Se préparer à la mort avec les saints
Nous ne savons ni le jour ni l’heure de notre mort : « Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » (Mt 24, 44) Le sentiment que nous avons de notre fin rend la vie moins insipide, plus intense et vraie, car nous en connaissons la valeur. En acceptant la mort, nous vivons pleinement; en l’accueillant avec les saints, nous nous sentons moins seuls. Chaque jour devient un cadeau de Dieu, où nous nous émerveillons de ce que la vie nous apporte.

Nés pour la résurrection
Créés à l’image de Dieu, nous ne sommes pas nés pour mourir, mais pour vivre. « Nous sommes venus au monde pour ressusciter, et non pour mourir. Nous sommes nés pour la résurrection », disait le pape François dans son homélie du 4 novembre 2019. Un chrétien ne prépare pas sa mort, mais sa résurrection. « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie », écrivait Thérèse de Lisieux, trois mois avant son passage de ce monde au Père, à l’âge de 24 ans.
François d’Assise louait Dieu pour « notre sœur la mort », puisque par elle nous avons la vie éternelle. Les saints se sont préparés chaque jour à la mort en cherchant Dieu et en se laissant chercher par lui, en s’ouvrant au Christ dans le silence de l’oraison et en se laissant conduire par l’Esprit dans le service aux autres, surtout des plus petits.
Les saints nous accompagnent
On peut se demander pourquoi s’intéresser aux saints, pourquoi les prier. Parce qu’ils donnent de l’espérance. Et Dieu sait que nous en avons besoin aujourd’hui. C’est encourageant de savoir qu’ils sont près de Dieu et qu’ils nous accompagnent ici-bas. Nous n’avons pas à les copier - chacun sa vocation - mais nous avons à imiter l’amour ardent qu’ils ont pour le Christ. Lui seul est le Sauveur qui conduit vers le Père. « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? » (Jn 14, 2)
En aimant les saints, nous aimons le Christ en eux. Ils nous apprennent la confiance, qui nous sera bien utile au dernier moment où nous rendrons le souffle reçu. Ignace d’Antioche, supplicié à Rome vers 117, écrivait dans sa lettre aux Romains, alors que son martyre approchait : « Il est bon pour moi de mourir pour m’unir au Christ. Mon enfantement approche. Laissez-moi recevoir la pure lumière. » Nous formons un seul corps, dont Jésus ressuscité est la tête. Dans ce mystère de la communion des saints, nous sommes tous unis dans le Christ. « Nos amis les saints », pour reprendre le titre d’une conférence de Bernanos en 1947, nous invitent à regarder plus loin et à vivre de cette communion en Église. En les priant, nous exprimons notre relation en un Dieu proche, intime, qui veut notre bonheur éternel.
Des pécheurs pardonnés
Les saints nous aident à traverser les épreuves de la vie et à trouver notre propre chemin de sainteté. Ils ne sont pas indifférents à ce que nous vivons. Le bienheureux Daniel Brottier (1876-1936), directeur des Orphelins Apprentis d’Auteuil, disait : « Nous croyons nous conduire tout seuls, et en réalité nous sommes menés par toute cette foule d’intercesseurs et d’amis que nous avons au ciel. » En méditant comment meurent les saints, ils nous apprennent à espérer en la vie éternelle, qui est une communion d’amour avec le Père, dans le Fils, par l’Esprit. La mort, vaincue par le Christ, est notre naissance. L’Église célèbre habituellement la mémoire des saints dans son calendrier liturgique le jour même de leur décès, qui est le jour de leur naissance au ciel.
Les saints ont fait l’expérience de la miséricorde divine, qui est l’essence même de la sainteté. C’est encourageant de savoir qu’ils sont des pécheurs pardonnés comme nous et qu’ils nous guident vers Dieu jusque dans l’éternité, déjà commencée. Ils nous aident à mener le bon combat de la foi, à la suite du « premier-né d’entre les morts » (Col 1, 18), à lui donner nos péchés, à le regarder sur la croix, qui est la plus belle parole d’amour jamais dite.
À l’heure de la mort
Les saints meurent comme ils ont vécu. Ils ont fait de leur mort une liturgie ultime. Leurs exemples éclairent notre foi, leur union au Christ stimule notre amour, leurs dernières paroles ravivent notre espérance, comme celles-ci : « C’est si beau ce que je vois » (Dominique Savio); « Comme Dieu est bon » (Curé d’Ars); « Ô Dieu, béni sois-tu de m’avoir créée » (Claire d’Assise); « Mon Dieu, je vous aime » (Thérèse de Lisieux); « Je vais à la lumière, à l’amour, à la vie » (Élisabeth de la Trinité); « En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit » (Jean de la Croix).
« L’heure des saints vient toujours », écrivait Bernanos. Ils nous ont précédés dans la maison du Père; ils nous attendent pour célébrer nos noces éternelles. « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre. » (Mt 25, 6)
Article publié sur le site Aleteia, Se préparer "à l'heure de notre mort" avec les saints, 28 novembre 2025.
Lire aussi sur mon blogue: La mort comme une liturgie ultime, 1er novembre 2025.
Pour en savoir plus, Comment meurent les saints? Artège/Novalis, 2025, 240 pages.
Regarder ma vidéo du 27 octobre 2025, De la mort à la vie avec les saints, sur ma chaîne YouTube.
À propos de l'auteur
Marié et père de famille, poète et essayiste, son oeuvre comprend plus de 80 livres, parus au Québec et en Europe, et traduits en plusieurs langues. Il a enseigné vingt ans à l'Université Saint-Paul d'Ottawa. Il donne des conférences et retraites que l'on retrouve dans sa chaîne YouTube. Pour en savoir plus: cliquer sur l'onglet Biographie.
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Commentaires 1
Merci pour cette vidéo pleine de profondes vérités. Le Christ nous aime et les saints nous font aimer Celui qu'ils aiment, le Christ précisément. D'origine, je viens d'une région où en pleine guerre 40-45, un jeune garçon trouva la mort en tombant au travers d'un toit en verre. Un soldat allemand déchira sa veste et tenta tant bien que mal de colmater les brèches. Le petit Herman Wijns, en clinique, y vécut deux ou trois jours, avant de partager une extase de contemplation liée à une célébration de messe, au plan mystique. Il était servant de messe à sa paroisse. Il délivra aux gens des phrases d'une telle piété pour son âge qu'un procès informatif se déroula, accompagné déjà de miracles. Le monde entier vint à sa tombe à Merksem, à 5 kilomètres d'Anvers. Encore maintenant, il réunit pas mal de nationalités différentes à sa tombe. J'y ai été moi aussi. Bien des grâces furent obtenues. J'ai pu parler avec sa maman (en l'écoutant surtout). Le flot de pélerins ne faiblit pas. Herman Wijns avait une douzaine d'années au moment de naître au Ciel. Chaque année, la commune lui alloue un bon espace de terrain en plus à sa tombe devenue énorme et riche de la présence de Dieu par suite des images, ex-votos, remerciements, etc... Que Dieu est bon! Herman a dit à l'infirmière qui s'occupait de lui... 'la mort, il ne faut pas en avoir peur, ce n'est rien de grave'... On mit un temps fou avant d'octroyer l'acte de décès car le jeune garçon décédé garda toute sa souplesse, la couleur d'un vivant continuant de l'empourprer. Finalement après une semaine de doutes, on délivra l'acte d'inhumation. En voyant sa dépouille, on pense qu'Herman dort. La droiture fut son maître-mot. Merci.