L'identité de Jésus et la nôtre

« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je? » (Lc 9, 20). Cette question essentielle de Jésus se retrouve dans les trois évangiles synoptiques, mais Luc est le seul qui précise que Jésus priait. « Un jour, Jésus priait à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Pour la foule, qui suis-je ? » (Lc 9, 18). (Voir Évangile du 12e dimanche du temps ordinaire C).

Jésus Qui sui je

Luc montre souvent Jésus qui prie à l’écart. Il en a besoin pour vivre, pour continuer sa mission jusqu’au bout. Ce cœur à cœur avec Dieu, qu’il nomme Abba, l’immerge dans son identité profonde de Fils où il est un avec le Père. Ce dialogue d’amour le confirme dans son être de Verbe fait chair, reçu du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé en qui je mets tout mon amour ».

À la fin de son oraison, Jésus fait un sondage d’opinion auprès des siens. Il leur demande ce que la foule pense de lui. Les apôtres répondent : Jean Baptiste, Élie, un prophète ressuscité. Et de leur poser l’ultime question qui crée du sens : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je » ? 

Il y a ici deux questions. « Et vous, que dites-vous  » ? C’est-à-dire: qui êtes-vous ? Quel est le sens de votre existence ? Que comprenez-vous de vous-mêmes et de la vie ? Et puis : « Pour vous, qui suis-je » ? À partir de la compréhension de votre propre existence quelle connaissance avez-vous de moi ? Comment êtes-vous là pour moi ?

Jésus ne s’attend pas à une réponse abstraite qui relève d’un savoir intellectuel, mais ce que je pense de lui à partir de mon existence concrète. En me reliant au mystère que je suis, je peux mieux répondre au mystère qu’est Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Il me renvoie à mon devenir humain, créé à l’image de Dieu et appelé à ressusciter avec le Christ. Ce que je sais de Jésus me permet de mieux savoir qui je suis et quel sens je donne à ma vie et à ma mort.

Pierre ne prend pas le temps de raisonner, il laisse parler son cœur : « Le Messie de Dieu » (Lc 9, 20). Pour ne pas se méprendre sur son messianisme, Jésus leur défend d’en parler. Il leur annonce qu’il est le Fils de l’homme, non un roi puissant et triomphant, un Messie crucifié qui sauve en donnant sa vie : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs et les prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite » (Lc 9, 22).

La connaissance de l’identité de Jésus est très exigeante, elle demande de se compromettre, de marcher à sa suite, de prendre le même chemin que lui, de donner sa vie en la perdant pour le Royaume : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera » (Lc 9, 23-24).

Voilà, depuis deux mille ans, jusqu’où conduit la réponse personnelle à la question de Jésus quand elle jaillit de notre propre vie pour la coller à la sienne, jusqu’à la perdre afin de ressusciter avec lui. Lui seul nous révèle le Père, ce que nous sommes vraiment, et nous libère à jamais de la mort.

Pour aller plus loin, lire Jésus raconté par ses proches (Parole et Silence / Novalis).

Voir également cette émission de Sel et Lumière tv où je parle de l'identité de Jésus.

École de prière (42) La marche méditative
L'accompagnement des mourants: récit d'un passage

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