Le blogue de Jacques Gauthier

En sa présence: Introduction

Voici l'introduction de mon autobiographie spirituelle, En sa présence.  Paris / Montréal, Artège / Novalis,  336 pages, 21,90€, 29,95$. Parution: 14 septembre 2022.

Écrire sur les autres, sous forme d’études ou de biographies, cela me va. Mais écrire sur moi, c’est une autre paire de manches. J’ai résisté longtemps, peut-être par manque d’humilité, de maturité. Alors, pourquoi cette autobiographie maintenant, à 70 ans ? Justement, parce que le temps file et que je veux dresser un état des lieux des passages de Dieu dans ma vie.

Autobio Novalis

Au début, je voulais écrire un livre sur Marie. Après la publication d’un ouvrage sur son époux, Saint Joseph, homme de foi, et un autre sur leur fils, Jésus raconté par ses proches, il me restait donc celui sur la mère. Comment l’écrire cependant sans répéter ce que les autres ont déjà dit ? En témoignant de son action dans ma vie, et plus je relevais ses « visitations », plus elle me renvoyait à Jésus, et lui à Dieu, qu’on appelle « notre Père ». C’est toujours ainsi avec Jésus et Marie, ils ne gardent rien pour eux-mêmes. Et le Père, que faisait-il ? Il me rendait à moi-même, où il demeure. Je parle du Dieu des chrétiens, qui fait partie de mon héritage culturel et de ma foi.

J’abandonnai mon projet d’écrire sur Marie, mais ce n’était que partie remise. Je suivis donc mon instinct, ou était-ce l’Esprit Saint? Je laissai les mots m’aiguiller vers ce qui allait devenir une longue traque des traces de Dieu dans ma vie, de l’enfance heureuse à l’adolescence tourmentée, de la vie de hippie à la conversion, de l’Arche en France à la Trappe d’Oka, de mon mariage à la vocation d’auteur, d’animateur au Café chrétien à professeur d’université, d’une thèse sur Patrice de La Tour du Pin à ma rencontre avec Thérèse de Lisieux, de prédicateur de retraites à animateur au Jour du Seigneur, de la mort de mes parents à ce livre. Je rends ainsi hommage aux personnes que Dieu a placées sur ma route et qui ont su me révéler la beauté de son visage : mes parents et amis, mon épouse et nos enfants, sans oublier les nombreux témoins de son amour.

Témoigner dans un récit autobiographique de la présence de Dieu dans ma vie, la mesurer à l’aune de ses grâces me paraissait une tâche titanesque. Cela supposait une autre grâce de sa part, d’autant plus que je voulais m’en tenir aux dates, aux faits, sans rien inventer ni enjoliver la réalité. Que de jours j’ai voulu tout abandonner! Je préférais regarder vers l’avenir plutôt que de revenir sur le passé, doutant de la légitimité d’une telle démarche. Sans succomber au fameux syndrome de l’imposteur, je me demandais si c’était le bon moment, utile pour mes proches. Et si ça pouvait aider quelqu’un quelque part...

Paul Claudel a mis en épigraphe du Soulier de satin ce proverbe portugais assez connu : « Dieu écrit droit avec des lignes courbes. » Le Talmud propose une autre version : « Dieu écrit droit, même si la lettre est tordue. » Comment déchiffrer cette écriture divine dans nos mots et nos silences ? Toute vie ne se délite-t-elle pas un peu quand on la raconte ? Et pourtant, nous tentons de relever les traces tangibles de cette présence d’amour en nous, nous voulons trouver les mots que Dieu lui-même a dits pour que les choses soient : « Dieu dit : “Que la lumière soit.” Et la lumière fut » (Gn 1,3).

Plusieurs affirment que Dieu ne sert à rien. Peut-être. Pourtant, quand on y croit, cela change tout. Au fond, ce qui intéresse les gens, c’est qu’on leur parle d’eux, pas de soi, encore moins de Dieu. Et cependant, témoigner de son action dans nos vies, n’est-ce pas aussi traduire un peu ce qu’il est, ce qui se dit « entre » nous. Il se révèle mieux par nos questions que par nos réponses. Plus il se tait, plus nous parlons; plus il est absent, plus nous le croyons présent ; plus on le cherche, plus il se laisse trouver. Il est en nous, mais autre que nous, vivant avec nous le jeu de la vie et de la mort.

La foi me donne l’assurance, ou la prétention, d’être en contact avec Dieu depuis ma plus tendre enfance. Rassurez- vous, il n’y a rien d’extraordinaire à cette proximité, à ce long entretien discret qui ressemble à la prière. Cette relation se vit au quotidien, même si c’est difficile à comprendre, comme la vie. Sa musique ineffable m’enveloppe et me transporte ailleurs. J’en saisis parfois les vibrations dans le silence de l’oraison, pour sa joie et la mienne. Je les note dans mes recueils de poèmes et essais, qui jalonnent ma vie comme des bornes, des points de repère. Je retrace dans ce récit la genèse de plusieurs de ces livres. Ils sont arrivés au bon moment dans ma marche vers Dieu, comme des oasis de fraîcheur en plein désert.

De son côté, Dieu surgit à l’improviste. Pure gratuité, il élargit ma capacité à l’accueillir. Le Christ me le rend proche, avec Marie, les anges, les saints et les saintes, sans oublier l’Esprit Saint. Je ne peux que balbutier ces noms d’outre- tombe. Devant le mystère ineffable, mieux vaut se taire, ou chanter avec Brel : « Tais-toi donc, Grand Jacques / Que connais-tu du Bon Dieu ? / Un cantique, une image, / Tu n’en connais rien de mieux. »

Je n’y peux rien, Dieu, je suis tombé dedans quand j’étais petit, comme Obélix dans la potion. Il n’y a rien de magique là-dedans, c’est une question de foi et de confiance. C’est vite dit, mais c’est comme ça. Dieu ne se prouve pas, il se découvre. Il ne se démontre pas, il se montre par ma vie. Il ne rapetisse pas, il fait grandir. Il n’endort pas, il secoue. Il laisse mille traces de sa beauté dans la création, notre maison commune, que l’on pille et pollue sans vergogne. Il prend la matière brute de nos corps pour en faire des chefs-d’œuvre de miséricorde.

Dans ce livre, je parle de moi en pensant à Dieu. Il est un aimant qui m’attire, un amant qui m’attend, un ciel qui m’éclaire... Je pourrais continuer ainsi, mais j’arrête, car j’aimerais bien que vous me teniez compagnie jusqu’à la conclusion. On n’enferme pas Dieu dans des formules, des images, des pensées, comme toute vie d’ailleurs. Et pourtant, je continue à parler de lui en pensant à moi.

Alors pourquoi ce livre ? Parce que je considère que ma vie est belle, que Dieu peut aussi toucher la vôtre, que l’on soit croyant, agnostique ou athée. Parce que la religion catholique, malgré les préjugés que l’on peut en avoir, ne doit pas être seulement reléguée dans la sphère privée. Elle peut aussi pouvoir se dire dans l’espace public, en solidarité avec notre monde, pour l’enrichir de sa voix millénaire et recréer des liens. Et puis, pour tout vous dire, j’aimerais bien laisser ce legs avant de m’en aller. Je m’en fais une sorte de devoir de mémoire avant de passer d’une rive à l’autre.

Que mon humble témoignage puisse rejoindre ce qu’il y a d’universel en nous : le désir d’aimer, la quête de bonheur, la soif de liberté, l’attente d’une présence. 

Lire aussi cet autre article du blogue du 2 juin 2022: Récit d'une nouvelle naissance.

Pour en savoir plus sur le livre, fiche dans mon site Web: cliquez ici.
Pour commander: en France, éditions Artège; au Canada, éditions Novalis.

La vidéo de ma présentation du livre en 3 minutes, dans ma chaîne YouTube:

  

Une vie pour croire
École de prière (85) Prier comme le tournesol

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mercredi 30 novembre 2022

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