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Le blogue de Jacques Gauthier

La sainteté destinée à tous

Article de Sophie Archambault, candidate au doctorat en études littéraires à l’UQAM, publié sur le site de la Fondation du Père-Ménard, 19 novembre 2025.

Depuis des années, l’écrivain Jacques Gauthier consacre une grande partie de son œuvre aux saints, ces compagnons de route qui l’inspirent dans sa foi en Dieu. Or, loin de correspondre à l’idéal de pureté qu’on leur prête, Jacques Gauthier nous rappelle que les saints sont avant tout des témoins de la miséricorde du Christ, beaucoup plus que de la perfection des hommes.

On peut dire que Jacques Gauthier était, d’une certaine manière, prédestiné à écrire sur la sainteté. En effet, sa mère, épuisée durant la grossesse et inquiète pour la santé de son enfant, a confié la vie de celui-ci à Marie, choisissant même par la suite de le faire baptiser le jour de l’Immaculée Conception. «Ça part bien une vie, tout ça!», affirme Jacques Gauthier, un sourire dans la voix. «Ma mère m'a donc enfanté deux fois : physiquement et spirituellement», poursuit-il. C’est peut-être pour cette raison que, des années plus tard, au début de l’âge adulte, il a connu une rencontre profonde avec le Christ grâce à la prière du « Je vous salue Marie ». Première sainte à avoir marqué sa vie, la Vierge se révèle aussi être celle qui, après les errances et les doutes de l’adolescence, l’a doucement ramené sur la voie de Dieu.

De cette rencontre découle un long cheminement, à la fois spirituel, professionnel et personnel. Quatre ans comme moine à la Trappe d’Oka, suivi d’un doctorat en théologie, vingt ans comme professeur à l’Université Saint-Paul d’Ottawa, ainsi qu’une vie de conférencier et d’écrivain sont autant d’expériences qui, chacune à leur manière, ont permis à Jacques Gauthier de nourrir et d’approfondir sa relation avec Dieu. Sans oublier sa vie d’époux avec Anne-Marie depuis quarante-huit ans et de père de quatre enfants. C’est ainsi qu’il en est venu à saisir que la meilleure façon de s’unir au Christ est encore de s’inspirer de ceux et celles que l’Église nous donne pour modèles : les saints. Et quoi de mieux que les mots pour partager cette vérité? Lui qui, depuis toujours, a l’âme d’un poète et voit dans l’écriture une manière de dire sa foi. «Ce que je donne de mieux, ce sont mes livres», partage Jacques Gauthier.

La sainteté : une idée à redéfinir

La sainteté, c’est tout simple : «c’est Dieu en nous et nous en lui», écrit Jacques Gauthier dans son livre Devenir saint : petit mode d’emploi (Emmanuel/Novalis, 2020, p. 55). Mais si cela est si évident, alors pourquoi l’auteur y consacre-t-il autant d’ouvrages? Sans doute parce que, depuis des siècles, nous entretenons une vision idéalisée de la sainteté, celle de figures pures et miraculeuses, parfaites et inaccessibles, qui, plutôt que de nous inspirer, finissent parfois par nous décourager de croire que nous aussi, nous pouvons devenir saints.

«La sainteté est avant tout une question d’amour et d’accueil, à la fois de soi et de l’autre, affirme Jacques Gauthier. C’est l’œuvre de l’Esprit saint en nous, car Dieu est amour. Et donc il me semble que plus on aime, plus on devient saint.»

La sainteté est donc loin d’être un statut réservé à quelques élites canonisées. Au contraire, elle s’offre dès le baptême à quiconque s’abandonne à l’amour du Seigneur à travers la prière, l’eucharistie, l’écoute de la Parole ainsi que dans mille et un gestes de foi qui rythment le quotidien. En travaillant sur de nombreuses figures de sainteté ‒ du frère André à Marie-Léonie Paradis, en passant bien sûr par Thérèse de Lisieux, sa favorite ‒, Jacques Gauthier a peu à peu compris que, loin de l’idéal qu’on projette sur les saints, ceux-ci sont avant tout des êtres profondément imparfaits : faibles, fragiles, miséreux, traversés par le doute. Or, ce qui les distingue, c’est précisément leur capacité à accueillir leur vulnérabilité, à s’abandonner à la miséricorde du Christ qui, dans son amour intarissable, «prend leur misère et la met sur son cœur», pour reprendre les mots de Jacques Gauthier. Nos faiblesses et nos blessures deviennent dès lors les fissures par où entre la lumière divine, nous faisant descendre l’échelle de l’excellence pour mieux gravir celle de l’humilité. 

«Plus on est humain, plus on est divin, partage bellement l’écrivain. On n’a pas à jouer les héros. La sainteté n’est pas une affaire de performance ni de perfection, mais bien un chemin d’imperfection à emprunter. Et ça, reconnaît-il, c’est très libérateur!»

C’est ainsi qu’on parvient à accueillir l’amour de Dieu, ce qui permet d’autant plus à celui-ci d’agir en nous. Ainsi se trace la voie de sainteté qui nous est propre, révélant du même coup le meilleur de ce que nous portons. C’est d’ailleurs ce que fait Jacques Gauthier depuis toujours : en s’abandonnant à Dieu, il a découvert que sa propre voie de sainteté passait par l’écriture. À cet effet, alors qu’il est souvent présenté comme le «spécialiste des saints», il confie pourtant qu’il n’a jamais prévu arborer ce titre. Ce sont plutôt les maisons d’édition qui le sollicitent. 

«Je n’ai jamais planifié tout ça, affirme-t-il humblement. Je me laisse porter par la volonté divine, je vais simplement là où mon cœur me mène. À chaque nouveau livre, je doute de moi, je me demande si je vais y arriver… puis je me rappelle que tout vient de Jésus. Je lui dis que je l’aime. Je lui fais confiance, et ça marche!» 

D’ailleurs, la maison d’édition Novalis lui a récemment commandé la rédaction d’un ouvrage sur sainte Anne et saint Joachim, les parents de la Vierge Marie. On peut dire que cette dernière, présente dans sa vie depuis le début, sera sans aucun doute à ses côtés jusqu’à la fin. Dieu, décidément, fait bien les choses.

Les saints et la vie éternelle

L’une de ces commandes de livre s’est récemment concrétisée dans son plus récent ouvrage, Comment meurent les saints?, paru en octobre 2025 en France aux éditions Artège et au Québec chez Novalis. Ce projet a permis à Jacques Gauthier de continuer à côtoyer, à travers l’écriture, ses compagnons spirituels de toujours tout en abordant la grande question de la mort, non pas sous un angle théorique, mais à travers le récit des derniers instants de quelques saints sur terre. 

Saints Entrevue

«Les saints [...] sont morts comme ils ont vécu : en aimant passionnément le Christ et les autres», écrit l’auteur en introduction de son nouvel ouvrage. 

Si la plupart d’entre eux se sont éteints avec, sur les lèvres, le nom de Jésus, c’est parce qu’ils ont vécu jusqu’au bout dans l’amour et la miséricorde du Seigneur, portés par l’espérance que la mort ne soit qu’un passage vers la vie éternelle. Cette conviction, Jacques Gauthier l’a lui-même éprouvée dans un moment marquant : la mort de son père. Celui-ci s’est éteint dans ses bras, alors qu’il récitait le Notre Père. «Ma mère a dit qu’il est parti, raconte-t-il. Moi, j’ai dit : non, il est arrivé! Mon père est mort dans mes bras. Je l’ai enfanté à la vie éternelle.» 

En lisant Comment meurent les saints?, on comprend bien que cette espérance en la vie éternelle trouve sa source dans la foi au Christ ressuscité, premier-né d’entre les défunts, qui, par sa croix, a vaincu la mort et rendu à l’humanité l’accès aux portes du Paradis. Mais les saints dont nous parle Jacques Gauthier, que ce soit François d’Assise, Charles de Foucauld ou Dina Bélanger, ont bien compris que la vie éternelle ne commence pas au-delà de la mort, mais plutôt ici-bas, dans l’amour du Seigneur qu’il suffit de laisser vivre en nous. En prenant les saints pour modèles, nous apprenons donc à notre tour à marcher, pas à pas, vers la vie éternelle.

«Les saints, pour moi, ne sont pas des objets d’étude abstraits, confie Jacques Gauthier. Ils sont vivants. On n’a pas assez conscience que les saints nous accompagnent. Ce sont des amis.»

Écouter la parole des saints, recevoir les sacrements de l’Église pour communier avec eux, les prier et, comme eux, vivre chaque jour notre cœur à cœur avec Jésus dans l’oraison sont autant de manières d’apprivoiser notre propre mort. Les saints nous entraînent ainsi vers l’espérance du salut et nous soutiennent dans les épreuves de notre pèlerinage sur Terre, un pèlerinage qui, parfois, prend les allures d’un purgatoire vécu ici-bas. Car, comme le rappelle Jacques Gauthier, «nous faisons tous face aux épreuves, aux souffrances et aux difficultés qui révèlent notre fragilité humaine et nous invitent à nous abandonner davantage à la miséricorde divine.» Ces moments d’épreuve deviennent alors des moments où Dieu purifie notre cœur et nous apprend, peu à peu, à aimer comme lui nous aime. Au fond, le saint, comme tout chrétien uni au Seigneur, ne se prépare pas à mourir, mais à ressusciter, afin d’entrer un jour pleinement dans la vie éternelle, une vie déjà commencée en Jésus, qui croît en nous à mesure que son amour nous transforme.

Jacques Gauthier, à travers tous ses livres sur la sainteté, rétablit en fin de compte le statut des saints. Blessés, ils font briller Dieu par sa miséricorde; imparfaits, ils déconstruisent eux-mêmes leur réputation idéalisée; vivants, ils offrent à tous l’espérance du salut divin; toujours à notre écoute, ils nous prouvent qu’ils ne sont pas inaccessibles. «Les saints, comme le rappelle Jacques Gauthier, sont des êtres de chair comme nous tous.» Peut-être que l’œuvre de ce dernier permet-elle justement de valoriser des chemins de sainteté que la société oublie : ceux des parents qui élèvent leurs enfants avec dévouement, du poète qui laisse sa foi écrire à sa place, de celui qui prie pour les autres et qui pardonne, de tous ceux qui aiment profondément. Car c’est là, le secret de la sainteté. L’amour. Toujours l’amour.

Sophie Archambault

Article publié sur le site de la Fondation du Père-Ménard, dans Conversations, Jacques Gauthier: la sainteté destinée à tous.

Pour aller plus loin:
En sa présence, autobiographie spirituelle. Artège/Novalis, 2022.
Comment meurent les saints? Artège/Novalis, 2025.
Les livres de Jacques Gauthier sur la sainteté.

Regarder la liste de mes vidéos sur la sainteté, dans ma chaîne YouTube.

Rappel de la vidéo de 6 minutes sur la présentation de "Comment meurent les saints?"

Se préparer à la mort avec les saints
La mort comme une liturgie ultime

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