Doux temps de l'Avent

 Nous le savons, tout va très vite aujourd'hui. Plusieurs se consument en consommant, courent après leur souffle, passent leur vie en s'épuisant. Nous sommes de plus en plus enfermés dans la tyrannie d'un temps rapide, fragmenté en des instants qui n'ont souvent pas de liens entre eux. On clique, zappe, twitte, sans ralentir ou s'arrêter, sans approfondir ce que l'on fait, ni trouver un sens aux gestes qu'on pose. C'est le règne de l'immédiateté où l'instant est roi. On ne veut pas être en retard d'une info sur Facebook et ailleurs. On s'endort avec son téléphone cellulaire, sans se déconnecter du présent, jusqu'au bout de la nuit, de peur de manquer quelque chose, ou d'être seul dans le vide.
 
 La sempiternelle complainte contre la folie du temps des Fêtes est symptomatique de cette dictature de l'instant médiatique. Où sont les repères? L'individu numérique est souvent endetté, figé dans l'instant, sans mémoire, coupé de ses racines, ignorant son histoire, incapable de se projeter dans l'avenir. Alors, quand arrive décembre et sa rumeur marchande, la nostalgie du passé lui fait oublier sa précarité. Son besoin d'amour et d'attention monte d'une coche. Amenez-en des cadeaux, des partys, des décorations, du crédit. Le centre commercial est devenu le nouveau temple, le père Noël a pris la place du petit Jésus, la quête de sens se déplace aussi. Joyeuses fêtes remplace joyeux Noël, et le sapin devient un arbre dénudé de sa traditionnelle crèche. Pourtant, nous ne sommes pas nés pour maganiser.
 
Le temps liturgique de l'Avent
  
Nous avons besoin de pauses, de rêves, de poésie, de rites, dans nos agendas surchargés. C'est ce que donne le doux temps de l'Avent, qui, pour les catholiques, marque le début d'une nouvelle année du cycle liturgique qui culmine à Pâques. Ce cycle n'enferme pas les croyants sur eux-mêmes, mais les entraîne comme une spirale dans la rencontre et le retour de leur Seigneur Jésus Christ. L'Avent, quatre semaines d'air frais avant Noël pour éviter de sombrer dans les flots du matérialisme. C’est le temps liturgique que je préfère. Ma prière, faite de désir, d’attente et d’espérance, trouve chaussure à ses pieds. En faisant mémoire de l'antique Parole, mon silence se trouve épousé et l'espérance se transmet à même la mémoire de mes pères et mères dans la foi : « Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur » (Jr 33, 14).
 
Trois grandes figures bibliques traversent l'Avent comme des météores de la Parole : Isaïe, Marie et Jean Baptiste. Les trois ont répondu « oui » à l’appel du Seigneur en vue d’une mission particulière. Trois vocations, trois réponses décisives à la Parole qui crée du sens encore aujourd'hui dans notre monde de plus en plus consumériste et individualiste, pollué et injuste.   
 
Temps de désir et d'attente
 
« Voici le temps du long désir où l’homme apprend son indigence » (hymne de l'Avent). Ce temps d’attente du Sauveur questionne la soif qui nous tourmente, le désir qui nous habite. La réponse se trouve au fond du cœur, ce fond secret, qui est « le fond de Dieu », disait Maître Eckhart. C’est là, dans l’indigence de notre crèche intérieure, que le Dieu fait homme se révèle pour nous partager son désir d’aimer, sa soif de nous rencontrer dans ce temps que l'on ne peut pas contrôler, mais accueillir. Les chrétiens ne sont pas à la recherche du temps perdu, mais du Dieu venu dans le temps. L'Avent les invite à passer du besoin illusoire au désir qui fait vivre, comme je l'ai montré dans La crise de la quarantaine.
 
L'attente est au coeur de l'Avent. Attendre le Seigneur qui vient sans cesse, qui naît chaque matin. Attendre, seul et avec d'autres, ce qu'il veut faire en moi, en eux. Le laisser-faire, le laisser travailler en soi, au coeur de l'être, comme une femme attend un enfant. Alors, au lieu de gravir l'échelle sociale d'une manière compulsive, descendre dans son coeur; au lieu de performer à tout prix, revoir ses priorités; au lieu de vouloir être le meilleur, accepter la défaite; au lieu de se prendre pour un autre, reconnaître sa blessure. Quand arrivera Noël, nous pourrons retrouver notre coeur d'enfant et nous serons plus proches de l'Enfant démuni et vulnérable.
 
 
Temps d'éveil et d'espérance 
 
Temps de l’Avent, temps d’éveil. Éveil à soi d’abord pour mieux s'éveiller en Dieu : « Restez éveillés et priez en tout temps » (Lc 21, 36). Dans ce monde saturé d'images qui nous détournent de nous-mêmes, il faut savoir résister à l'argent, à l'insignifiance, au découragement, nous rappelle le cinéaste Bernard Émond dans son livre Il y a trop d'images. Pour qui a un regard de la foi, l'Enfant de Bethléem nous aide à voir autrement, à faire du neuf, à garder courage, à se désencombrer pour mieux s'ouvrir à l'autre, à s'émerveiller de la beauté qui nous entoure, malgré le mal, la souffrance. Sa venue dans l'histoire relève nos têtes, habite nos questions et nos cris, éclaire nos veilles et nos engagements.
 
Temps de l’Avent, temps d’espérance. L'espérance nous tire en avant et nous fait traverser les épreuves de la vie. Éternellement jeune, elle recommence toujours et défait l’habitude, car il n’y a rien de plus triste qu’une âme habituée, disait Bernanos. Avec elle, nous n'avons jamais fini de naître. Espérer, prier en silence, pour laisser le Christ naître et exister en nous. Il nous aide à devenir plus humain, nous libère des forces de mort qui nous assaillent parfois. L'espérance ouvre un espace d'intériorité où on se recueille comme à une source d'eau vive. Prière de désir, d'attente, d'éveil et d'espérance. « On obtient de Dieu autant qu’on en espère », disait Jean de la Croix. Il vient aujourd'hui et demain. Il surgit comme l’aurore. Il ne tarde plus. « Maranatha! Viens, Seigneur! », répétaient les premiers chrétiens.
Tolkien, le hobbit catholique
Méditation, silence et prière

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