseph Gelineau, 1987.
La théopoésie de Patrice de La Tour du Pin, Bellarmin/Cerf, préface de Jean-Guy Pagé, 1989.
Que cherchez-vous au soir tombant. Les hymnes de Patrice de La Tour du Pin. Cerf/Médiaspaul, 1995.

Lire également les articles concernant la vie et l'oeuvre de  La Tour du Pin sur mon blogue:
Carême: Venez au jour! (5 mars 2014)
Une expérience de la lumière du Christ (7 avril 2015).
Patrice de La Tour du Pin, créateur d'hymnes (26 mai 2017).
Un poète et ses psaumes (19 octobre 2018).
L'hymne émerveillée de Patrice de La Tour du Pin (19 août 2025).

Regarder les vidéos sur ma chaîne YouTube:
Patrice de La Tour du Pin et la théopoésie (Télévision de Radio Canada).
Carême, chemin de conversion (L'hymne du carême de Patrice)
Patrice de La Tour du Pin, une quête de Dieu (Radio-Courtoisie).
L'hymne émerveillée de Patrice de La Tour du Pin (Visioconférence).

Pour en savoir plus sur la vie et l'oeuvre du théopoète, allez sur le site de la Société des Amis de Patrice de La Tour du Pin.

Regarder la vidéo de cet article sur  la nouvelle édition du "Prier 15 jours avec Patrice de La Tour du Pin", dans ma chaîne YouTube.

 

Préface de "Sainte Anne, notre grand-mère du ciel"

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Vendredi 26 Juin 2026

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