La sainteté: un chemin d'imperfection

Dans notre marche vers la sainteté, nous avons plus l’impression de descendre que de monter. Nous descendons dans nos faiblesses et pauvretés plus que nous montons vers Dieu par nos mérites et vertus. La grâce divine illumine nos failles, nos ombres, nos blessures, pour que la lumière du Christ y pénètre. En accueillant le Christ, comme Zachée, Marie-Madeleine, le bon larron, nous expérimentons qu’un rien devient saint, et que « les derniers seront les premiers » (Matthieu 19, 30).

Marche Peleri

Premier ou dernier 

Charles de Foucauld désirait par-dessus tout imiter la vie cachée du pauvre ouvrier de Nazareth. Mais comment choisir la dernière place, disait-il, alors que le Fils de Dieu l’a déjà prise en s’abaissant jusqu’à la mort de la croix? La méditation de l’Évangile et son amour de l’Eucharistie l’aideront à s’abaisser humblement et à partager le pain matériel et eucharistique avec les plus démunis. 

La bienheureuse Dina Bélanger, qui éprouvait très jeune la passion de la sainteté, demandait chaque jour la grâce d'atteindre au plus haut degré de perfection que le Seigneur voulait pour elle : « Si c'est votre gloire que je sois la dernière dans le ciel, j'en suis heureuse et satisfaite ; s'il vous est agréable que je sois élevée très haut, je veux, par votre secours, monter jusqu'où vous daignez m'attendre ; je n'entends pas rester en deçà d'un seul degré. »

L’état de sainteté se confond avec notre état de pécheur, C’est l’histoire du publicain qui, contrairement au pharisien, se tient à l’arrière du temple, n’ose même pas lever les yeux, se reconnaît misérable et pauvre. Jésus nous le donne en exemple : " Il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !” Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé." (Lc 18, 13-14)

S’élever ou s’abaisser

Dans notre monde de compétition et du divertissement, où paraître à la télévision devient source d’admiration et de prestige, pourvu que tout le monde en parle, l’Évangile propose toute une révolution. La sainteté n’est plus de monter l’échelle de la perfection, mais de descendre l’échelle de l’humilité. Le moine André Louf le rappelle : "Cette échelle se monte en descendant. Il faut la monter en s’abaissant, et la descendre en s’élevant. Il n’existe pas d’autre voie ni d’autre vertu pour le chrétien, sinon cet abaissement dans la petitesse et la pauvreté".

Jean de la Croix, qui a écrit La montée du Carmel, notera que cette montée est surtout une descente dans la nudité de son être et la désappropriation de soi. Consentir à sa nuit est déjà le début de l’aurore. Dans La nuit obscure, il prend l’échelle secrète de la contemplation, où descendre c’est monter dans la connaissance de Dieu, et monter c’est descendre dans la connaissance de soi.

Saint Paul, ébloui par la beauté du Ressuscité, descendra dans sa nuit, touchera le fond de sa misère et s’ouvrira au salut en Jésus par un acte de confiance et d’espérance. Il n’aura plus le même regard sur lui-même, sur le monde, sur Dieu, sur la sainteté. Il acceptera au nom de Jésus d’être petit, pauvre, fragile, humble, imparfait, démuni. Il se glorifiera sans cesse dans ses faiblesses car, affirme-t-il, « lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10). 

Le curé d’Ars est un autre bel exemple de cette faiblesse devenue force de Dieu. Il fait ses études ecclésiastiques avec beaucoup de peine. Il est renvoyé du grand séminaire de Lyon en 1813 avec l’appréciation « debilissismus » (très faible). Le latin entre difficilement dans sa tête. Mais il sera finalement ordonné et envoyé dans un obscur village. Ce qui va frapper les paroissiens, c’est la sainteté de leur curé. Il dira : « Je n’ai pas autre chose à vous prouver que l’indispensable obligation où nous sommes de devenir des saints. » Il sait que « là où les saints passent, Dieu passe avec eux ». Son trésor tenait à ceci : aimer Dieu et savoir que Dieu nous aime. La seule échelle qui compte ici pour aller au ciel est celle de la croix.

Perfection ou imperfection

La sainteté n’est pas réservée aux vertueux et aux parfaits, mais aux blessés de toutes sortes. En sentant qu’on a tout perdu, il est plus facile de gravir l’échelle de la sainteté, qui est une échelle à l’envers, tournée vers le Très-Bas, comme dirait Christian Bobin. La porte étroite est celle qui mène dans les profondeurs de nos blessures et de nos fragilités, la sainteté est de les aimer parce qu’elles nous approchent du Dieu miséricordieux. L’espérance jaillit de cette pauvreté; les saints la chantent dans une prière du cœur très simple, où le nom de Jésus est le pouls de leur désir.   

Les saints imparfaits montent joyeusement vers le Père en descendant avec le Fils qui les porte dans ses bras et les prend contre son cœur, si près qu’ils ne voient pas son visage. Ils n’approchent pas de Dieu à la force des poignets, mais lui laissent toute la place. N’est-ce pas cela, l’humilité? Leur vulnérabilité acceptée les ouvre à la miséricorde désarmante d’un Dieu qui a soif d’aimer et d’être aimé. Ils sont ces petits auxquels le Royaume est promis, ce qui faisait dire à François de Sales : « J’aime mieux être infirme que fort devant Dieu, car les forts, il les mène par la main tandis que les infirmes, il les prend dans ses bras. »

Cette sainteté est pour nous, que nous soyons mariés ou non, jeunes ou vieux, malades ou en santé. Il faut peut-être délaisser l’auréole ou le halo mystérieux des grands saints du calendrier liturgique pour accueillir la sainteté dans notre quotidien. S’il est louable de voir François d’Assise tout quitter pour le Christ, il est aussi beau de voir le chrétien ou la chrétienne assumer le monde au nom du Christ, sans négliger sa famille, son métier, ses talents, ses voisins… Et l’un des meilleurs moyens de devenir un saint, disait Claude de la Colombière, canonisé par Jean-Paul II en 1992, c’est de supporter l’humeur des personnes avec lesquelles on vit. 

Pour aller plus loin: Devenir saint. Petit mode d'emploi (Emmanuel / Novalis)

Lire aussi dans le blogue: La sainteté des gens ordinaires.

Voir la 5e vidéo de 21 minutes de la retraite sur la sainteté:

 

 

Écologie et sainteté
La sainteté des gens ordinaires

Sur le même sujet:

 

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