L'un de la Trinité a souffert

Le Père s’est compromis en son Fils qui a partagé notre douleur et notre histoire. Il a risqué notre humanité. Mais peut-on dire que Dieu a souffert et qu’il souffre encore? Oui, dans le Christ et les membres de son corps. Les conciles d’Éphèse et de Chalcédoine ont défini qu’il y a dans le Christ une seule personne, mais deux natures, humaine et divine, ce qu’on appelle l’union hypostatique. Pas facile à comprendre ce mystère, je l’avoue. Si le Dieu de la foi chrétienne souffre, ce n’est pas comme nous. Sa souffrance est liée à la nature humaine du Verbe fait chair qui culmine dans la résurrection, la victoire de la vie sur la mort.

Dieu est heureux

Même si Dieu souffre, il reste fondamentalement heureux. Sa compassion n’altère en rien sa joie profonde. La joie de Noël ne s’efface pas devant le scandale du Calvaire. Dieu est un Dieu de joie et notre quête est une quête de joie, comme l’a écrit le poète de la liturgie Patrice de La Tour du Pin. Il termine d’ailleurs son œuvre par ces vers : « Mon Dieu, tu n’es pas un Dieu triste, / ta nuit brûle de joie. » 

Nous avons souvent fait de Dieu quelqu’un de triste, alors qu’il est essentiellement joie, puisqu’il est amour. Un Dieu sans joie n’est pas le Dieu des béatitudes de l’Évangile. Le Dieu-Trinité est joie: le Père donne toute sa joie au Fils qui la reçoit, et de cet échange d’amour jaillit l’Esprit de joie. Joie divine parce que pleinement humaine. Pascal en pleurait dans son Mémorial en l’an de grâce 1654 : « Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus-Christ. […] Joie, Joie, Joie, pleurs de joie. » Si nous savions comme Dieu nous aime, disait le curé d’Ars, nous en mourrions de joie.

Dieu est compassion


Jésus a soulagé bien des douleurs dans sa vie, mais sur la croix, il les a toutes prises, jusqu’aux nombreux refus de son amour. Vrai homme, il souffre dans son corps et dans son âme; vrai Dieu, il jubile de joie, car il sait qu’il est le Fils bien-aimé du Père et qu’il sauve le monde, chacun et chacune de nous. L’Église a vu dans la figure du serviteur souffrant d’Isaïe, que nous méditons surtout le Vendredi saint, le visage du Christ : « C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé » (Isaïe 53, 4).  

Le Dieu des chrétiens souffre par compassion de trop aimer. C’est lui la victime, dans la mesure où son amour est méconnu. Il est frappé en chacun de nous par le mal qui nous affecte. Chair traversée de frissons et de larmes, chair à sueur et à sang. Jésus souffre et meurt avec nous, sans jamais cesser d’être heureux, comme l’a rappelé Jean-Paul II dans sa lettre apostolique, Le nouveau millénaire : « Le cri de Jésus sur la Croix n'exprime pas l'angoisse d'un désespéré, mais la prière du Fils qui offre sa vie à son Père dans l'amour, pour le salut de tous. » (no 26)

Mystère d’un Dieu de compassion qui est toujours là, puisqu’il est proche de nous, dans le « ciel de notre âme ». Il est descendu où il a toujours habité. Depuis son incarnation, notre vie est transformée à jamais.

Mon texte est paru dans le Prions en Église, Montréal, 26 mai 2013, p. 35-36. (Reproduction avec autorisation)

Pour aller plus loin, lire le chapitre 4, "Dieu trinitaire que le Christ révèle", de mon livre Dieu caché.

 

 
Poèmes en prose: le parfum
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