8 décembre: Et si Marie nous parlait?

Le 8 décembre 1854, le pape Pie IX définissait le dogme de l'Immaculée Conception. Le 25 mars 1858, jour de l'Annonciation, Marie apparaissait sous ce vocable à Lourdes, révélant à Bernadette Soubirous son nom en patois: "Que soy era Immaculata Councepciou". J'imagine dans Jésus raconté par ses proches ce que la Vierge Marie pourrait nous dire aujourd'hui.

Immaculée Conception

Me saluer comme Marie, « la comblée de grâce », c’est honorer Jésus, le fruit béni de mes entrailles. Qui vient à moi trouve Jésus. Nous sommes inséparables pour faire corps à la lumière, pour mener à terme l’œuvre du Père. Je l’ai au cœur pour le donner à tous et pour enfanter avec lui un monde nouveau. Et cet enfantement n’est pas terminé, puisque mon fils ne cesse pas d’être Dieu pour nous, comme je n’arrête pas d’être mère pour lui et les hommes, depuis qu’il m’a donné à Jean au pied de la croix.   

J’ai été préparée à cette mission de maternité divine par pure miséricorde du Père. Il m’a choisie avant la fondation du monde pour que je sois sainte, immaculée devant lui, dans l’amour. Mon âme est apparue neuve et sans tache, enveloppée du manteau de l’innocence, telle que Dieu la pensa dans son amour éternel. Je suis la nouvelle Ève pour être la demeure virginale du nouvel Adam. À ce titre, j’ai été préservée du péché, de l’égoïsme, de l’orgueil, par une grâce venant déjà de la mort de mon fils, le Verbe de vie. J’ai accueilli dans la foi ce projet du Père, donnant un corps au Fils bien aimé, mon petit entre mes bras, que j’ai allaité, bercé, consolé. Qui peut comprendre un tel amour ? Qu’il est grand le mystère de la foi !

Ne me prenez pas pour ce que je ne suis pas : une déesse hors du temps, un personnage éthéré loin de votre quotidien, une statue qui semble toujours en extase, comme si je ne connaissais pas vos joies et vos souffrances, vos victoires et vos combats. Née à Nazareth, je suis fille unique de Joachim, descendant de David, et d’Anne, descendante d’Aaron. Je fais partie de cette histoire biblique où des femmes ont eu leur importance : Sarah, Myriam, prophétesse et sœur de Moïse, Déborah, Esther, Judith, Houlda, Ruth. 

La terre de Palestine possédait sa fleur intacte qui, sans se regarder, faisait la joie du Père. Je m’ouvris au grand vent de l’Esprit pour exhaler son parfum à tous, faisant de la Terre un Paradis pour mon âme. Je n’ai jamais été privée du souvenir de Dieu, de son amour, de sa lumière, de sa sagesse. Je n’ai connu Dieu et les hommes qu’en aimant. Mon époux Joseph a été choisi par le Seigneur pour être le gardien de ce mystère d'amour que peu de gens comprennent.

Aimer, telle était mon activité, ma fonction, ma science, parce que je ne regardais que Dieu, lumière pour l'esprit et salut pour la chair. Je lui ai consacré ma virginité pour n’avoir d’yeux que pour le voir, d’oreilles que pour écouter sa parole, de bouche que pour le louer, de nez que pour sentir l’encens de sa présence, de mains que pour offrir le pain de vie, de pieds que pour le suivre, de vie que pour la lui donner. Et il me redonna au centuple en prenant chair de ma proche chair.

 Ce que Jésus a vécu, de la crèche au calvaire, je l’ai éprouvé comme aucune autre femme envers son enfant, tant nos cœurs n’ont fait qu’un. Dès l’annonce étonnante de l’ange à Nazareth, j’ai risqué ma vie sur le mystère de l’Incarnation : Dieu allait prendre chair pour nous glorifier, nous diviniser. Rien n’y parut changé de l’extérieur, et pourtant l’histoire n’allait plus être la même.  Désormais, il y aurait un avant et un après Jésus Christ.

L'Annonciation, la Nativité, la Visitation, la Présentation et le Recouvrement de Jésus au Temple, la fuite en Égypte, la vie cachée à Nazareth, les noces de Cana, tout est dans l'Évangile. Faites comme moi: retenez ces événements et méditez-les dans votre coeur. Cette attitude d’écoute et de méditation m’est coutumière. Dieu me parle par ma vie, dans la réalité concrète de chaque jour ; j’y discerne les signes de sa présence aimante. Il suffit de bien écouter et de voir la profondeur des choses. Ma prière toute simple se nourrit à même la Parole de Dieu et ma vie quotidienne.

Jésus a grandi en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et les hommes. En tant que Fils du Père, il a fait resplendir sa lumière dans une vie cachée à Nazareth, jusqu’au jour où il annonça la Bonne Nouvelle sur les routes de la Palestine, cet Évangile du règne de Dieu qu’il est lui-même. Ce jour-là arriva après la mort de mon époux Joseph. Trente années de fidélité et de partage. J’ai aimé intensément cet homme patient et honnête, qui s’aidait de sa sainteté pour vivre la chasteté, le don de soi, n’ayant pas les mêmes dons et privilèges que moi. Avec lui, j'ai vécu les mains ouvertes, parce que pleines de Dieu. 

En nous livrant son Verbe, son unique Parole, le Père nous a tout révélé. Après Jésus, il n’y a plus rien à attendre. Les temps sont accomplis. Qui possède Jésus a tout. Mais que de larmes au pied de la croix! Au corps à corps avec la mort, j’étais là près de son visage, avec tous les enfants prodigues et les bons larrons pardonnés, pour l’ultime enfantement pascal.

Mon fils est ressuscité. Il l’avait prédit tant de fois. Je serai là avec les apôtres au Cénacle pour accueillir le grand vent de la Pentecôte. J’accompagnerai l’Église naissante de ma prière fervente. Avec Jean, je me consacrerai au soutien de cette jeune Église persécutée. Je resterai inséparable du mystère de mon fils, le succédant avec mon corps dans une assomption glorieuse.

Que dire de plus si ce n’est que mon Fils ressuscité sera avec vous jusqu’à la fin ? Il vous l’a promis, et il tient toujours ses promesses. Le Vivant est plus qu’un souvenir, c’est une présence, la Présence. 

Extrait du premier chapitre du livre Jésus raconté par ses proches (Parole et Silence / Novalis), p. 15-30.

 

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