Un Dieu si fragile

Le temps liturgique de Noël se termine au baptême de Jésus, soit le dimanche après l'Épiphanie. Chaque année, nous contemplons l'enfant de la crèche et nous sommes devant ce grand paradoxe: Dieu se laisse voir dans un visage humain. Cette manifestation de Dieu en notre chair demeure inconcevable pour ceux et celles qui ne partagent pas la foi chrétienne. Mais pour qui entre par la porte de la foi, le mystère se laisser contempler. Méditation.

La communication que Dieu fait de lui-même en Jésus nous montre qu’il n’existe qu’en se donnant, qu’en rayonnant. Étrange pauvreté d’un Dieu libre qui se donne et qui fait de nous des créateurs. Étonnante humilité d’un Dieu fait homme qui a soif de notre amour et que nous contemplons en le cherchant au cœur de notre quotidien, à la suite des Mages qui avaient vu se lever son étoile. Il se révèle surtout aux autres par le témoignage de notre foi.

L’amour désarmé

C’est du dedans que nous pouvons saisir jusqu’où Dieu est fragile par rapport à notre liberté. L’amour désarmé est son seul pouvoir. Il ne tire pas les ficelles de notre vie comme si nous étions des marionnettes. L’humanité du Christ nous révèle cette vulnérabilité divine remise en nos mains : Dieu sans défense qui ne peut rien faire sans nous. Il s’expose à chaque moment à notre générosité ou à notre indifférence. Il nous rejoint sans cesse dans sa faiblesse, non dans sa toute-puissance. Mais la question demeure : «Où est-il ton Dieu»? (Psaume 41 (42), 4). Il est présent dans ce qui est faible et fragile, comme l’enfant de Bethléem. Il vit en l’être humain, son enfant, ce « roseau pensant » qui sait qu’il va mourir un jour. 

Dans notre monde sécularisé, Dieu est souvent ignoré, comme s’il n’existait pas. Nous avons à vivre de Dieu, dans un monde sans Dieu, disait le pasteur et théologien Dietrich Bonhoeffer, pendu dans un camp de concentration en 1945. Mais Dieu se lève comme un soleil au cœur de la conscience, dans l’expérience humaine la plus troublante, comme celle d’Etty Hillesum, juive d’Amsterdam morte en novembre 1943 à Auschwitz à l’âge de vingt-neuf ans, dans le don d’elle-même. Les derniers mots de son Journal disent toute la douceur qu’elle puisait en Dieu, de cette conviction qu’il est possible d’aimer malgré tout : « On voudrait être un baume versé sur tant de plaies ».

J’ai soif

En naissant dans une crèche et en mourant sur la croix, Dieu se dit dans la fragilité de ce corps blessé que la mort ne pouvait pas retenir. Dieu se révèle dans la vulnérabilité du Crucifié et la victoire du Ressuscité. Il ne s’impose pas, mais il se livre à notre liberté, jusqu’à mendier notre amour : « J’ai soif. »

Dieu Père, Fils et Esprit se complaît dans ce qui est faible, petit, démuni, exclu, nous libérant du cauchemar d’un Dieu justicier. Ce Dieu qui n’a plus rien s’abaisse par amour, de la crèche à la croix. Il se fait petit dans le pain et le vin pour nous transformer dans son corps glorieux. Paradoxe d’unir ainsi souffrance et joie, Vendredi saint et Pâques.

Cette joie chrétienne naît beaucoup plus de l’acceptation confiante de la croix que de la croix elle-même, qui reste toujours douloureuse et scandaleuse, sinon ce ne serait pas la croix. L’amour du Christ absorbe tout, surtout l’épreuve, et sa résurrection se fraye un chemin à travers nos douleurs et nos imperfections qui deviennent des lieux de salut par où sa lumière entre. « Là où le péché s’était multiplié, la grâce a surabondé » (Romains 5, 20).

Pour en savoir plus sur la fragilité de Dieu, lire Dieu caché, p. 86-90.

 

Une page d'Évangile à mon testament
Un conte pour l'Épiphanie

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